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    Du mythe à la réalité

    16 septembre 2017 | Stéphane Gagné - Collaboration spéciale | Éducation
    Les écoles privées ordinaires ont su s’adapter aux besoins grandissants en adaptation scolaire.
    Photo: iStock Les écoles privées ordinaires ont su s’adapter aux besoins grandissants en adaptation scolaire.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Selon la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP), c’est un mythe de croire que les écoles privées se désintéressent des élèves en difficulté d’apprentissage ou autres troubles. Depuis quelques années, le taux de fréquentation de cette clientèle ne cesse d’augmenter et le nombre d’établissements qui en accueillent aussi. Mise à jour de la situation.


    Plus de 12 % des élèves fréquentant les écoles privées ordinaires québécoises bénéficient d’un plan d’intervention afin de les aider à surmonter leurs difficultés, selon les chiffres du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES). À cela, il faut ajouter les écoles privées spécialisées en adaptation scolaire.

    Photo: Paola De Angelis Jean-Marc St-Jacques

    Parmi ces écoles, mentionnons l’école Vanguard, à Côte-Saint-Luc, spécialisée dans l’aide aux élèves ayant de graves troubles d’apprentissage, et l’académie Centennial, à Montréal, qui offre le même service. À Saint-Tite-des-Caps, le collège des Hauts Sommets accepte les élèves en situation de décrochage. Selon la FEEP, 12 établissements, spécialisés en adaptation scolaire, accueillent plus de 3000 élèves présentant des troubles de comportement, des difficultés d’apprentissage, des handicaps ou des déficiences. Ils sont tous situés dans les régions de Montréal et de Québec.

     

    La majorité des 193 écoles privées du Québec sont toutefois des écoles dites ordinaires dont la mission principale n’est pas l’adaptation scolaire. Mais leur intérêt à s’investir dans ce domaine a beaucoup évolué depuis deux décennies, selon Jean-Marc St-Jacques, président de la FEEP et directeur du collège Bourget, à Rigaud. « Il y a environ 20 ans, les écoles privées n’accueillaient que 3 % d’élèves en difficulté. Aujourd’hui, nous en accueillons quatre fois plus, soit 12 %. » Il s’agit toutefois d’une moyenne, comme en témoigne le collège dont M. St-Jacques est le directeur, qui en admet 20 %.

     

    Les écoles privées ordinaires ont donc su s’adapter aux besoins grandissants en adaptation scolaire. Selon Geneviève Beauvais, directrice des communications à la FEEP, le nombre d’écoles qui offrent des services aux élèves en difficulté a triplé au cours des dix dernières années.

     

    L’argent, le nerf de la guerre

     

    M. St-Jacques soutient que ce pourcentage pourrait être encore plus élevé si le gouvernement finançait les services en adaptation scolaire à la même hauteur qu’il le fait dans le secteur public. « Les écoles privées ne bénéficient pas de la bonification de la subvention offerte aux commissions scolaires qui accueillent des élèves en difficulté. Plusieurs écoles développent donc des services adaptés pour les élèves en difficulté grâce à leur fondation, mais elles demeurent limitées dans leur capacité d’accueil, faute de financement adéquat », poursuit Mme Beauvais. « Avec un financement adéquat, nous pourrions accueillir un pourcentage d’élèves plus grand, dans une proportion semblable à ce que l’on trouve dans le secteur public, soit 20 % », soutient M. St-Jacques.

     

    Test de classement ou test de sélection ?

     

    On a souvent reproché aux écoles privées de sélectionner les élèves à l’entrée, ce qui restreint au départ leur capacité d’accueillir des élèves en difficulté. Le problème ne vient-il pas aussi de cette façon de faire ? Selon M. St-Jacques, les tests de sélection à l’entrée sont plus rares aujourd’hui. « Il y a encore des écoles qui le font, mais ce que l’on voit plus, ce sont des tests de classement qui ont pour objectif de placer les élèves dans les bonnes classes selon leur niveau », précise-t-il.

    Avec un financement adéquat, nous pourrions accueillir un pourcentage d'élèves plus grand, dans une proportion semblable à ce que l'on trouve dans le secteur public, soit 20 %
    Jean-Marc St-Jacques, président de la FEEP et directeur du collège Bourget, à Rigaud

    On a aussi déjà entendu parler d’écoles qui, en cours d’année, expulsent des élèves récoltant de moins bonnes notes pour ne pas faire baisser la moyenne de leur classe. Selon M. St-Jacques, ce type de situation est rare, surtout depuis la réforme du Code civil. « Il faut des motifs raisonnables pour expulser un élève, dit-il. Un élève peut toutefois être expulsé s’il est pris à vendre de la drogue. »

     

    Quelques exemples d’accommodements

     

    Selon M. St-Jacques, les écoles privées ordinaires cherchent encore à attirer la « crème » des élèves, tout en faisant une place plus grande aux élèves en difficulté. Par exemple, plusieurs écoles offrent à ces élèves de faire leur première et deuxième secondaire sur une période de trois ans.

     

    Des écoles disposent aussi de programmes adaptés aux élèves en difficulté, créés récemment. C’est le cas du collège de Lévis, sur la rive-sud près de Québec, qui offre depuis deux ans le programme appelé Défi-Réussite. Chaque année, des tests de classement réalisés en première secondaire permettent de cibler les élèves qui feront partie du programme. Ces élèves bénéficient alors de deux périodes supplémentaires en français et en mathématiques. Ces périodes, offertes en effectif réduit, sont intégrées dans l’horaire, afin de revoir plus longuement la matière vue en classe.

     

    Autre exemple : pour la deuxième année, le collège Reine Marie, dans le quartier Saint-Michel à Montréal, offre de meilleurs outils aux élèves en difficulté. L’institution a mis en place un local comprenant 144 places adaptées à ces élèves, afin de leur donner plus de temps pour passer leur examen. « Sous la supervision de deux surveillants, les élèves disposent ainsi d’un tiers de temps en plus, affirme Marc Tremblay, directeur du collège. Un orthopédagogue est aussi disponible à l’école, aux frais des parents, pour les élèves qui en éprouvent le besoin. »

     

    M. Tremblay affirme avoir une approche inclusive, qui se traduit par un accueil de jeunes aux profils variés. Ici, il n’y a pas de test de classement ni de test de sélection à l’entrée. « Je rencontre en entrevue, un à un, tous les jeunes désireux de venir étudier ici », affirme M. Tremblay. Lors de cette rencontre qui peut durer jusqu’à une heure et demie, M. Tremblay apprend à mieux connaître les jeunes et recense leurs besoins.

     

    D’autres exemples comme ceux-ci pourraient aussi être cités. Cela illustre une tendance qui semble bien être amorcée dans les écoles privées, soit celle d’accueillir un plus grand nombre d’élèves en difficulté.













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