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    L’intégration par l’université

    7 octobre 2017 | Jean-François Venne - Collaboration spéciale | Éducation
    Selon le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec, la province a accueilli près de 60 000 immigrants dotés d’une formation postsecondaire acquise dans leur pays d’origine.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec, la province a accueilli près de 60 000 immigrants dotés d’une formation postsecondaire acquise dans leur pays d’origine.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    Pour les professionnels formés à l’étranger, retourner sur les bancs d’école représente un défi. L’Université de Montréal s’efforce de les accompagner pour transformer ce défi en perspective de carrière.


    « Les professionnels formés à l’étranger viennent à l’université pour obtenir les qualifications leur permettant d’être reconnus par un ordre professionnel québécois, afin de pouvoir pratiquer leur métier chez nous, explique Sylvie Normandeau, vice-rectrice adjointe, études de premier cycle et formation continue. Nous souhaitons maximiser leurs chances de réussite. »

     

    Selon le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec, le Québec a accueilli près de 60 000 immigrants dotés d’une formation postsecondaire acquise dans leur pays d’origine. Environ 7000 à 8000 d’entre eux exercent une profession dont l’accès au Québec est réglementé par un ordre professionnel ou un organisme similaire. La majeure partie de ces professionnels formés à l’étranger (PFE) doit suivre une formation d’appoint à l’université avant de pouvoir commencer à pratiquer.

     

    Surmonter les embûches

     

    L’Université de Montréal (UdeM) s’efforce de répondre aux besoins de ces PFE, dont le retour sur les bancs d’école n’est pas toujours simple. « Ces professionnels rencontrent des défis sur les plans scolaire, personnel et culturel », précise la vice-rectrice adjointe.

     

    Ces professionnels étaient sur le marché du travail dans leur pays et ont un peu oublié comment organiser des études, préparer des examens, lire beaucoup de documentation en peu de temps, etc. D’autant plus qu’ils évoluent dans un pays différent de celui dans lequel ils ont étudié. L’enseignement, l’évaluation et les attentes peuvent les désorienter au début.

     

    Sur le plan personnel, plusieurs d’entre eux doivent gérer l’installation et surtout l’intégration de leur famille en même temps que leurs études, en plus de vivre eux-mêmes le sentiment d’une certaine « perte de statut ». Pas toujours aisé d’accepter de redevenir étudiant après avoir pratiqué comme médecin ou ingénieur.

     

    Enfin, il leur faut s’adapter à une nouvelle culture et parfois apprendre une nouvelle langue… même dans le cas des francophones. En effet, chaque pays de la francophonie a ses propres expressions, dont la compréhension devient cruciale dans plusieurs métiers. Ainsi, une infirmière dont le patient lui confie avoir « mal au coeur » ne doit pas courir chercher le défibrillateur parce qu’elle croit qu’il fait un arrêt cardiaque !

     

    Un accompagnement crucial

     

    Pas de tout repos, donc, le retour aux études pour ces PFE ! Pour les accompagner, l’UdeM offre des programmes d’actualisation des connaissances et des compétences.

     

    Lorsque plusieurs candidats doivent se conformer à des exigences de formation similaires prescrites par leur ordre professionnel, ils se retrouvent dans des programmes spécifiquement élaborés pour eux. C’est le cas, par exemple, en physiothérapie, en pharmacie ou en éducation. Ces programmes rassemblent de 20 à 30 PFE et apportent du soutien scolaire, de l’aide à la francisation et à l’intégration culturelle et professionnelle. Et les résultats s’avèrent fort probants.

     

    Le programme de qualification pour les physiothérapeutes, par exemple, comporte non seulement un cursus de formation et des stages, mais aussi des activités d’apprentissage actives et diversifiées, un suivi scolaire, un soutien relativement aux stratégies d’apprentissage, à la préparation aux examens, à la gestion du stress ou à la conciliation famille-travail-études. « Depuis sa mise en place, le taux d’échec au programme et le taux d’abandon en cours d’étude ont diminué de manière très significative, tout comme le temps mis par les professionnels pour réaliser leurs parcours », se réjouit Sylvie Normandeau.

     

    Dans d’autres domaines, comme la criminologie ou la nutrition, le nombre restreint d’inscrits ou la trop grande divergence des exigences de formation ne justifie pas de faire des programmes de ce type. Dans ce cas de figure, les PFE ont toutefois accès à des programmes de suivi.

     

    L’UdeM met désormais en avant le projet « Soutenir la trajectoire d’intégration socio-professionnelle des PFE ayant une formation universitaire ». Son objectif : augmenter l’employabilité, l’insertion en milieu de travail et la rétention des professionnels immigrants, en les soutenant depuis l’actualisation des connaissances jusqu’à leur entrée sur le marché du travail.

     

    Ce programme offre notamment de l’accompagnement dans la recherche d’informations précises sur les étapes à franchir pour obtenir l’autorisation d’exercer une profession. Un site offert par l’UdeM offre cette information, y compris des liens vers d’autres sites pertinents. En janvier 2016, l’UdeM a aussi créé la clinique juridique PROFIL, laquelle appuie les PFE dans leurs démarches de reconnaissance devant les ordres professionnels. La clinique a déjà traité plus de 80 dossiers à sa première année.

     

    L’UdeM augmente, par ailleurs, son offre de services complémentaires, dont des ateliers de groupe ou individuels portant, par exemple, sur la connaissance du français comme langue d’usage professionnel, l’aide financière aux études, la recherche de stages ou d’un premier emploi. Enfin, l’université souhaite soutenir la constitution de réseaux professionnels puisque l’intégration dans de tels réseaux et une expérience de travail québécoise s’avèrent déterminantes pour faciliter l’intégration socio-professionnelles de ces nouveaux immigrants.

     

    S’unir pour réussir

     

    Le réseautage entre PFE se veut d’ailleurs une source de soutien importante. Cette année, une soixantaine d’entre eux ont pris part à une activité d’accueil organisée par le vice-rectorat aux affaires étudiantes et aux études. Il s’agissait d’une première et Sylvie Normandeau se réjouit des résultats. « L’un des objectifs était de briser l’isolement de ces gens et de les aider à se créer un réseau de soutien pour partager des solutions à leurs défis scolaires, personnels et professionnels, dit-elle. Or, assez rapidement, on en a vu plusieurs échanger leurs coordonnées, ce qui laisse penser qu’un réseautage intéressant se fera entre ces étudiants. »

     

    Sylvie Normandeau précise d’ailleurs que les PFE apportent eux aussi beaucoup à l’université, notamment lorsqu’ils se retrouvent dans les mêmes salles de cours que des étudiants nés au Québec. « Encore récemment, une professeure en psychologie me confiait la richesse inestimable que ces professionnels formés à l’étranger apportaient à ses séminaires de maîtrise et de doctorat, relate Sylvie Normandeau. Ils ont une formation et un bagage intellectuel complémentaires à ceux des autres étudiants, mais en plus ils possèdent une expérience professionnelle. Ils ont vécu des exemples cliniques intéressants dans leur pratique. Cette contribution améliore la qualité des cours et séminaires. »













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