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    Faire le ménage entre ses deux oreilles

    23 septembre 2017 | Marilyse Hamelin - Collaboration spéciale | Éducation
    Selon Étienne Hébert, Ph. D., psychologue clinicien, professeur et doyen des études à l’Université du Québec à Chicoutimi, il y a une limite aux stresseurs que peut encaisser une même personne, et ce, que ce soit de l’eustress ou de la détresse.
    Photo: iStock Selon Étienne Hébert, Ph. D., psychologue clinicien, professeur et doyen des études à l’Université du Québec à Chicoutimi, il y a une limite aux stresseurs que peut encaisser une même personne, et ce, que ce soit de l’eustress ou de la détresse.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Une ambiance compétitive règne aux cycles d’études supérieures et le stress aigu y est monnaie courante, notamment parce que les étudiants se mettent beaucoup de pression sur les épaules, estime Étienne Hébert, Ph. D., psychologue clinicien, professeur et doyen des études à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il tentera de leur venir en aide en donnant pour une deuxième année de suite un atelier spécial dans le cadre des Journées de la relève en recherche.


    Étienne Hébert étudie l’impact du stress sur la santé mentale depuis des années, notamment auprès des athlètes. Il explique d’emblée que le phénomène n’a pas, à la base, de « couleur affective » positive ou négative, mais qu’il repose plutôt sur une soustraction toute simple : les ressources qui sont à notre disposition, moins le défi auquel on est confronté.

     

    « Quand le résultat est positif, les gens parlent rarement de stress, ils vont plutôt dire qu’ils sont excités, qu’ils ont hâte, mais, en fait, il s’agit d’une réaction de stress, explique-t-il. Le vrai terme pour parler de ça est “eustress”, une contraction entre euphorie et stress. La réaction positive provient de la conviction d’être en pleine possession de ses moyens pour faire face au défi. »

     

    A contrario, la sensation que l’on qualifie de stress découle d’un résultat négatif à la formule mathématique. « Le fait d’être convaincu de ne pas être en mesure de répondre à la demande engendre de la détresse, indique le doyen. Pour y remédier, il importe de bien cerner à la fois les ressources à notre disposition et les défis auxquels l’on est confronté. »

     

    Une dose de réalisme, s.v.p. !

     

    D’un côté de l’équation, donc, on retrouve les ressources. Par là, le professeur n’entend pas seulement les compétences et la formation de l’étudiant, mais aussi le soutien social dont il bénéficie, que ce soit de la part de sa famille, des amis ou du conjoint, de même qu’une chose aussi banale en apparence qu’essentielle, le fait d’avoir une routine de travail bien établie.

     

    D’autre part, il y a les défis, qu’il importe selon lui de départager en deux catégories. Il y a d’abord ceux d’ordre concret, objectifs, comme la volonté d’obtenir un diplôme de maîtrise, de doctorat ou de créer un réseau de contacts en recherche. Selon le professeur, ceux-là ne posent pas problème.

     

    Il en va tout autrement des demandes plus subjectives, souvent celles que l’on se fait à soi-même. Des exemples ? Des étudiants ont avoué au doyen des études souhaiter écrire une thèse qui serait un programme de recherche en soi, publier quatre ou cinq articles marquants dans des revues importantes, se créer rapidement un réseau de contacts étendu et même être le meilleur étudiant qu’ait connu un directeur de maîtrise ou de thèse, voire de tout le réseau de l’Université du Québec !

     

    « Le problème vient souvent des attentes complètement disproportionnées et irréalistes, résume-t-il. On tombe dans l’affectif avec des demandes qui n’ont pas de bon sens et qui nous imposent énormément. »

     

    Être son propre bourreau

     

    Selon Étienne Hébert, il y a une limite aux stresseurs que peut encaisser une même personne, et ce, que ce soit de l’eustress ou de la détresse. « Faire des études universitaires dans un autre pays, ç’a beau être positif, c’est aussi une énorme source de stress, illustre le psychologue. Il faut s’adapter à un nouveau milieu. Trop souvent l’étudiant va se dire “j’ai été choisi par tel directeur, je dois écrire mon projet de thèse en trois mois pour lui prouver ma valeur”. »

     

    Lors de ses ateliers, qui se tiennent dans la convivialité et la bonne humeur, précise le principal intéressé, il n’hésite pas à exposer aux étudiants leurs attentes irréalistes, car c’est de ce côté qu’il est possible d’agir.

     

    « Prouver ta valeur, qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Peux-tu m’expliquer ça en termes concrets ? Quelle est la ressource qui va te permettre de continuer à projeter ad vitam aeternam cette image de l’étudiant parfait que tu n’es pas ? La réponse est que cette ressource n’existe pas. »

     

    Plutôt que de faire comme si le stress et l’épuisement n’existaient pas, on gagne, selon le psychologue clinicien, à jouer cartes sur table et s’avouer qu’on en a trop pris, que ça déborde. « Faites une liste de vos demandes et de vos ressources, conseille-t-il. Si ça ne balance pas, vous êtes dans le trouble, arrêtez de vous conter des blagues ! »

     

    Trop souvent à son avis, la confusion règne entre ce qui est réellement attendu des étudiants et ce qu’ils estiment qu’on leur demande. « Il n’y a pas un directeur de thèse qui veut faire échouer ses étudiants, assure-t-il. Allez leur parler ! Ils vont s’asseoir et regarder avec vous. »

     

    Il ajoute que d’autres ressources sont à leur disposition pour faire baisser la tension, comme le fait d’avoir un plan B. « J’entends souvent “si je ne finis pas mon doctorat, je ne sais pas ce que je vais faire de ma vie”, illustre-t-il. Le plan B permet de relativiser. »

     

    Toxique et dangereux

     

    Selon Étienne Hébert, nous sommes collectivement particulièrement mauvais pour déceler nos propres symptômes et manifestations de stress.

     

    « Quand je leur demande, les étudiants me récitent : mains moites, mal de tête, fatigue, jambe molle, mal au ventre, problème de concentration, mais ça, c’est parce qu’ils l’ont appris, explique-t-il. Mais quand vient le temps de se l’appliquer à soi-même, c’est une autre histoire. Je leur dis : “Quand vous avez mal à la tête, quand vous dormez mal, pensez-vous que c’est peut-être le stress ?” »

     

    Le psychologue essaie de les faire cheminer vers une meilleure prise en compte des symptômes. « Les gens s’imaginent qu’ils sont capables de tolérer des situations de stress à l’infini », déplore-t-il.

     

    Pour le doyen des études, il s’agit là d’une autre équation assez simple. « On finit par s’épuiser à gérer le stress et c’est là que l’on tombe malade, indique-t-il. Et pas seulement en tombant en dépression, en éprouvant des troubles anxieux, ou toute autre sorte de problèmes de santé mentale. Les personnes qui absorbent ou endurent le stress pendant une certaine période vont aussi avoir des maux physiques, vont être plus susceptibles d’être impliquées dans des accidents de la route, de subir des blessures physiques et de développer des troubles psychosomatiques. En fait, c’est le système immunitaire qui flanche au bout d’un certain temps. »

     

    Le professeur propose donc une démarche « dempowerment », parce que « le stress, ce n’est pas une bibite invincible, au contraire, il faut seulement l’apprivoiser ».













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