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    Près de 70 classes orphelines à la CSDM

    Des parents craignent que les remplacements d’enseignants se multiplient, comme l’an dernier

    29 août 2017 |Marco Fortier | Éducation
    Ce ne sont pas tous les élèves de la CSDM qui ont eu une rentrée heureuse, lundi. Certains enfants n’avaient tout simplement pas de titulaire assigné à leur classe.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ce ne sont pas tous les élèves de la CSDM qui ont eu une rentrée heureuse, lundi. Certains enfants n’avaient tout simplement pas de titulaire assigné à leur classe.

    Les parents et les élèves d’environ 70 classes de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) ont eu toute une surprise à la rentrée lundi matin : il n’y avait aucun enseignant attitré à leur groupe.

     

    Cette situation hors de l’ordinaire est due à des congés de maladie de dernière minute ou au désistement de remplaçants qui avaient été affectés à une classe, explique la CSDM.

     

    Le choc a été brutal pour les tout-petits qui n’avaient pas de professeur en mettant les pieds pour la première fois dans une « vraie » classe d’école primaire. Un des trois groupes de première année de l’école Saint-Arsène, dans le quartier Rosemont, n’avait pas d’enseignant titulaire lundi matin. Une orthopédagogue a pris la relève temporairement, puis la CSDM a déniché une remplaçante en fin d’après-midi, mais les élèves et leurs parents ont passé une bien mauvaise journée.

     

    Les parents craignent la répétition d’un scénario qui a causé toutes sortes de problèmes lors de la dernière année scolaire : une succession de remplaçants qui se désistent les uns après les autres, ce qui entraîne un climat insoutenable en classe. Pas moins de dix enseignants s’étaient succédé dans une seule classe de première année de l’école Saint-Jean-de-Brébeuf.

     

    « S’il y a des remplaçants à répétition comme ça s’est vu l’année dernière dans une école, ça va être une année épouvantable pour mon fils et pour moi », a dit au Devoir Émilie Dansereau, mère d’un enfant de l’école Saint-Arsène, qui s’est retrouvé sans professeur lundi matin.

     

    Le petit Renaud avait hâte de faire son entrée en première année. Mais quand il a constaté qu’aucun enseignant n’était là pour l’accueillir — alors que les deux autres classes avaient leur professeur —, il a montré des signes d’anxiété, explique sa mère. « À cet âge-là, c’est important d’avoir un adulte à qui s’identifier », ajoute-t-elle.

     

    Anaïs Barbeau-Lavalette, cinéaste, auteure et mère de trois enfants, était déçue elle aussi. Son fils Manoé ne tenait plus en place tellement il avait hâte de commencer l’école. La déception a été immense en constatant qu’il n’y avait pas d’enseignant lundi matin. Elle était soulagée, en début de soirée, qu’une remplaçante ait été affectée à la classe de son fils. Mais l’inquiétude persiste.

     

    « Avec ce qui s’est passé l’an dernier [à l’école Saint-Jean-de Brébeuf], je crains que les remplaçants se succèdent dans la classe. C’est comme ça qu’on commence la grande vie scolaire ? », dit-elle d’un ton ironique.

     

    « On a choisi l’école de quartier par conviction, on croit à l’école publique, mais là, on commence à douter. Au privé, il aurait eu un enseignant », dit Anaïs Barbeau-Lavalette.

     

    « Il est important que nos enfants s’accrochent à l’école dès la première année », ajoute Marilou Hudon-Huot, mère elle aussi d’un élève de première année à l’école Saint-Arsène.
     

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, s’est rendu à l’école Sainte-Louise-de-Marillac à l’occasion de la rentrée scolaire.

    Banque de remplacements


    L’absence d’un professeur dans cette classe de première année était due au désistement de dernière minute d’un remplaçant qui avait été affecté à ce groupe, explique Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM. Une enseignante de l’école Saint-Arsène est en congé de maladie à long terme. Un peu moins de 70 classes — sur les 8000 que compte la commission scolaire — n’avaient pas de titulaire lundi matin, selon Mme Harel Bourdon.

     

    « Nos gens travaillent pour combler les différents postes, dont celui de Saint-Arsène, en appelant la banque d’enseignants, dit-elle. L’important est d’assigner une personne durant tout le congé de la personne à remplacer. L’objectif est de ne pas vivre de remplacements un à la suite de l’autre. »

     

    Des sources expliquent que 95 % des enseignants sont affectés à une classe dès le mois de juin. Les déménagements du mois de juillet, ainsi que des congés de maladie ou de maternité imprévus, imposent des changements d’horaire lors de chaque rentrée scolaire, explique-t-on.

     

    Enseignants épuisés

     

    La CSDM souhaite négocier une entente avec l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal pour pouvoir pourvoir rapidement un poste d’enseignant qui a fait l’objet de remplacements à répétition, sans passer par l’affichage prévu à la convention collective. « Quand il y a eu plusieurs affichages sur le même poste, on voudrait une entente spécifique pour assigner quelqu’un sans rouvrir l’affichage », dit Catherine Harel Bourdon.

     

    Le syndicat estime que la solution à cet enjeu passe par d’autres avenues. « On est en négociation de convention collective locale avec la CSDM. Ils ne nous ont pas contactés sur cette question-là », dit Catherine Renaud, présidente de l’Alliance des professeurs.

     

    Pour elle, les remplacements à répétition ont une cause bien simple : les conditions de travail difficiles des enseignants. « On doit s’assurer que les enseignants soient titulaires de postes et aient les conditions pour faire leur travail convenablement, pour qu’ils aient moins de risques d’épuisement professionnel », dit-elle.

     

    C’est une sorte de cercle vicieux, selon la présidente du syndicat qui représente 9000 enseignants : les professeurs tombent en congé de maladie pour cause d’épuisement. Les remplaçants tombent à leur tour — ou trouvent du travail ailleurs — à cause du manque de soutien professionnel et du nombre d’élèves ayant des « besoins particuliers » ou des « difficultés d’apprentissage ».













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