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    Libre opinion

    Faisons école ensemble

    Un nouveau mouvement dénonce un phénomène grave en éducation, la ségrégation scolaire

    19 juin 2017 | Guy Rocher - Professeur émérite et ex-membre de la commission Parent | Éducation
    Le taux de décrochage au secondaire reste désespérément élevé, à plus de 25 %.
    Photo: David Afriat Le Devoir Le taux de décrochage au secondaire reste désespérément élevé, à plus de 25 %.

    J’appuie le Mouvement L’école ensemble lancé le 16 juin par des parents de Gatineau. Cette initiative vise dans un premier temps à nous faire prendre conscience que le système d’éducation que les Québécois se sont donné est atteint d’un mal grave — mais évitable — appelé ségrégation scolaire.

     

    Ségrégation. Le mot peut sembler trop fort pour certains. Il évoque le sud des États-Unis ou encore l’Afrique du Sud. Mais le Québec ? C’est pourtant la caractéristique dominante de notre école. En séparant physiquement nos enfants (au secondaire, 21 % sont au privé subventionné et au moins 20 % dans des projets particuliers sélectifs), nous foulons aux pieds le principe d’égalité des chances. Jamais nous, les rédacteurs du rapport Parent, n’aurions pu imaginer une telle démission collective.

     

    Les conséquences éducatives, sociales et économiques de cette division entre enfants privilégiés et infortunés sont désastreuses pour le Québec d’aujourd’hui et de demain. Parmi les Québécois âgés de 16 à 65 ans, 53 % sont considérés comme des analphabètes fonctionnels. Les résultats de nos élèves dans les examens internationaux stagnent ou déclinent. Le taux de décrochage au secondaire reste désespérément élevé, à plus de 25 %.

     

    Un nouveau public

     

    La campagne lancée par le Mouvement a le mérite de sortir des ornières de l’habituel débat sur l’école privée subventionnée en considérant l’ensemble de la situation. Oui, nous avons erré en utilisant l’argent des contribuables pour financer l’école « privée ». Mais le réseau public, en voulant concurrencer le privé sur son propre terrain, celui de la sélection des élèves, a accentué le problème en feignant de ne pas voir ceux qui restent derrière, à l’école dite ordinaire.

     

    Or, nous engageant sur la voie de la concurrence, nous sommes allés à l’encontre des conclusions de toutes les études les plus scientifiquement rigoureuses. Celles-ci ont régulièrement démontré depuis plusieurs années les effets positifs des classes hétérogènes, de la « mixité » scolaire et sociale des classes, où les bons et les moins bons se côtoient. Une classe n’est pas animée que par l’enseignant ; la composition du groupe d’élèves y fait beaucoup.

     

    Dans une classe mixte, la preuve en a été abondamment faite, les meilleurs élèves créent un effet d’entraînement, dont profitent les élèves moins bons et les élèves en difficulté d’apprentissage. Et cela, il faut le répéter, sans nivellement par le bas et sans que ce soit au détriment des meilleurs, contrairement au préjugé courant. Et je ne parle même pas de l’apprentissage social que représente la mixité scolaire et de son impact sur la cohésion sociale du Québec de demain. C’est précisément la vision défendue par le Mouvement :

     

    Une école équitable : tous les fonds publics en éducation doivent profiter au réseau public. Les écoles privées ont le droit d’offrir leurs services, mais sans recevoir de fonds publics.

     

    Une école sereine : la sélection des élèves au public doit être stoppée. Cet écrémage qui stresse les familles et érode les communautés n’aura plus lieu d’être dans le nouveau public.

     

    Une école commune : le nouveau public sera renforcé par le retour de la plupart des élèves du privé subventionné et celui de tous les élèves des projets particuliers sélectifs. Le maintien des élèves les plus performants au sein d’une classe commune est un facteur déterminant de la réussite scolaire pour tous.

     

    Une école efficace : le nouveau public doit consolider l’aide aux élèves en difficulté et développera en plus une offre d’apprentissage enrichie pour les élèves les plus performants. Cet enseignement enrichi pourra prendre plusieurs formes ; les Québécois sont assez créatifs pour imaginer des approches que nous enviera le monde entier !

     

    Je vous invite à signer la pétition adressée aux partis politiques en vue des élections d’octobre 2018 sur le site www.ecoleensemble.com. On entend souvent dire que le Québec n’a plus de projet de société. Celui de faire école ensemble, pourtant, nous rassemble et nous ressemble. À nous de nous en saisir.













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