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    La lutte des classes nuit à la réussite scolaire, selon une étude de l'IRIS

    L’école régulière perd du terrain face au privé et aux écoles à programme particulier

    7 septembre 2017 |Jessica Nadeau | Éducation
    L’analyse de l’IRIS confirme ce que disait déjà une enquête du Conseil supérieur de l’éducation: l’école régulière perd du terrain.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir L’analyse de l’IRIS confirme ce que disait déjà une enquête du Conseil supérieur de l’éducation: l’école régulière perd du terrain.

    Près de 40 % des élèves du secondaire étudient au privé ou dans des écoles publiques à programmes ou projets particuliers qui imposent des critères sélection, estime l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). L’organisme dénonce cette « ségrégation scolaire » et tente de démontrer que cela a un impact négatif sur la réussite de l’ensemble des enfants.

     

    Le phénomène « d’écrémage » de la classe régulière au profit des écoles privées et des écoles à vocation particulière dans le réseau public n’est pas nouveau, mais il tend à s’accélérer, constate l’IRIS, dans une étude financée en partie par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

     

    L’IRIS s’appuie notamment sur les travaux du Conseil supérieur de l’éducation qui sonnait l’alarme l’an dernier. Le rapport du CSE soutenait que le système scolaire québécois était l’un des plus inéquitables au Canada et évoquait pour la première fois un « système à trois vitesses » : le réseau privé, les écoles publiques qui tentent de faire concurrence au privé en offrant des programmes à vocation particulière et pour lesquels il faut passer des tests d’admission et, enfin, la classe ordinaire de l’école publique, confrontée à une concentration de plus en plus importante de « populations défavorisées ou d’élèves moins performants ».

     

    « Le Conseil supérieur de l’éducation a fait un excellent travail, mais on voulait aller plus loin et documenter l’ampleur du phénomène pour savoir si c’était quelque chose de marginal ou de plus massif, explique le chercheur Philippe Hurteau en entrevue au Devoir. On est nous-mêmes surpris, on ne pensait pas trouver des résultats aussi élevés, à savoir qu’un si grand nombre d’élèves du secondaire sont sortis d’une manière ou d’une autre du parcours régulier. »

     

    Selon les calculs de l’IRIS, c’est aujourd’hui près de quatre élèves sur dix (38,6 %) qui seraient dans une école ou une classe qui impose des critères de sélection.

     

    Au préscolaire et au primaire, l’IRIS constate également une hausse des élèves qui fréquentent des écoles privées ou à vocation particulière, mais « bien moins marquée » qu’au secondaire, constatent les auteurs de la note socio-économique.

     

    « Les pratiques d’écrémage basées sur une forme ou l’autre de sélection (le rendement scolaire, le comportement, les coûts, etc.) tendent à réduire la mixité sociale à l’intérieur même des classes au profit d’une plus grande homogénéité », précisent-ils.

     

    De moins bons résultats

     

    Non seulement le système « reproduit et renforce les inégalités sociales et économiques », mais il serait également responsable d’une diminution des résultats scolaires ces dernières années, estime l’IRIS.

     

    « Contrairement à la croyance populaire voulant qu’en réunissant les élèves en fonction de leurs performances scolaires, on obtienne de meilleurs résultats, les études démontrent plutôt l’effet inverse. L’homogénéité de la “clientèle scolaire” affecte négativement tous les élèves, qu’ils soient issus de milieux favorisés ou défavorisés », peut-on lire dans le document, qui fait une douzaine de pages.

     

    Pour illustrer à quel point « l’effet de ségrégation est malsain », les chercheurs mettent de l’avant le fait que le taux de réussite aux épreuves uniques du ministère de l’Éducation est passé de 91,8 % à 83,6 % entre 2011 et 2015, soit une baisse de 8,2 points. « C’est une chute drastique en l’espace d’à peine quatre ans », déplore Philippe Hurteau.

     

    Au privé, le taux de réussite est passé de 98,1 % à 96,2 %, soit une baisse de 1,9 point. Le chercheur n’est pas en mesure d’expliquer les raisons de cette variation, qui est somme toute « assez minime », mais estime que c’est la preuve que l’idée de concurrence et d’écrémage est néfaste pour tous. « Mettre les enfants privilégiés et doués dans les mêmes classes n’améliore pas leur performance et de plus, les retirer de l’école commune nuit aux autres », illustre-t-il.

     

    Littérature scientifique

     

    L’étude met en lien les deux phénomènes – l’augmentation des élèves qui sont dans des écoles privées ou à vocation particulière et le recul des performances scolaires des dernières années – mais sans arriver à prouver qu’il y a un lien de cause à effet.

     

    « On n’a pas fait le travail pour isoler la part de responsabilité de l’écrémage sur ces 8,2 points de recul, mais la littérature internationale a bien documenté les effets d’une augmentation ou d’une diminution de la mixité sociale dans les classes et cela nous indique que ça a un rôle non négligeable », répond le chercheur Philippe Hurteau. Ce dernier convient par ailleurs que les résultats scolaires sont étudiés sur une ligne du temps bien courte et que le recul pourrait être attribuable à plusieurs autres facteurs, tels que les compressions des dernières années dans le réseau de l’éducation. « Ce qui est possible, c’est que les deux facteurs mis en ensemble peuvent se renforcer », répond-il.

     

    Réussite éducative

     

    Le chercheur de l’IRIS trouve « très surprenant » et « plutôt inquiétant » que la politique sur la réussite éducative, présentée à Québec en juin dernier, ne fasse pas mention de ce phénomène.

     

    Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, n’était pas disponible mercredi soir pour commenter cette étude qu’il n’avait pas encore vue. Son attachée de presse a référé Le Devoir à une entrevue accordée il y a quelques semaines. Ce dernier affirmait alors que la politique allait travailler pour « l’égalité des chances », même s’il n’y avait pas de pistes d’actions spécifiques aux programmes particuliers. « Il y a du travail à faire », reconnaissait-il. « Il y a chez la classe régulière, classe que d’autres ont appelée ordinaire, une classe de moins en moins régulière en ce sens qu’elle regroupe des gens de profil similaire ou avec des difficultés parce que les autres sont ailleurs. Et ça, c’est certain que c’est préoccupant. Mais il faut s’assurer de donner accès au plus de programmes possibles au plus de gens possibles parce qu’il faut trouver les moyens de les attacher, non pas à leur chaise, mais de faire en sorte qu’ils soient motivés pour y rester. »













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