Près de 70 classes orphelines à la CSDM

Ce ne sont pas tous les élèves de la CSDM qui ont eu une rentrée heureuse, lundi. Certains enfants n’avaient tout simplement pas de titulaire assigné à leur classe.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ce ne sont pas tous les élèves de la CSDM qui ont eu une rentrée heureuse, lundi. Certains enfants n’avaient tout simplement pas de titulaire assigné à leur classe.

Les parents et les élèves d’environ 70 classes de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) ont eu toute une surprise à la rentrée lundi matin : il n’y avait aucun enseignant attitré à leur groupe.

 

Cette situation hors de l’ordinaire est due à des congés de maladie de dernière minute ou au désistement de remplaçants qui avaient été affectés à une classe, explique la CSDM.

 

Le choc a été brutal pour les tout-petits qui n’avaient pas de professeur en mettant les pieds pour la première fois dans une « vraie » classe d’école primaire. Un des trois groupes de première année de l’école Saint-Arsène, dans le quartier Rosemont, n’avait pas d’enseignant titulaire lundi matin. Une orthopédagogue a pris la relève temporairement, puis la CSDM a déniché une remplaçante en fin d’après-midi, mais les élèves et leurs parents ont passé une bien mauvaise journée.

 

Les parents craignent la répétition d’un scénario qui a causé toutes sortes de problèmes lors de la dernière année scolaire : une succession de remplaçants qui se désistent les uns après les autres, ce qui entraîne un climat insoutenable en classe. Pas moins de dix enseignants s’étaient succédé dans une seule classe de première année de l’école Saint-Jean-de-Brébeuf.

 

« S’il y a des remplaçants à répétition comme ça s’est vu l’année dernière dans une école, ça va être une année épouvantable pour mon fils et pour moi », a dit au Devoir Émilie Dansereau, mère d’un enfant de l’école Saint-Arsène, qui s’est retrouvé sans professeur lundi matin.

 

Le petit Renaud avait hâte de faire son entrée en première année. Mais quand il a constaté qu’aucun enseignant n’était là pour l’accueillir — alors que les deux autres classes avaient leur professeur —, il a montré des signes d’anxiété, explique sa mère. « À cet âge-là, c’est important d’avoir un adulte à qui s’identifier », ajoute-t-elle.

 

Anaïs Barbeau-Lavalette, cinéaste, auteure et mère de trois enfants, était déçue elle aussi. Son fils Manoé ne tenait plus en place tellement il avait hâte de commencer l’école. La déception a été immense en constatant qu’il n’y avait pas d’enseignant lundi matin. Elle était soulagée, en début de soirée, qu’une remplaçante ait été affectée à la classe de son fils. Mais l’inquiétude persiste.

 

« Avec ce qui s’est passé l’an dernier [à l’école Saint-Jean-de Brébeuf], je crains que les remplaçants se succèdent dans la classe. C’est comme ça qu’on commence la grande vie scolaire ? », dit-elle d’un ton ironique.

 

« On a choisi l’école de quartier par conviction, on croit à l’école publique, mais là, on commence à douter. Au privé, il aurait eu un enseignant », dit Anaïs Barbeau-Lavalette.

 

« Il est important que nos enfants s’accrochent à l’école dès la première année », ajoute Marilou Hudon-Huot, mère elle aussi d’un élève de première année à l’école Saint-Arsène.
 

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, s’est rendu à l’école Sainte-Louise-de-Marillac à l’occasion de la rentrée scolaire.

Banque de remplacements


L’absence d’un professeur dans cette classe de première année était due au désistement de dernière minute d’un remplaçant qui avait été affecté à ce groupe, explique Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM. Une enseignante de l’école Saint-Arsène est en congé de maladie à long terme. Un peu moins de 70 classes — sur les 8000 que compte la commission scolaire — n’avaient pas de titulaire lundi matin, selon Mme Harel Bourdon.

 

« Nos gens travaillent pour combler les différents postes, dont celui de Saint-Arsène, en appelant la banque d’enseignants, dit-elle. L’important est d’assigner une personne durant tout le congé de la personne à remplacer. L’objectif est de ne pas vivre de remplacements un à la suite de l’autre. »

 

Des sources expliquent que 95 % des enseignants sont affectés à une classe dès le mois de juin. Les déménagements du mois de juillet, ainsi que des congés de maladie ou de maternité imprévus, imposent des changements d’horaire lors de chaque rentrée scolaire, explique-t-on.

 

Enseignants épuisés

 

La CSDM souhaite négocier une entente avec l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal pour pouvoir pourvoir rapidement un poste d’enseignant qui a fait l’objet de remplacements à répétition, sans passer par l’affichage prévu à la convention collective. « Quand il y a eu plusieurs affichages sur le même poste, on voudrait une entente spécifique pour assigner quelqu’un sans rouvrir l’affichage », dit Catherine Harel Bourdon.

 

Le syndicat estime que la solution à cet enjeu passe par d’autres avenues. « On est en négociation de convention collective locale avec la CSDM. Ils ne nous ont pas contactés sur cette question-là », dit Catherine Renaud, présidente de l’Alliance des professeurs.

 

Pour elle, les remplacements à répétition ont une cause bien simple : les conditions de travail difficiles des enseignants. « On doit s’assurer que les enseignants soient titulaires de postes et aient les conditions pour faire leur travail convenablement, pour qu’ils aient moins de risques d’épuisement professionnel », dit-elle.

 

C’est une sorte de cercle vicieux, selon la présidente du syndicat qui représente 9000 enseignants : les professeurs tombent en congé de maladie pour cause d’épuisement. Les remplaçants tombent à leur tour — ou trouvent du travail ailleurs — à cause du manque de soutien professionnel et du nombre d’élèves ayant des « besoins particuliers » ou des « difficultés d’apprentissage ».

  • François Desgroseilliers - Abonné 29 août 2017 03 h 29

    La CSDM victime de ses politiques et des coupures gouvernementales passées.

    Comme ex-professionnel du réseau de l'éducation j'ai constaté que la CSDM a parfois refusé d'engager comme suppléant des professeurs qualifiés, sous divers prétextes administratifs. De plus le manque de ressources d'aide aux élèves occasionnent des climats de classe difficiles qui font fuir des enseignants vers les banlieux où les élèves ont moins de problèmes.

  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 29 août 2017 07 h 22

    Plus de postes SVP

    Si plus d'enseignants avaient des postes,il y aurait probablement moins de classes dépourvues de titulaires. Il faudrait que certains enseignants aient des postes d'équipes volantes comme dans les hôpitaux ,ils seraient alors prêts dès la rentrée à prendre une classe en charge.

  • Bernard Terreault - Abonné 29 août 2017 07 h 40

    Solution simple

    Si les enseignant(e)s sont si important(e)s, traitez-les comme des spécialistes indispensables et payez-les en conséquence, comme vous traitez avocats, ingénieurs, informaticiens experts, et non comme des manoeuvres interchangeables.

    • Jean-Pierre Gagnon - Inscrit 29 août 2017 08 h 39

      Très juste! Je prédis que la situation va empirer au fil des ans. Les jeunes seront de moins en moins intéressés à devenir enseignant, une profession qui a été négligée par nos gouvernements successifs. Priorité aux médecins spécialites ($$$), des miettes pour les enseignants... Notre société est en train d'en payer le prix.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 août 2017 10 h 14

      Votre solution simple a l'absentéisme c'est de payer plus cher.

      Et comme l'absentéisme se fait pour ainsi dire a plein salaire vous suggérez donc de payer plus pour l'absentéisme...

      Formidable comme solution !

      Là Québec Solidaire va tenter de vous recrutez comme économiste .
      :)

      En passant le salaire de misère en enseignement primaire/secondaire c'est 48,000$ la première année, et 79,000$ après 12 ans pour 10 mois de travail qui incluent environ un mois de congé, plus un mois journées pédagogiques (une au deux semaines).
      Sur une base annuelle c'est un revenu de 94,800$ !

    • Sylvain Bolduc - Abonné 29 août 2017 10 h 38

      JYA

      Pas fort le calcul,,,, QS est à votre portée.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 août 2017 12 h 38

      Pas fort en quoi au juste M. Bolduc ?

      Démontration s.v.p.

    • Robert Aird - Abonné 29 août 2017 13 h 28

      Pas fort, parce que le salaire de l'enseignant est étaler pour l'année, en d'autre mots, il n'y a pas de paye de vacances en tant que tel. Mon épouse enseigne depuis 17 ans et elle gagne 70 000$ brut. 94 800$, je ne sais pas où vous allez chercher ça. Mais la solution n'est pas dans le salaire de toutes façons, mais dans l'amélioration des conditions de travail en classe. Demandez à un enseignant, et vous verrez que le salaire n'est pas une priorité.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 30 août 2017 10 h 39

      Évidement on peut toujours tenter d'esquiver la réalité.

      Quand on fait des complaintes de petits salaire en comparaison aux autres il est élémentaire au moins de mettre en perspective le temps de travail lié a ce travail. Comparer un emploi qui s'étale sur 10 mois avec un autre qui lui l'est sur 12 mois donne une comparaison faussée qui se doit d'être réajustée pour être honnête.

      Les payes des enseignants étaient distribués a l'origine sur les 10 mois de l'emploi. Mais comme plusieurs avaient de la misère a gérer la répartition de leurs revenus les deux mois de l'été le gouvernement a accepter de faire l'étalement sur 12 mois du contrat qui lui compte 10 mois.
      D'ailleurs ceux qui n'ont pas leur permanence peuvent avoir droit a l'assurance-chômage.


      Pour les revenus de votre conjointe il ne corresponde pas du tout a ceux d'un enseignant cumulant 17 ans d'enseignement.

      Le revenu d'un enseignant qui a la formation requise qui correspond a 18 ans se scolarité débute a l'échelon 5, ce qui le porte après 12 ans d'expérience à l'échelon 17 donne un revenu de 78,992 $.

      Voir ici, www.goo.gl/DgK2wq

      Capté ici, www.goo.gl/1dq4Jf

      On a un sérieux problème si le milieu de l'enseignement n'est pas capable de reconnaître des choses aussi élémentaires que le temps de travail, et cherche même a caché au public ses véritables revenus.

  • Diane Germain - Abonné 29 août 2017 08 h 38

    Aimons-nous nos enfants?

    Je suis attristée par ce manque de respect envers les élèves tant du côté des enseignant.e.s que de celui du gouvernement. Pourquoi les ressources manquent-elles si cruellement en éducation (manques d'enseignants, de spécialistes, écoles délabrées,...)? Pourquoi tant de congés de maladie du côté des enseignant.e.s le premier jour scolaire? Aimons-nous nos enfants? Si oui, on prioriserait davantage la qualité de leur éducation.

    Finlande, première de classe pour son système éducatif, saviez-vous que :
    - tous les enseignant.e.s ont une maîtrise?
    - le statut social des enseignant.e.s se compare à celui des médecins?
    - il est plus difficile de rentrer dans le programme d'enseignement que de celui de médecine et de droit?
    - 30 % des élèves reçoivent de l’aide spécialisée pendant leurs 9 premières années d’école.
    (source NY times http://www.nytimes.com/2011/12/13/education/from-f

    • Yvon Robert - Abonné 29 août 2017 18 h 58

      Pour le syndicat, plus de cotisations.

  • Denis Miron - Abonné 29 août 2017 09 h 03

    Changement dant la façon d'écrire le mot «austérité

    Ostérité, qui signifie: coupure jusqu'à l'os (dans les services publiques)
    Et pourtant, le gouvernement libéral, nous répète à satiété que les coupures n'affecteront en rien les services, puisqu'elles se feront uniquement au niveau administratif.
    Au Témiscamingue, une femme accouche devant la porte barrée d'un hopital en pleine nuit, où il n'y a qu'un infirmière pour le service de nuit.
    Félicitation au ministre des finance, M. Leitao, pour avoir non seulement éliminé le déficit, mais aussi inscrit des surplus de 2 milliards au budget du Québec pour faire plaisir aux agences de cotation et au conseil du patronat

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 29 août 2017 13 h 35

      Il ne faut hésiter a éliminer les libéraux de Couillard.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 29 août 2017 13 h 35

      Il ne faut hésiter a éliminer les libéraux de Couillard.