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    Améliorer la réussite scolaire prendra du temps et des moyens

    Québec s’engage à faire passer le taux de diplomation de 74 à 85 % d’ici 2030

    22 juin 2017 |Marco Fortier | Éducation
    Le premier ministre Philippe Couillard accompagnait son ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, dans une école de Québec pour l’annonce de la politique québécoise en matière de réussite scolaire.
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard accompagnait son ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, dans une école de Québec pour l’annonce de la politique québécoise en matière de réussite scolaire.

    Les objectifs sont ambitieux. Il reste à voir comment ils seront mis en oeuvre. Le gouvernement Couillard s’engage à placer le Québec parmi les champions de la diplomation en Amérique du Nord par une série de « chantiers » étalés jusqu’en 2030.

     

    La politique de réussite éducative, dévoilée en grande pompe dans une école de Québec, mercredi, vise notamment à augmenter le taux de diplomation des jeunes de moins de 20 ans, à diminuer le taux d’analphabétisme des adultes — qui s’élève à 53 % — et à renforcer l’autonomie des enseignants.

     

    Le lancement de cette politique ambitieuse, devant 200 personnalités du milieu de l’éducation, a été accueilli par des applaudissements et des haussements d’épaules. Les objectifs du gouvernement sont louables, mais la mise en vigueur de la politique repose sur une série de « plans d’action », de « stratégies », de « tables de concertation » et de « chantiers » étalés sur les treize prochaines années, ont souligné des observateurs du monde de l’éducation.

     

    Pour atteindre ces cibles, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, s’engage notamment à « réviser le modèle de financement » des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage ; à « établir un seuil minimal de services spécialisés » dans les écoles ; et à « favoriser la contribution » des écoles privées aux efforts pour l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage.

     

     

    La politique est muette sur les façons d’atteindre ces objectifs. Le gouvernement renonce aussi à créer un ordre professionnel des enseignants — Québec s’engage à « consulter l’Office des professions » au sujet de la création d’un ordre des orthopédagogues — et « analysera l’opportunité de rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans ».

     

    Les bons coups

     

    Le ministre Sébastien Proulx a bien fait ses devoirs et a réussi le test avec sa politique, estime Égide Royer, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. « C’est susceptible d’améliorer d’ici cinq ans le taux de diplomation au Québec, et si c’est implanté comme du monde, avec les mesures qui nous manquaient, on sera probablement capables de rejoindre d’ici une dizaine d’années les meilleurs systèmes d’éducation en Amérique du Nord », a réagi le chercheur, rencontré au dévoilement de la politique, mercredi.

     

    La création annoncée d’un Institut national d’excellence en éducation est un des bons coups du gouvernement, estime Égide Royer. Cet organisme, qui sera dirigé par le professeur Martin Maltais, de l’Université du Québec à Rimouski, se veut un rouage important de la mise en place de la politique de réussite éducative.

     

    Égide Royer salue aussi l’énergie mise sur l’intervention le plus tôt possible dans la vie des tout-petits, pour qu’ils sachent lire et écrire après la deuxième année du primaire. Le ministre Proulx, qui a la double responsabilité de l’Éducation et de la Famille, compte ainsi poursuivre le déploiement des maternelles 4 ans, en parallèle avec les services de garde.

     

     

    Le professeur Royer souligne aussi que la politique évoque l’augmentation du taux de diplomation (sans tenir compte des simples qualifications, qui ne sont pas un diplôme) de 74 % à 85 % d’ici 2030. « On a cessé de compter des diplômes qui n’en sont pas », dit-il.

     

    L’objectif d’augmenter de cinq points de pourcentage la part de la population adulte du Québec qui sait lire et écrire de façon compétente (proportion qui s’établit à 47 % à l’heure actuelle) est aussi une nécessité, croit Égide Royer.

     

    Pelletage de problèmes

     

    Les partis de l’opposition ont fait valoir de leur côté que le ministre Proulx reporte sur un horizon de treize ans toutes les solutions aux problèmes de l’éducation. « Nos attentes étaient très élevées. On espérait du concret, mais on ne nous a même pas présenté la politique », a réagi Alexandre Cloutier, du Parti québécois.

     

    La politique passe sous silence les inégalités flagrantes entre les écoles privées subventionnées, les écoles publiques qui sélectionnent leurs élèves et les écoles publiques ordinaires, qui se démènent pour éduquer les enfants les plus poqués. « Le Conseil supérieur de l’éducation a révélé que le Québec a le système d’éducation le plus inégalitaire au Canada », dit le député péquiste.

     

    Ce regain d’intérêt envers l’éducation paraît suspect après les compressions des trois dernières années. « Le gouvernement nous refait le coup de 2014. On recycle les thèmes de la campagne électorale et du discours inaugural qui avait lancé le mandat des libéraux », dit Jean-François Roberge, de la Coalition avenir Québec.

     

    Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, estime que « plusieurs des intentions affichées semblent nobles », mais que « des zones d’ombre inquiétantes demeurent dans cette politique ». « Les promesses de jours meilleurs à venir en éducation tomberont à plat si les ressources humaines et matérielles nécessaires ne sont pas réinvesties. »

     

    Enseignants et examens

     

    Le gouvernement s’est engagé dans le budget déposé au printemps à réinvestir 1,8 milliard de dollars sur cinq ans en éducation, a rappelé le premier ministre Philippe Couillard. « Il y a des moyens avec cette politique. Ce n’est pas une politique de voeux pieux », a-t-il dit aux journalistes.

     

    Les syndicats d’enseignants, de leur côté, comptent talonner le gouvernement pour qu’il traduise en actions ses engagements de « valoriser la profession d’enseignant » et de renforcer l’autonomie professionnelle des professeurs.

     

    La Fédération des établissements d’enseignement privés demande la mise sur pied sans délai d’un comité pour revoir la façon d’évaluer les apprentissages. « Les incidents qui ont marqué les périodes d’épreuves ministérielles au cours des dernières années » rappellent l’urgence de réviser l’évaluation, comme le prévoit la politique du ministre Proulx, croit la Fédération. Elle souhaite une réflexion sur le nombre d’épreuves au primaire et au secondaire, la mise en place d’examens en format numérique pour l’ensemble des élèves et la formation des enseignants en matière d’évaluation des élèves.

     

    Objectifs pour 2030
    • Porter à 85 % la proportion des élèves de moins de 20 ans qui obtiennent un premier diplôme ;
       
    • Augmenter à 80 % (pour 2025) la proportion d’enfants qui entrent à l’école sans présenter de facteurs de vulnérabilité ;
       
    • Porter à 90 % le taux de réussite à l’épreuve ministérielle d’écriture, langue d’enseignement, de la 4e année du primaire dans le réseau public ;
       
    • Augmenter de 5 points de pourcentage la part de la population adulte du Québec qui démontre des compétences élevées en littératie ;
       
    • Hausser la proportion d’élèves entrant au secondaire sans retard scolaire ;
       
    • Améliorer la qualité des bâtiments scolaires ;
       
    • Réduire de moitié les écarts de réussite entre différents groupes d’élèves.













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