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    Des bars unis contre la violence sexuelle

    8 septembre 2017 |Jessica Nadeau | Éducation
    La formule est assez simple: une femme qui se sent menacée par un homme trop insistant ou qui croit avoir été intoxiquée au GHB commande une boisson fictive, un «Angelot», au bar.
    Photo: Predrag Vuckovic Getty Images La formule est assez simple: une femme qui se sent menacée par un homme trop insistant ou qui croit avoir été intoxiquée au GHB commande une boisson fictive, un «Angelot», au bar.

    Une vingtaine de bars fréquentés par la communauté étudiante se mobilisent pour lutter contre les violences à caractère sexuel et s’engagent dans le programme « Commande un Angelot », un code de moins en moins secret pour obtenir de l’aide discrètement et rapidement.

     

    La formule est assez simple : une femme qui se sent menacée par un homme trop insistant ou qui croit avoir été intoxiquée au GHB commande une boisson fictive, un « Angelot », au bar. Automatiquement, un protocole d’aide s’enclenche afin d’assurer la sécurité de la personne, sans qu’elle ait besoin de se justifier.

     

    Dans un premier temps, elle sera emmenée dans un endroit discret et sécuritaire. Ensuite, en fonction de ses besoins, le personnel du bar verra à l’écouter, à lui permettre de reprendre ses esprits ou d’appeler une amie, à la déplacer dans une autre section du bar, à la faire quitter les lieux discrètement en taxi ou même à contacter la police ou les services d’urgence. Dans tous les cas, une carte avec une liste de ressources d’aide lui sera remise. « On le faisait déjà de façon instinctive, au meilleur de notre jugement, mais ça va aider tout le monde d’avoir un cadre et une structure claire pour intervenir de la bonne façon », se réjouit Stéphanie Juneau, copropriétaire du bar La Maisonnée, à Montréal.

     

    Beaucoup de demandes

     

    L’initiative a été lancée en mars dernier par l’Alliance pour la santé étudiante au Québec (ASEQ) et les organismes Sans oui, c’est non et Ni viande ni objet, avec l’aide du gouvernement du Québec. Elle s’inscrit dans la mouvance des campagnes Ask for Angela au Royaume-Uni et Angel’s shot aux États-Unis. On visait alors l’implantation du programme dans une cinquantaine de bars pour septembre.

     

    Six mois plus tard, en pleine rentrée, les organisateurs ont fait le point lors d’une conférence de presse qui se tenait jeudi dans un bar universitaire de Montréal. Ce sont donc 18 bars, dont 7 à Montréal, qui sont en train d’implanter le projet-pilote.

     

    « On a eu très peu, voire aucune résistance, répond Patrice Allard de l’ASEQ. On aurait pu faire affaire avec 152 bars, il y avait beaucoup de demandes, mais on s’est concentrés sur les bars dans les campus ou tout près pour s’assurer de contrôler l’efficacité du programme et d’offrir le support et la formation. »

     

    L’initiative a eu des échos au-delà des bars, ajoute-t-il. « On a été contactés par des écoles de police pour présenter le programme à leurs étudiants et par les Forces armées également pour nous demander de les aider à implanter le programme sur les bases militaires […]. On ne pouvait pas répondre aux demandes de tous ces gens, on s’est recentrés sur les campus pour lancer le projet-pilote, mais on va rester en contact avec eux et, si tout se passe bien, on pourra étendre le programme à tous ceux qui sont en mesure de l’offrir. »

     

    Un processus simplifié

     

    Après avoir mené un certain nombre de tests cet été, les organisateurs ont décidé de revoir le concept de départ, qui était de décliner la commande en fonction de la gravité de la menace : angelot avec glace, sans glace ou avec lime. On limite désormais la commande à un angelot et on évalue le type d’intervention requise par la suite, lorsque la personne se trouve dans un lieu sécuritaire.

     

    « On s’est rendu compte que c’était bien trop compliqué et que quelqu’un qui ne se sent pas en sécurité n’est pas forcément en état de décliner plusieurs codes. Commander un angelot tout court, c’est beaucoup plus simple et accessible », explique Mylène Lokrou, de l’organisme Sans oui, c’est non.

     

    « J’étais toujours un peu mêlée entre l’angelot nature, avec ou sans glace. Je crois, en tout respect, que c’est une extraordinaire initiative d’avoir simplifié ça », a applaudi la ministre de l’Éducation supérieure, Hélène David, qui a promis aux organisateurs un soutien sans réserve.

     

    Formation

     

    Les organisateurs auraient bien aimé lancer le projet-pilote un peu plus tôt pour être en mesure de répondre aux demandes pour les fêtes de la rentrée. Mais des contraintes techniques, comme l’absence de plusieurs employés pour la période estivale qui empêchait de former tout le personnel, les en ont empêchés, explique-t-on. La majorité des employés seront prêts d’ici deux ou trois semaines.

     

    Au total, on prévoit que 300 employés de bars suivront la formation en ligne obligatoire pour les sensibiliser au phénomène des violences sexuelles, défaire des mythes et leur donner les outils pour intervenir de façon efficace. Des suivis seront également effectués, notamment à travers des évaluations en ligne et des équipes de « clients mystères » qui évalueront la réponse des établissements.













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