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    15 000 repas par jour pour nourrir la réussite scolaire des plus démunis

    Des organismes communautaires mettent la main à la pâte et préparent 15 000 repas par jour pour les écoliers démunis

    28 septembre 2017 |Marco Fortier | Éducation
    Ces enfants semblent apprécier le repas qui leur est servi à l’école Charles-Lemoyne, dans le quartier Pointe-Sainte-Charles à Montréal.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Ces enfants semblent apprécier le repas qui leur est servi à l’école Charles-Lemoyne, dans le quartier Pointe-Sainte-Charles à Montréal.

    Tous les matins de semaine à 5 h 30, une équipe de 35 personnes s’active dans une immense cuisine attenante à l’école primaire Charles-Lemoyne, dans le quartier Pointe-Saint-Charles. Ces cuisiniers préparent plus de 3000 repas qui seront distribués dans 24 écoles de Montréal.

     

    Il fait chaud, le long des gigantesques marmites industrielles où mijotent des pâtes. Un peu plus loin, une équipe prépare des sandwichs aux oeufs. Ça sent bon, ici.

     

    « On est une entreprise d’économie sociale, mais je gère ma cuisine comme si on était une entreprise privée. La différence, c’est qu’on est plus heureux. On se sent utiles ! » dit Mélanie Vaillancourt, coordonnatrice de la cuisine.

     

    On se trouve au Garde-manger pour tous, un organisme communautaire voué à nourrir les élèves de Montréal. Une série d’entreprises comme celle-là distribuent près de 15 000 repas à faible coût par jour dans des écoles de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) et la Commission scolaire de Montréal (CSDM) — celle-ci a aussi sa propre équipe de cuisiniers. Ce type de programme existe depuis 1991 à Montréal, mais reste peu connu, comparativement à la distribution de petits-déjeuners.

     

    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Plus de 35 employés travaillent au Garde-manger pour tous, établi dans une salle de l’école Charles-Lemoyne. L’organisme distribue 3000 repas par jour dans des écoles de Montréal.

    Les commissions scolaires subventionnent la préparation et la distribution de ces dîners aux élèves les plus démunis dans les écoles les plus démunies de l’île. Chacun de ces dîners est vendu 1 $ aux familles les plus pauvres. Les familles aisées peuvent commander les mêmes repas pour leurs enfants, au coût de 4 ou 5 $. Les profits de la vente de repas aux plus riches aident à financer les repas des plus pauvres.

     

    « Notre ambition est d’offrir des repas à tous les élèves de Montréal et même du Québec. Le Canada a le pire bilan du G7 en matière de repas dans les écoles », dit Marie Tellier, coordonnatrice de la Cantine pour tous, une autre initiative appuyée notamment par la Ville de Montréal et le Chantier de l’économie sociale.

     

    Le but du projet est simple : un élève bien nourri réussit mieux qu’un élève affamé. Un enfant sur cinq dans le monde mange gratuitement ou à prix modique à l’école, selon les Nations unies. La distribution de repas aux écoliers est le plus important programme social dans le monde. Des pays riches comme la France, les États-Unis, la Finlande ou le Japon offrent des repas gratuits ou à faible coût dans les écoles.

     

    Pour pauvres et riches

     

    À 11 h 30, près de 200 élèves de l’école Charles-Lemoyne viennent s’attabler dans la grande salle du Garde-manger pour tous. La distribution des repas commence. Les petits mordent dans leur sandwich. Prennent une cuillerée de potage aux légumes. Ils sont de bonne humeur.

     

    Les repas doivent être bons pour la santé. Les lignes directrices pour les menus proviennent de nutritionnistes de la commission scolaire. Ghislaine Théoret, directrice du Garde-manger, précise que tous les aliments proviennent de grossistes en bonne et due forme — comme dans n’importe quel restaurant ou cafétéria —, et non de banques alimentaires.

     

    « La perception, c’est qu’on fait de la bouffe de pauvres. C’est faux ! On est un service de traiteur. On prépare les repas pour des écoles qui ont la mesure alimentaire [destinée aux élèves démunis], mais on a aussi des clients dans des écoles de Mont-Royal et d’Outremont. »

    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Ghislaine Théoret, directrice du Garde-manger pour tous
     

    Réinsertion

     

    La beauté de l’affaire, c’est que plusieurs employés de l’organisme sont payés grâce à des programmes de réinsertion sociale du gouvernement. Ce sont des femmes de Pointe-Saint-Charles qui vivraient isolées, démunies, sans ce programme qui leur donne du travail. Un but dans la vie.

     

    C’est ça, l’économie sociale : « Ça permet à des gens de sortir du cercle des multiples échecs », dit Jean-Paul Faniel, directeur général de la Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain.

     

    En prime, les employés du Garde-manger ont le droit au dîner gratuit. C’est tout un avantage. Ils mangent le même repas que les élèves. C’est en même temps une sorte de contrôle de la qualité.

     

    La Cantine pour tous imagine déjà préparer des repas pour les personnes âgées, les personnes isolées, les familles monoparentales, les nouveaux arrivants… Les besoins sont quasi illimités.

     

    La Cantine, Le Garde-manger et les autres organismes du même genre donnent aussi des formations aux élèves sur la nutrition, pour qu’ils connaissent autre chose que les pogos et la pizza congelée.

     

    En tout cas, ce midi-là, à en juger par les sourires, les enfants semblaient satisfaits du contenu de leur assiette.













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