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    Éducation

    Les cégeps et le défi des formations techniques

    29 août 2017 | Vincent Tanguay - Conférencier, ex-v.-p. Innovation et Transfert au CEFRIO et ex-président du Conseil de gestion de la TELUQ | Éducation
    L’innovation tant célébrée pour l’industrie devrait avoir son équivalent en éducation.
    Photo: Getty Images L’innovation tant célébrée pour l’industrie devrait avoir son équivalent en éducation.

    Lettre ouverte au p.-d.g. de la Fédération des cégeps du Québec

    La 4e révolution industrielle, et les technologies numériques qui l’accompagnent, nous projette en avant à une vitesse telle qu’il est maintenant impossible d’en suivre, voire d’en prédire les développements.

     

    Cette révolution numérique engendre une toute nouvelle économie. Elle se répercute en profondeur sur tout le secteur de l’emploi et de la formation. Son accélération se fait de plus en plus rapide. Nous n’avons pas encore les mécanismes qui nous permettent de demeurer dans la course en ce qui a trait à la formation.

     

    Nos gouvernements comprennent bien ce virage et ils y investissent massivement. À juste titre, d’ailleurs. Ils considèrent que les soutiens financiers aux entreprises innovantes sont une nécessité pour faire face à cette révolution numérique qui frappe les entreprises. Ils espèrent ainsi améliorer leur productivité et leur compétitivité. Depuis janvier, des milliards ont été annoncés par la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation.

     

    Les efforts gouvernementaux actuels visent essentiellement les industries, ainsi qu’en fait foi la multiplicité des annonces dans nombre de secteurs industriels. La cible visée est claire. Amener les entreprises aux capacités du 4.0. Les investissements pour rendre nos formations qualifiantes actuelles alignées sur les technologies de pointe se font encore attendre. D’une révolution à l’autre, les pressions se sont toujours exercées sur les compétences exigées pour exercer un emploi. Nos diplômés sont-ils préparés à travailler sur un site minier automatisé où les opérateurs sont à distance ? Les mécaniciens formés dans les cégeps peuvent-ils gérer et réparer des outils connectés ? Les robots, les algorithmes et leur traitement par l’IA (intelligence artificielle) peuvent-ils être supervisés et entretenus par nos diplômés dans l’entreprise manufacturière ? On parle de 50 milliards d’objets connectés d’ici dix ans. Quels sont les nouveaux métiers qui leur seront reliés, comment y préparons-nous maintenant la prochaine génération à occuper des emplois qui n’existent pas encore ?

     

    Jorge Lopez, v.-p. chez Gartner, en réponse à une question sur la formation des travailleurs dans les entreprises qui modernisaient leurs équipements, précisait que les entreprises visent une formation « juste-à-temps, juste-pour-elles ». Au Québec, cela se traduit par une offre accrue de formation continue menant aux attestations d’études collégiales (AEC). Mais offre-t-on les outils nécessaires aux cégeps pour assurer leur pertinence en formation initiale ? Au rythme où se déploient les formations imposées par les industries, le diplôme d’études collégiales (DEC) risque de devenir la partie congrue en formation technique (FT). Aujourd’hui encore, il peut prendre de trois à huit ans avant de livrer un nouveau programme en FT. Dans le contexte de la révolution industrielle, ces processus ne tiennent plus.

     

    Préparer l’avenir

     

    À l’heure du passage à l’industrie 4.0, de nouveaux mécanismes d’actualisation des programmes doivent être testés. Le Ministère devrait décider d’en décentraliser une large partie en offrant aux milieux les moyens pour développer leurs capacités. Il faut plus d’agilité, de créativité et d’innovation. L’innovation tant célébrée pour l’industrie devrait avoir son équivalent en éducation. Il y va même de la survie des cégeps en FT et de leur pérennité en régions.

     

    Les directions des cégeps doivent regrouper leurs forces. L’avenir de notre société en dépend. Elles doivent se mobiliser afin de donner un coup de barre en formation. Les compétences anticipées doivent être recensées. Divers chantiers pourraient être mis en place et regrouper les forces vives. […] La Fédération pourrait coordonner ces activités par des comités de travail multidisciplinaires y associant les syndicats.

     

    Nous sentons une volonté ferme des ministères concernés de travailler en collaboration pour donner un vrai coup de barre en FT. Les grandes entreprises doivent considérer qu’il est de leur devoir social d’investir dans les équipements de pointe dans les établissements.

     

    Alors que les cégeps célèbrent leur 50e anniversaire, il devient nécessaire d’accentuer la complémentarité plutôt que la concurrence. Il y va de votre devenir collectif. Les liens doivent être renforcés avec les universités, les CFP et les entreprises. Et travailler en complémentarité pour le développement des régions.

     

    Les directions des cégeps doivent se positionner comme visionnaires sur l’avenir du travail dans notre société. L’avènement de la nouvelle économie du savoir exige une société centrée sur la progression du savoir et de l’innovation. Chaque établissement du réseau doit amener la force de réflexion et de travail qui entoure naturellement les cégeps à apporter leur contribution pour préparer les jeunes à affronter la révolution numérique qui force les murs.

     

    La collaboration et la flexibilité, où syndicats, patrons et entreprises travaillent de concert, sont incontournables pour instaurer ce nouveau modèle de conception et de mise en oeuvre des programmes de formation.

    Lettre appuyée par Denis Hardy, p.-d.g. du Centre de recherche industrielle du Québec, Robert Marquis, p.-d.g. de l’Institut national des mines, et Jean-Yves Roy, p.-d.g. sortant de l’Institut national d’optique













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