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    L’investissement de 20 millions en alphabétisation permet de souffler

    2 septembre 2017 | Marie-Hélène Alarie - Collaboration spéciale | Éducation
    Le RGPAQ est déçu de ne pas trouver dans la nouvelle politique éducative des mesures pour lutter contre la pauvreté, regrette Caroline Meunier, responsable au développement des analyses et des stratégies du RGPAQ.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le RGPAQ est déçu de ne pas trouver dans la nouvelle politique éducative des mesures pour lutter contre la pauvreté, regrette Caroline Meunier, responsable au développement des analyses et des stratégies du RGPAQ.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    Les groupes qui travaillent en alphabétisation sentent actuellement souffler un vent favorable. Non seulement ils bénéficient d’un meilleur financement, mais ils se réjouissent également du fait que le gouvernement fasse de l’éducation une priorité, comme en témoigne la nouvelle Politique de réussite éducative. Cela dit, ils espèrent que la future stratégie saura s’attaquer tant aux causes qu’aux conséquences de l’analphabétisme, et donc à la pauvreté.


    On l’entend dans sa voix, Caroline Meunier est enchantée. La responsable au développement des analyses et des stratégies au Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ) salue l’annonce du ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, faite en décembre dernier, concernant un investissement récurrent de près de 20 millions pour soutenir les nombreux partenaires en matière d’alphabétisation. « Depuis 2008, il n’y a pas eu d’investissements importants pour soutenir la mission des groupes… On s’est réjouis ! » lance-t-elle d’emblée, tout en apportant quelques clarifications.

     

    Effectivement, des 20 millions annoncés, 9 iront directement au financement du réseau des organismes en alphabétisation par l’entremise du Programme d’action communautaire sur le terrain de l’éducation, le PACTE. « L’an dernier, il y avait 182 organismes de divers horizons financés par ce programme, dont 127 qui intervenaient en alphabétisation populaire. On attendait depuis longtemps cet investissement. Seulement pour nos 127 organismes, on réclamait 9,2 millions », rappelle Caroline Meunier.

     

    « Au cours de la dernière année, une première tranche de 9 millions a été distribuée, note Mme Meunier. Certains organismes ont même pu bénéficier de près de 50 % d’augmentation de leur financement ! » Par contre, cette distribution sera révisée, déclare la responsable, et, dès septembre, chaque organisme pourra connaître le montant exact qui lui sera dorénavant attribué. « C’est un gain important, un coup de pouce attendu depuis fort longtemps », renchérit-elle, en ajoutant que « c’est une forme de reconnaissance de notre contribution à la réussite éducative ».

     

    Aujourd’hui, si le RCPAQ se réjouit que ces 9 millions soient récurrents, ses membres souhaiteraient bien le voir indexé chaque année. « C’est peut-être modeste, mais pour nous c’est important afin que les organismes puissent maintenir leurs services », rappelle Mme Meunier.

     

    Consolidation des équipes

     

    À quoi servira cet investissement ?

     

    « À consolider les équipes de travail », affirme sans hésiter la responsable. En effet, le travail des organismes en alphabétisation repose sur de petites équipes. S’ils peuvent compter sur la contribution des bénévoles et des membres de conseils d’administration, souvent les organismes sont tenus à bout de bras par deux ou trois personnes dont l’emploi est parfois précaire.

     

    Dorénavant, il leur sera plus facile d’effectuer les tâches quotidiennes, la formation, le travail dans le milieu, le recrutement, la recherche de partenariat. « Même si on n’ajoute qu’un membre à une équipe, l’impact est direct sur la capacité du groupe à faire son travail. Ça se traduit par plus d’heures de formation pour les adultes, plus de travail dans le milieu pour sensibiliser et recruter, explique Mme Meunier. Aller rejoindre les personnes peu alphabétisées, c’est comme l’argent : c’est le nerf de la guerre… Si les gens ne viennent pas, on ne peut pas contribuer. » Si les répercussions de cet argent frais sur le terrain se font déjà sentir, tout deviendra beaucoup plus concret au cours des 12 prochains mois, selon la responsable.

     

    Pour une stratégie nationale

     

    Comme une vingtaine d’organisations, le RGPAQ est un membre actif du Réseau de lutte à l’analphabétisme qui avait lancé en mai 2016 une plateforme pour une stratégie nationale de lutte contre l’analphabétisme.

     

    « La plateforme a été déposée comme mémoire dans le cadre des consultations sur la réussite éducative », précise Mme Meunier. Le document précise qu’il est important de tenir compte de la réalité des personnes peu ou pas alphabétisées et de leur famille, et qu’on doit permettre la mise en oeuvre de mesures structurantes. De plus, il est clairement mentionné que, si l’on veut mettre au point une stratégie de lutte contre l’analphabétisme, on doit s’appuyer sur une vision globale et cohérente du problème de l’analphabétisme, de ses causes et de ses conséquences. Mme Meunier, qui parle ici au nom du RGPAQ, affirme que « la nouvelle Politique de réussite éducative est en fait une stratégie d’alphabétisation et de francisation, et ce n’est pas exactement ce que le Réseau demandait ». Pour l’organisme, la Politique de réussite éducative se concentre sur l’appropriation de l’écriture et de la lecture, alors que les enjeux d’une stratégie de lutte contre l’analphabétisme sont beaucoup plus nombreux.

     

    Lutte contre la pauvreté

     

    « Il n’y a pas de véritable réussite éducative possible sans lutte contre la pauvreté », martèle Mme Meunier. Le RGPAQ est déçu de ne pas trouver dans la nouvelle politique éducative des mesures allant en ce sens. Ce défi ne concerne évidemment pas seulement le seul ministère de l’Éducation. Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, a d’ailleurs annoncé pour le mois de septembre le lancement d’un troisième plan de lutte contre la pauvreté. « On espère qu’il y aura une cohérence avec la Politique de réussite éducative. On sait que les élèves des milieux défavorisés ont tendance à plus décrocher, entre autres parce qu’ils vivent dans des conditions précaires. On se dit qu’un ne va pas sans l’autre, déclare la responsable. Dans un an, nous serons en campagne électorale. Est-ce que ça ne sera que des promesses ? On souhaite que tous les acteurs, peu importe leur allégeance, portent le flambeau et appuient une stratégie de lutte contre la pauvreté. »













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