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    Des jumelages interculturels pour briser la glace entre francophones et immigrants

    Une initiative permettant la rencontre entre immigrants et francophones fait mouche à l’UQAM

    24 août 2017 | Etienne Plamondon Emond - Collaboration spéciale | Éducation
    À l’UQAM, l’apprentissage des langues se conjugue désormais avec jumelage interculturel. En effet, des étudiants inscrits au certificat en perfectionnement du français langue seconde sont jumelés avec des étudiants francophones d’autres programmes.
    Photo: Nathalie Saint-Pierre Actualités UQAM À l’UQAM, l’apprentissage des langues se conjugue désormais avec jumelage interculturel. En effet, des étudiants inscrits au certificat en perfectionnement du français langue seconde sont jumelés avec des étudiants francophones d’autres programmes.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le jumelage interculturel se combine désormais avec l’apprentissage des langues. À l’Université du Québec à Montréal, cette démarche, qui vise à mieux intégrer les immigrants et à ouvrir les horizons des francophones, a été arrimée aux cours de perfectionnement en français langue seconde. La formule fait mouche, au point où l’établissement a annoncé la création d’un groupe de recherche sur le sujet en février dernier.


    Depuis son inscription au certificat en perfectionnement du français langue seconde de l’UQAM, à l’automne 2016, Rana Jalanbo a participé à trois jumelages interculturels différents : un en ligne, un en personne et un en groupe. Bien que la formule varie, le principe demeure le même : des immigrants inscrits à ce certificat sont jumelés avec des étudiants francophones d’autres programmes. Ces derniers les aident à pratiquer leur français dans un cadre moins formel et moins encadré, plus ludique et plus authentique.

     

    Selon la Syrienne qui a immigré au Québec il y a trois ans, cette approche lui a permis de mieux formuler ses phrases dans la langue de Molière. Dans les cours de francisation qu’elle avait suivis avant son inscription à l’université, le professeur ne pouvait pas corriger toutes les erreurs commises par les élèves, et discuter en français avec d’autres immigrants perpétuait parfois de mauvaises prononciations. « Quand j’entends le français qui vient de la bouche d’un francophone, c’est autre chose », assure-t-elle.

     

    Dans l’ensemble, ces jumelages lui ont donné de l’assurance. « J’ai maintenant confiance de parler avec des francophones. Même si j’ai un petit accent, ils sont capables de me comprendre. » Elle raconte avoir été jumelée avec des personnes respectueuses et compréhensives, notamment envers ses pratiques et convictions religieuses. « C’est une chose importante d’être à l’aise quand on parle. »

     

    Myra Deraîche, maître de langue à l’École des langues de l’UQAM, affirme que ces jumelages constituent l’une des expériences les plus appréciées des étudiants immigrants. « Ils ont souvent une timidité et ont peur de se tromper. Dans le jumelage, ils s’aperçoivent qu’ils sont meilleurs que ce qu’ils pensaient, qu’ils ne font pas tant de fautes et qu’ils ne sont pas obligés d’être parfaits », indique-t-elle.

     

    Rencontre entre des cultures

     

    Mais ces jumelages vont au-delà du français. Pour Alex Montoya, cette démarche a surtout été enrichissante dans sa vie personnelle, culturelle et professionnelle. Ce Colombien a immigré ici en 2012, avant de s’inscrire deux ans plus tard au certificat en perfectionnement de français langue seconde de l’UQAM. « Normalement, quand on arrive ici, on reste proches de notre culture, admet-il. Le jumelage, c’est le contraire : ça nous fait sortir de notre [zone de] confort. Ça brise la glace. »

     

    Les personnes jumelées avec lui prévoyaient des rencontres dans différents lieux de la ville. « Il y a beaucoup d’activités à Montréal qu’on ne connaît pas. Mais eux, ils connaissent tout. » Il a ainsi découvert le Vieux-Port, des restaurants, des cinémas et des cafés. Mathématicien, M. Monto a même reçu des conseils de la part de ses pairs, qui étudiaient souvent dans des domaines près du sien, pour l’aider dans sa recherche d’emploi.

     

    Cultiver l’empathie

     

    C’est en 2002 que de tels jumelages ont commencé à être organisés par l’École des langues, le Département d’éducation et formation spécialisées et l’École de travail social. Nicole Carignan, professeure en éducation et formation spécialisées, avait rencontré une collègue de l’École des langues qui lui avait signalé que ses étudiants immigrants ne rencontraient pas de francophones, notamment en raison d’un réseau social encore restreint.

     

    « J’enseignais aux futurs enseignants, et quand on leur parlait d’intégration, d’éducation interculturelle, de société pluriethnique, ils n’avaient pas expérimenté ces enjeux. Il fallait faire quelque chose », raconte-t-elle. L’expérience a rapidement été un succès. « On s’est aperçues que, pour nos étudiants en éducation, c’était la première fois dans le cadre de leurs études universitaires qu’ils rencontraient les parents des futurs enfants auxquels ils allaient enseigner, ajoute Mme Carignan. C’était très riche. »

     

    Le projet a ensuite mis à contribution des étudiants en carriérologie, en didactique des langues, en communication et en psychologie. Depuis 2002, pas moins de 12 000 personnes ont été jumelées.

     

    Pour les francophones, ces rencontres semblent tout aussi enrichissantes. « Cela m’a ouvert à d’autres réalités », assure Michel Philippe Poirier, qui a été jumelé en 2014 à une immigrante brésilienne durant sa maîtrise en enseignement secondaire. Il a vu cette expérience comme une leçon sur l’acceptation de la différence. Il a aussi été à même d’observer les embûches des nouveaux arrivants dans la reconnaissance de leurs diplômes et dans leur recherche d’emploi. « Cela nous fait comprendre qu’immigrer, ce n’est pas évident. » Selon lui, cette démarche permet de « cultiver l’empathie ».

     

    D’autres initiatives

     

    L’UQAM n’a pas inventé le jumelage interculturel en soi. La Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) compte 25 membres qui jumellent des nouveaux arrivants avec des personnes installées ici. Le centre d’écoute et de référence de l’UQAM propose entre autres des jumelages linguistiques, à travers lesquels des francophones et des immigrants échangent 30 minutes dans la première langue de l’un, puis de l’autre.

     

    Les professeures de l’UQAM ont néanmoins innové en arrimant cette démarche à des cours d’apprentissage et de perfectionnement du français. Depuis, une expertise se développe et un livre a été publié sur le sujet en 2015 aux Presses de l’Université du Québec (PUQ). D’autres initiatives similaires émergent, et le nouveau Groupe de recherche sur les jumelages interculturels de l’UQAM aura pour mission de documenter ces expériences.

     

    Par exemple, le Carrefour le Moutier, à Longueuil, propose depuis deux ans des jumelages autour de conversations libres en marge de ses cours de francisation. L’année dernière, 19 jumelages ont été organisés entre des immigrants et des bénévoles francophones. Les pairs se rencontrent chaque semaine pour discuter durant une heure. Aucun sujet n’est imposé, mais certains sont suggérés pour aider les immigrants à se familiariser avec la culture et le fonctionnement de la société québécoise. « Les personnes sont plus à l’aise de parler, parce que dans un cours ou un groupe, il n’y a pas beaucoup de temps pour prendre la parole », remarque Christie Laroche, responsable de la francisation au Carrefour le Moutier. Elle précise que la démarche vise aussi à briser l’isolement. « C’est certain qu’il y a une relation qui s’installe entre le bénévole et l’étudiant. Il va y avoir un lien de confiance. Et lorsque les personnes sortent, elles ont plus confiance pour oser parler en français. »













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