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    Éducation

    Comment seront formés les experts en conservation?

    La suspension d’un programme d’études supérieures en conservation suscite de vives inquiétudes

    5 septembre 2017 |Jean-François Nadeau | Éducation
    Christophe Rivet, président d'ICOMOS Canada, estime que l’arrêt temporaire de cette formation pose un problème d’ordre national.
    Photo: iStock Christophe Rivet, président d'ICOMOS Canada, estime que l’arrêt temporaire de cette formation pose un problème d’ordre national.

    Que l’Université de Montréal mette sur la glace son programme d’études supérieures en conservation suscite de vives réactions d’inquiétude. « Il n’y a eu que trois demandes d’admission », explique Paul Lewis, le doyen de la Faculté de l’aménagement, pour justifier la suspension du programme. « Mais il y a une différence pour nous entre suspendre un programme pour le repenser et le fermer », insiste Manon Guité, vice-doyenne aux affaires académiques.

     

    Président d’ICOMOS Canada, le comité national canadien du Conseil international des monuments et des sites, Christophe Rivet se dit très inquiet de cette tangente prise par l’université. « Notre organisation et plusieurs autres sont extrêmement préoccupées par l’annonce de la fermeture de ce programme de formation. Les besoins en conservation sont pourtant manifestes. »

     

    Lui-même diplômé de ce programme pointu, M. Rivet estime que l’arrêt même temporaire de cette formation pour des raisons budgétaires pose un problème d’ordre national. « Il y a un besoin immédiat pour des gens qui ont une sensibilité pour la conservation. […] On a un vrai besoin national. À ma connaissance, on avait seulement deux programmes du genre au Canada, à l’Université Carleton et à l’Université de Montréal. Il y a des cours ailleurs, mais rien de semblable qui permettrait d’étudier en conservation avancée et de nous mettre au même niveau que nos collègues européens et américains. » Il ajoute que, parmi ses « collègues d’Europe, d’Afrique et d’Amérique, plusieurs ont été formés par ce programme ».

     

    Dos à dos

     

    « Il existe une approche nord-américaine du patrimoine qui est appréciée à l’étranger », dit pour sa part Jean-Claude Marsan. Professeur émérite, il a notamment été directeur de l’École d’architecture et doyen de faculté à l’Université de Montréal. Il se dit scandalisé par le sort fait à ce programme qui a donné des professionnels qualifiés à de nombreuses institutions. « Ce programme d’études supérieures, créé en 1987, fut unique en son genre au Canada. » À son sens, son ratatinement actuel ne tient pas seulement à des raisons de compression budgétaire, comme l’affirme la direction, mais à des conceptions antinomiques de l’architecture qui ont fini par avoir raison de l’esprit qui animait cette formation. Jean-Claude Marsan parle tout simplement d’« un programme pris en otage » entre ceux, d’une part, qui s’intéressent surtout à la forme dans l’architecture et ceux, d’autre part, qui voient dans le patrimoine un point de rencontre multidisciplinaire nécessaire, notamment entre l’économie, le social et le culturel.

     

    Pour Jacques Lachapelle, directeur actuel de l’École d’architecture de l’Université de Montréal, il est nécessaire de repenser cette formation. Il faut d’abord, dit-il, « consolider une formation en architecture et quand ce sera fait, on pourra refaire ce qu’on faisait. […] Est-ce que je suis capable de dire quand ? Je ne suis pas une boule de cristal. »

     

    La directrice d’Action patrimoine, Émilie Vézina-Doré, affirme pour sa part avoir reçu beaucoup d’appels de groupes qui se disent consternés par cette décision et qui souhaitent rencontrer l’université. « Nous, on est vraiment inquiets de la suspension du programme. C’est un milieu qui a besoin de relève, dans une optique transdisciplinaire […]. Avec Carleton, c’était vraiment le seul endroit qui offrait un programme de maîtrise complet. »

     

    « Il y avait des gens qui ne semblaient pas accepter que ce programme multidisciplinaire existe », dit Jean-Claude Marsan. Pour lui, les conséquences de cette mise au rancart, même temporaire, sont tout simplement catastrophiques à un moment où le patrimoine nécessite une plus grande attention. « Quand vous êtes la seule école du genre au Canada, c’est dire qu’on détruit tout simplement le progrès qu’on avait amorcé dans ce domaine. […] Le patrimoine est devenu de plus en plus important à cause de la mondialisation. On a compris — enfin ! — que la culture se développe partout. Ce programme recevait des étudiants de Chine, d’Amérique du Sud, d’Angleterre, de partout. On en avait toujours douze ou quinze. »

     

    Le doyen de la faculté, Paul Lewis, pense désormais à mettre sur pied « une formation courte », plus en lien, dit-il, avec « les besoins de la clientèle ».













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