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    Encore un plan pour la «réussite» scolaire

    24 juin 2017 | Marco Fortier à Québec | Éducation
    Le budget déposé au printemps prévoyait des investissements en éducation de 1,8 milliard de dollars sur cinq ans, notamment pour embaucher 7200 personnes dans le réseau.
    Photo: iStock Le budget déposé au printemps prévoyait des investissements en éducation de 1,8 milliard de dollars sur cinq ans, notamment pour embaucher 7200 personnes dans le réseau.

    Le décor était soigneusement planifié. Sur la scène aménagée dans le gymnase d’une école secondaire, on avait reproduit une classe. Il y avait même une pomme sur le bureau du professeur. Une vidéo a montré des enfants et des enseignants affichant un large sourire.

     

    « Pour la réussite éducative », clamait un slogan projeté sur le mur du gymnase. Quand le premier ministre et son ministre de l’Éducation ont terminé leur présentation sous un éclairage tamisé, le parterre de 200 invités a chaleureusement applaudi.

     

    Il faut donner cela au gouvernement Couillard : il sait comment faire de grandes annonces. On aurait dit le lancement d’une campagne électorale. La politique de réussite éducative, lancée après une saison de consultations, doit marquer un « virage historique », ont fait valoir le premier ministre Philippe Couillard et le ministre de l’Éducation et de la Famille, Sébastien Proulx.

     

    Les réformes mises en avant par le rapport Parent ont permis aux Québécois d’avoir accès à l’éducation, y compris à l’université. L’heure est désormais venue de mettre l’accent sur la réussite scolaire, a expliqué M. Couillard.

    85 %
    Le ministre Proulx s’engage à augmenter le taux de diplomation à 85 % en 2030. En septembre 2009, la stratégie de la ministre de l’Éducation de l’époque, Michelle Courchesne, visait à faire augmenter le taux de diplomation à 80 % d’ici 2020.

    Un autre virage historique, un demi-siècle après la Révolution tranquille. Le milieu de l’éducation en a pourtant vu, de grandes ambitions pour la « réussite » au fil des ans. En septembre 2009, la ministre de l’Éducation de l’époque, Michelle Courchesne, lançait ainsi sa « stratégie d’action visant la persévérance et la réussite scolaire ». Tiens donc.

     

    La stratégie visait à faire augmenter le taux de diplomation à 80 % d’ici 2020. Il se situe aujourd’hui à 74 %. Le ministre Proulx, lui, s’engage à augmenter le taux de diplomation à 85 % en 2030.

     

    Les partis de l’opposition se sont montrés sceptiques : pourquoi le plan du ministre Proulx réussirait-il là où tous les autres ont été peu convaincants ? Surtout que la politique annoncée mercredi était riche en promesses de « stratégies », de « plans d’action », de « chantiers » et de « tables de concertation », mais pauvre en mesures concrètes.

     

    Les spécialistes de l’éducation au Québec sont à peu près unanimes : ils estiment que la politique du ministre Proulx est prometteuse. Pourquoi ? Parce qu’elle a une cohérence qui faisait défaut aux plans précédents.

     

    Une grande connaissance des enjeux

     

    « C’est la vision d’ensemble qui distingue la politique de réussite des mesures antérieures. Ce n’est pas une superposition de toutes sortes de mesures. Ce n’est pas du saupoudrage. Le ministre Proulx agit avec une grande connaissance des enjeux », dit Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

     

    Le ministre a appuyé ses priorités sur les meilleures pratiques établies par la recherche universitaire, précise Égide Royer, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. En bref, Sébastien Proulx a écouté les experts. Il a consulté tout le monde dans le milieu de l’éducation. Et il a suivi leurs recommandations.

    C'est la vision d'ensemble qui distingue la politique de réussite des mesures antérieures. Ce n'est pas une superposition de toutes sortes de mesures. 
    Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Montréal
     

    Il a aussi évité les pièges dans lesquels sont tombés certains de ses prédécesseurs. Remplis de bonnes intentions, ils avaient annoncé des mesures qui attirent l’attention, ou même populaires, mais peu susceptibles d’améliorer la qualité de l’éducation, selon les experts — comme l’aide aux devoirs ou la réduction du nombre d’élèves par classe.

     

    Les partis d’opposition et les syndicats ont accusé le ministre Proulx d’avoir livré un « spectacle son et lumière » sans réelle substance. Il a plutôt pris la bonne décision en se donnant le temps de comprendre les enjeux, estime Monique Brodeur.

     

    « Le ministère de l’Éducation est une grosse machine,dit-elle. C’est tout un défi de la maîtriser. Le ministre est en poste depuis peu de temps, à l’hiver 2016, et il a commencé à agir. »

     

    Montrer la voie à suivre

     

    Le ministre donne la priorité aux interventions durant la petite enfance, avant l’âge de huit ans. C’est là que tout se joue, disent les experts. Un enfant qui a d’importantes difficultés à lire ou des troubles de comportement en deuxième année risque de ne jamais rattraper son retard et d’abandonner ses études avant d’avoir son diplôme du secondaire.

     

    Québec poursuit l’implantation des maternelles 4 ans, lancées sous le gouvernement péquiste par la ministre Marie Malavoy. Des voix s’élèvent pour inciter le gouvernement à aller plus loin et à généraliser le programme.

     

    M. Proulx a commencé à travailler sur la « valorisation de la profession enseignante ». Il a mis sur pied un comité chargé d’actualiser l’enseignement donné aux futurs professeurs. La professeure Monique Brodeur fait partie de ce comité.

     

    Parmi les réflexions prévisibles : faut-il augmenter à cinq années le programme de baccalauréat en sciences de l’éducation ? recommander l’obtention d’une maîtrise ? améliorer les salaires des enseignants ? réduire le nombre d’échelons avant d’atteindre le sommet ?

     

    Chose certaine, il y a matière à renforcer l’enseignement de la lecture, estime Monique Brodeur. « Depuis la réforme du début des années 2000, l’enseignement de la grammaire et de l’orthographe a été négligé pour faire place à la compréhension de textes. Ça, c’est catastrophique ! Il faut enseigner le ba-be-bi-bo-bu. Il y a même des étudiants en médecine qui ont une maîtrise déficiente de la langue. »

     

    La création proposée d’un ordre professionnel des orthopédagogues répond à un réel besoin, croit aussi Monique Brodeur. Cette profession est mal encadrée, selon elle : des enseignants obtiennent des postes d’orthopédagogue dans les écoles sans avoir une formation en adaptation scolaire ou en orthopédagogie.

     

    Des étudiants annoncent leurs services en tant qu’orthopédagogues sans avoir la formation requise. Ces professionnels ont pourtant la lourde responsabilité d’aider les élèves ayant les plus grandes difficultés.

     

    La création d’un Institut national d’excellence en éducation sera davantage qu’une autre structure de fonctionnaires : cet organisme informera le ministre de l’Éducation en temps réel sur les « données probantes » venues de chercheurs du monde entier et censées améliorer la qualité de l’enseignement, rappelle le professeur Égide Royer.

     

    Au rythme où les ministres de l’Éducation se succèdent — il y a eu sept ministres depuis dix ans —, cet institut assurera une permanence peu importe le parti ou le ministre au pouvoir.

     

    Le succès de la politique de réussite éducative repose sur la mobilisation de toute la société, a souligné le ministre Sébastien Proulx. Le budget déposé au printemps prévoyait des investissements de 1,8 milliard de dollars sur cinq ans, notamment pour embaucher 7200 personnes dans le réseau.

     

    Tous les groupes engagés dans le système d’éducation se croisent les doigts pour que le gouvernement passe de la parole aux actes, après trois années de compressions budgétaires qui se font encore sentir dans les écoles.

     












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