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    Le mentorat virtuel donne du sens aux études

    26 août 2017 | Jean-François Venne - Collaboration spéciale | Éducation
    Les mentors d’Academos partagent simplement leur expérience quotidienne du travail et répondent aux questions des jeunes de 14 à 30 ans.
    Photo: Academos Les mentors d’Academos partagent simplement leur expérience quotidienne du travail et répondent aux questions des jeunes de 14 à 30 ans.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Depuis 1999, Academos Cybermentorat met des milliers de jeunes de 14 à 30 ans en contact avec des travailleurs de tous horizons. En partageant leur vécu, les mentors aident les mentorés à choisir le bon métier et leur donnent envie de persévérer.


    En 2010, Kharoll-Ann Souffrant étudie au cégep Ahuntsic en techniques d’intervention en délinquance. Elle se questionne. Devrait-elle poursuivre ses études à l’université ? Si oui, que choisir parmi les nombreux programmes de formation en relation d’aide ? C’est alors qu’elle découvre et essaie Academos, un service de cybermentorat.

     

    « J’ai vraiment apprécié l’expérience, se remémore-t-elle. J’ai échangé avec plusieurs professionnels et mieux compris ce que les différentes carrières en relation d’aide représentaient au quotidien. Cela m’a grandement motivée à poursuivre mes études et à sélectionner le bon programme. »

    Kharoll-Ann Souffrant

    Le service lui plaît tellement qu’elle devient à son tour mentore en 2013. À ce jour, nous confirme Academos, elle a échangé environ 200 messages avec des mentorés. La travailleuse sociale prend le temps de bien expliquer son métier aux jeunes, lesquels le comprennent souvent mal ou le craignent. « Ils demandent fréquemment comment on supporte la charge émotive d’un travail auprès de gens vivant de grandes difficultés et aussi à quoi ressemble une journée typique dans ce métier », résume Kharoll-Ann Souffrant.

     

    Mentors recherchés

     

    « Academos offre du mentorat vocationnel, explique la présidente fondatrice Catherine Légaré. Le service s’oriente vers le choix de carrière et l’entrée sur le marché du travail. Je le compare souvent à un premier réseau professionnel, juste avant LinkedIn. »

     

    Il ne s’agit pas de se substituer aux conseillers en orientation, par exemple. Les mentors d’Academos partagent simplement leur expérience quotidienne du travail et répondent aux questions des jeunes de 14 à 30 ans. Au 30 juin 2016, les quelque 56 000 jeunes inscrits à la plateforme pouvaient accéder à 2293 mentors. L’organisme a recensé 14 783 jumelages entre mentorés et mentors en 2016.

    Catherine Légaré

    Les mentors occupent des postes très variés, de menuisier ou ambulancier à spécialiste de la balistique pour un corps policier ou professeur à l’université. En plus des échanges virtuels, la plateforme Academos comprend des milliers de groupes de discussion. L’organisme propose aussi, depuis février 2017, des stages d’un jour avec un mentor.

     

    Le grand défi reste le recrutement. En 2016 seulement, 16 108 nouveaux jeunes se sont inscrits. Academos est à la recherche de plus de 500 nouveaux mentors pour répondre à la demande en 2017. « Les gens pensent souvent qu’il faut être un expert ou occuper un travail hors de l’ordinaire pour devenir mentor, déplore Catherine Légaré. Nous recherchons seulement des gens qui aiment leur travail et souhaitent dialoguer avec des jeunes. »

     

    Virage techno

     

    C’est dans le cadre de sa thèse de doctorat en psychologie, entreprise à la fin des années 1990 à l’UQAM, que Catherine Légaré développe et lance Academos. Le coeur du projet demeure celui des débuts en 1999 : créer un lien virtuel entre des mentors et des jeunes. Mais l’évolution des technologies de l’information bouscule la livraison de service.

     

    En 2014, Academos effectue un premier virage avec une refonte de la plateforme, transformée en réel réseau social. Puis, en 2016, l’organisme lance des applications pour téléphones et tablettes. Il cherche ainsi à s’adapter aux habitudes de communication des jeunes et atteint largement son objectif. Déjà, la moitié des accès à Academos provient d’appareils mobiles et la proportion ne cesse de grimper. Cela ne va pas sans conséquence pour les échanges entre mentors et mentorés. Au départ, ces derniers envoyaient un message au mentor, lequel pouvait répondre longuement, un peu à la manière d’un échange de courriels. Dorénavant, les communications raccourcissent et deviennent plus spontanées, sur le modèle des messageries instantanées.

     

    Academos met aussi Facebook Live à contribution, pour des événements ponctuels. En février 2017, quelques semaines avant la date limite pour s’inscrire au cégep, Fred Bastien, figure connue des jeunes, animait un événement sur le choix de carrière. Avec ses témoignages d’adultes et ses questions en direct avec des experts, l’événement a été une réussite. Jusqu’à maintenant, il a été vu 20 000 fois. L’expérience sera reconduite en octobre 2017.

     

    « Depuis nos débuts, plusieurs recherches universitaires ont montré le lien entre ce type de mentorat et la motivation scolaire, rappelle Catherine Légaré. Avoir une idée plus claire du métier que l’on occupera plus tard inspire et donne envie de rester à l’école. Cela procure du sens aux études et aux apprentissages. L’élève sait pourquoi il est là. »

     

    Les multiples visages du mentorat

     

    La professeure en communication sociale de l’UQAM, Nathalie Lafranchise, supervise le programme court de 2e cycle en mentorat. Elle croit fermement que le mentorat, qu’il soit virtuel ou en personne, peut contribuer à favoriser la réussite scolaire. « Les relations interpersonnelles occupent une place importante dans la réussite ou l’échec éducatif, particulièrement à l’adolescence, explique-t-elle. Le mentor provient de l’extérieur. Il n’est pas un parent, un ami, un professeur ou un intervenant. Son regard neuf peut faire du bien à un jeune, notamment s’il a des difficultés à l’école. Le mentor peut développer une influence très positive. »

    Nathalie Lafranchise

    Car le mentorat n’est pas que vocationnel. Il peut aussi être psychosocial. Utilisé pour aider les élèves à risque, le mentorat psychosocial vise à renforcer des facteurs contribuant à la persévérance scolaire, comme l’estime de soi, l’affirmation de soi, la personnalité, etc. Il peut s’effectuer en individuel ou dans de petits groupes de six à huit personnes. Il s’agit d’un mentorat en face à face, plus complexe à implanter que le mentorat virtuel. Il faut qu’il y ait des affinités entre le mentoré et le mentor.

     

    Ce dernier doit accepter de consacrer plus de temps et de créer une relation plus intense avec le jeune qu’en cybermentorat. Le programme offert par les Grands Frères et Grandes Soeurs du Grand Montréal, par exemple, demande aux mentors de lui consacrer 1 h par semaine pendant toute l’année scolaire. Mais le jeu en vaut la chandelle. Selon l’organisme, 88 % des mentorés de niveau primaire et secondaire ont amélioré leur compétence en alphabétisation et 64 % leur estime de soi en participant au programme.

     

    « Le mentor devient une inspiration pour le jeune et un soutien-clé dans ses efforts de persévérance et de réussite à l’école », conclut Nathalie Lafranchise.













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