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    Démystifier l’apprentissage des langues

    Bella Devyatkina: cinq ans, parle sept langues

    L’incroyable histoire de cette fillette qui apprend des langues en s’amusant

    24 août 2017 | Martine Letarte - Collaboration spéciale | Éducation
    Bella Devyatkina aux côtés de sa mère Yulia
    Photo: Yulia Devyatkina Bella Devyatkina aux côtés de sa mère Yulia
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    LangFest, le festival des langues de Montréal, se tiendra du 25 au 27 août. On y découvrira les nouvelles techniques et outils d’apprentissage des langues utilisés par des polyglottes et professionnels, une présentation de la recherche dans le domaine, ainsi que des témoignages. Comme celui de Bella Devyatkina, cinq ans.


    En fait, Bella Devyatkina vient tout juste d’avoir cinq ans. Avant d’avoir quatre ans, elle parlait déjà sept langues. Et pas les plus faciles ! En plus de son russe natal, elle maîtrise l’anglais, le français, le mandarin, l’espagnol, l’allemand et l’arabe. Comment une telle chose peut-elle être possible ? En utilisant le jeu, semble-t-il.

     

    Yulia Devyatkina, jointe par Skype avant qu’elle quitte Moscou pour Montréal, raconte qu’elle n’avait pas l’ambition d’apprendre autant de langues à sa fille Bella. Elle qui travaille comme tutrice en anglais, elle souhaitait seulement que sa fille apprenne à un tout jeune âge la langue de Shakespeare en plus de sa langue maternelle pour vraiment bien maîtriser les deux. « Je lui parlais dans les deux langues et, à un an, elle comprenait les deux », raconte Yulia Devyatkina.

     

    Comme elle avait aussi acquis une base de français à l’université, la maman a ensuite décidé d’essayer de lui apprendre quelques mots à l’occasion. Puis, comme Bella était très réceptive, Yulia a embauché un tuteur francophone qui venait à la maison pour s’amuser, en français, avec Bella, qui possède aussi énormément de livres dans chaque langue qu’elle apprend. « C’était évident qu’elle s’amusait à apprendre un nouveau langage : lorsqu’elle parlait en français, elle sautait partout ! Je crois qu’elle aimait les sons », raconte sa mère.

     

    Oser tenter des langues très différentes

     

    Une fois que sa fille a atteint deux ans et sept mois, Yulia s’est demandé comment Bella réagirait si on lui présentait un langage autre qu’européen. Elle a donc embauché une tutrice ayant le mandarin comme langue maternelle. « J’étais encore plus impressionnée, parce que Bella ne trouvait pas ça difficile du tout, et après un mois, elle faisait de petites phrases en mandarin, avait une bonne prononciation et la tutrice était vraiment impressionnée, raconte Yulia. Elle écoutait des dessins animés, essayait de me parler en mandarin et le faisait seule lorsqu’elle jouait. »

     

    Devant ce réel intérêt montré par Bella pour l’apprentissage de cette langue très différente, Yulia a ajouté, quand sa fille a eu trois ans, l’espagnol, puis l’allemand et l’arabe. « L’arabe a été plus difficile, indique la maman, parce que je n’ai pas réussi à trouver un bon tuteur », précise-t-elle.

     

    Bella reçoit encore la visite de trois ou quatre tuteurs par jour, avec qui elle s’amuse, lit, fait différentes activités, dans différentes langues.

     

    Les stratégies gagnantes

     

    Scientifiquement, la stratégie semble tenir la route. « Les résultats d’une grande variété d’études nous disent qu’on acquiert un langage seulement d’une façon : lorsqu’on l’entend, qu’on le lit et qu’on arrive à le comprendre dans un environnement non anxiogène », affirme Stephen Krashen, professeur émérite en linguistique et en éducation de l’Université de Californie du Sud, qui s’est spécialisé dans le domaine de l’acquisition d’une langue seconde.

     

    Ce serait donc ainsi qu’on apprendrait à parler, à écrire et à utiliser la grammaire correctement. Surtout pas en parlant, en écrivant, en étudiant la grammaire, ou en se faisant corriger ses erreurs. « Des demandes répétées pour parler et pour utiliser une grammaire juste n’aident pas la personne, et cela peut augmenter son anxiété », affirme le professeur, qui sera aussi présent au LangFest.

     

    Ne doit-on pas craindre, par contre, d’embrouiller les enfants en leur montrant autant de langues différentes dans une si courte période de temps ? « Les études réalisées avec des enfants bilingues montrent qu’il y a un stade où ceux-ci sont mêlés, mais qu’il ne dure pas longtemps, affirme le professeur. Une fois qu’on a atteint un certain niveau de connaissance de la langue, autant chez les enfants que chez les adultes, le mélange de langues est très rare. »

     

    Pas seulement pour les jeunes

     

    Cette capacité à absorber de nouvelles langues ne serait pas propre à l’enfance. « La recherche montre que, si une personne, peu importe son âge, reçoit beaucoup de messages d’intérêt qu’elle arrive à comprendre dans un environnement non anxiogène, l’acquisition du langage est inévitable, affirme Stephen Krashen. Ce n’est pas non plus une question d’intelligence. »

     

    Le professeur a même pu tenter cette expérience personnellement. Il a appris plusieurs langues, dont l’allemand, en écoutant et en lisant des choses qui l’intéressaient. Il a par contre échoué dans ses apprentissages lorsqu’il a tenté de se concentrer sur la grammaire… notamment pour le français. Il s’est finalement amélioré lorsqu’il a découvert l’oeuvre de l’auteur français Bernard Werber.

     

    L’acquisition d’un nouveau langage se ferait même plus rapidement pour un adulte que pour un enfant. « C’est probablement parce que c’est plus facile pour l’adulte de comprendre ce qui lui est présenté en raison de sa plus grande connaissance du monde qui l’entoure, affirme le professeur. Par contre, on observe que les enfants se rattrapent et dépassent souvent les adultes. Si un parent déménage en Italie, il apprendra rapidement à dire quelques mots pendant que son enfant de sept ans restera muet. Mais après deux ans, l’enfant parlera comme un Italien ! »

     

    Seulement lorsqu’un enfant comprend bien une langue et qu’on le sent prêt, on peut commencer à lui demander de s’exprimer, puis à corriger ses erreurs, d’après le professeur.

     

    Yulia envisage d’intégrer maintenant des livres scolaires aux lectures de sa fille, puis plus tard, la grammaire. Pour le moment, l’apprentissage d’aucune nouvelle langue n’est prévu. « J’aimerais concentrer ses efforts sur le russe, l’anglais, le français et le mandarin, affirme Yulia. Mais Bella a vraiment un intérêt marqué pour l’apprentissage de nouvelles langues. Je le vois lorsque nous voyageons dans un pays où on parle une nouvelle langue : elle veut toujours l’apprendre. Alors, on verra. »

     

    Pour en savoir plus sur le LangFest. 













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