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    Rentrée scolaire: l'absence de stabilité nuit à l'apprentissage des écoliers

    Les remplacements d'enseignants à répétition sont source de stress

    30 août 2017 |Jessica Nadeau | Éducation
    Rémi, 7 ans, a vécu une rentrée stressante, après avoir vu les enseignants se succéder dans sa classe l’an dernier.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Rémi, 7 ans, a vécu une rentrée stressante, après avoir vu les enseignants se succéder dans sa classe l’an dernier.

    Anxiété, stress, colère, découragement, sentiment d’abandon, perte d’estime de soi, désintérêt pour l’école, retards d’apprentissage… La valse des remplacements dans une classe a parfois de lourds impacts chez les enfants.

     

    « Maman, je veux mourir. » Yan (nom fictif) avait 6 ans lorsqu’il a prononcé ces mots crève-coeur. C’était en juin dernier. On venait de lui apprendre qu’il allait redoubler sa première année parce qu’il a trop de retard. « Dans sa tête, ça venait lui confirmer qu’il n’était pas bon », raconte sa mère, qui a souhaité garder l’anonymat. « Il a eu dix remplaçants dans sa classe entre les mois de décembre et d’avril. Il a vécu le départ de son professeur comme une trahison et il ne s’est donné la chance d’aimer aucun des remplaçants. Comment voulez-vous qu’il réussisse, dans ce contexte ? »

     

    Pourtant, il avait eu un début d’année prometteur, malgré quelques difficultés d’apprentissage, raconte sa mère. « Il était motivé, il faisait des progrès. Et puis ça a été la valse des remplaçants et ça s’est mis à dégringoler. Il a commencé à faire des crises pendant les devoirs, à répéter qu’il ne voulait plus aller à l’école. Au début, je pensais qu’il faisait des caprices, je prenais ça un peu à la légère parce que je ne savais pas ce qu’il vivait à l’école. On a été avisé de la situation rendu au cinquième professeur. Ça faisait déjà plusieurs semaines qu’il refoulait tout ça… »

     

    Après consultation avec l’école, il a été convenu que Yan passe en deuxième année. Mais la rentrée, lundi, a été particulièrement difficile pour lui. « Il a fait de l’insomnie, il répétait qu’il ne voulait pas aller à l’école, que de toute façon il n’était pas bon. Il ne veut pas être en 2e année, parce qu’il sait qu’il est en retard, et il ne veut pas être avec les petits de 1re année. En fait, il ne veut être nulle part. Il dit qu’il veut aller vivre dans la rue. »

     

    Rémi

     

    La rentrée a été difficile aussi pour Rémi, qui était dans cette même classe de 1re année à l’école Saint-Jean-de-Brébeuf, dans Rosemont. « Mon fils, qui était si vif, est devenu un enfant qui frôlait les murs, raconte Pascale Corriveau. Il faisait des colères tous les soirs. On ne comprenait pas ce qui se passait. Les adultes qui le connaissaient se sont mis à nous poser des questions : mais qu’est-ce qui se passe avec Rémi ? »

     

    Pascale Corriveau a les larmes aux yeux en repensant à cette période cauchemardesque. « En parlant avec d’autres parents, on s’est rendu compte que plusieurs de nos enfants vivaient plus ou moins la même chose. Les enfants disaient que c’était à cause d’eux que leur professeur était malade et qu’ils étaient tellement pas bons qu’aucun autre ne voulait rester avec eux. La classe était complètement désorganisée, plus aucun professeur n’arrivait à faire de la discipline. »

     

    Les parents se sont mobilisés. En avril dernier, ils sont allés au conseil des commissaires pour dénoncer la situation, qui s’est stabilisée à la fin de l’année scolaire.

     

    Mais Rémi avait accumulé pas mal de retard, lui aussi. Pascale Corriveau a consulté au privé et découvert que son fils avait des troubles d’apprentissage. « Il aurait eu ces difficultés d’apprentissage quand même, j’en suis bien consciente, mais on aurait pu lui éviter cette couche supplémentaire de stress liée aux remplacements à répétition de professeurs qui se succèdent sans le connaître et sans faire de suivi. »

     

    Comme les autres parents rencontrés par Le Devoir, Pascale Corriveau a travaillé fort à « déconstruire » les messages négatifs de la dernière année. Elle a écouté, séché des pleurs, réconforté et rassuré. Pourtant, à l’idée de se rendre à l’école, lundi, Rémi lui a dit sans ambages : « C’est sûr que mon professeur va être malade. »

     

    Nerveux

     

    Tous ne l’ont pas vécu de façon si dramatique, comme le raconte Chloée Daigneault. « Mon fils n’a pas été trop affecté, mais il disait qu’il avait mal aux oreilles, parce que c’était turbulent dans la classe. Il s’est désolidarisé du reste de la classe. Je n’ai jamais été trop inquiète pour sur le plan scolaire, il est bon à l’école, il va rattraper rapidement le retard ; c’est sur le plan de l’attachement à l’école que je suis inquiète. Cette année, il était nerveux pour la rentrée. J’espère que ça va être l’année qui va le réconcilier avec l’école. »

     

    Même son de cloche chez Galina de Repentigny, qui a vécu, ces dernières années, la valse des remplacements pour ses deux garçons à la maternelle 4 ans de l’école Saint-Louis-de-Gonzague, sur le Plateau-Mont-Royal. Le premier est devenu très nerveux à la suite de cet épisode, le deuxième, indocile. « On ne saura jamais si c’est juste à cause de ça, mais disons qu’ils ont mal commencé leur parcours scolaire, et ça, c’est sûr, ça a un impact. »

     

    Marc-Simon Drouin, directeur du Département de psychologie de l’UQAM, confirme que « ça peut avoir pas mal d’impacts » puisque le professeur est « une figure d’identification ». Au-delà de la matière, l’enfant apprend à répondre aux attentes du professeur, explique-t-il. Si celui-ci change constamment, cela génère un stress supplémentaire, en particulier pour les enfants avec des difficultés d’apprentissage. « L’interprétation que l’enfant va faire du changement va être variable, ajoute le professeur. Ça dépend aussi de ce qu’on leur a expliqué. Or, malheureusement, dans la plupart des écoles, on ne prend pas le temps de s’asseoir avec l’enfant pour lui expliquer ce qui se passe. Devant l’incertitude, l’enfant va donc trouver ses propres réponses, au prix parfois de certaines fictions. »


    La CSDM cherche à embaucher 164 professeurs La Commission scolaire de Montréal (CSDM) vient de lancer une vaste campagne de recrutement dans l’espoir d’embaucher 164 enseignants ou professionnels en éducation spécialisée. La plus grande commission scolaire du Québec indique que sa banque de remplaçants à long terme « fond comme neige au soleil ». La pénurie frappe surtout chez les orthopédagogues du préscolaire et du primaire, explique Alain Perron, porte-parole de la CSDM. La commission scolaire a confirmé avoir quelque 70 postes d’enseignants à pourvoir en cette semaine de rentrée scolaire. De ce nombre, cinq sont titulaires d’une classe du primaire, a indiqué la CSDM après vérification, mardi (un enseignant titulaire a été trouvé pour une sixième classe qui était orpheline, un groupe de première année de l’école Saint-Arsène, dont Le Devoir a fait état mardi). Les autres postes non pourvus sont des postes d’enseignants d’anglais, d’arts plastiques, d’éducation physique ou de musique, indique M. Perron.












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