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    Le «hand spinner» source de tensions à l’école

    La toupie antistress est si populaire et si distrayante que des établissements l’interdisent

    24 mai 2017 |Marco Fortier | Éducation
    Le jouet a été créé à l’origine pour améliorer la concentration des enfants ayant un déficit d’attention.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le jouet a été créé à l’origine pour améliorer la concentration des enfants ayant un déficit d’attention.

    C’est la folie dans les cours d’école. Le « hand spinner », une sorte de toupie conçue pour améliorer la concentration des élèves, fait fureur auprès des enfants, mais donne des maux de tête aux enseignants.

     

    Les écoliers de partout dans le monde, y compris au Québec, s’arrachent ces jouets vendus autour de 10 $. Sur la liste des 40 jeux les plus populaires du détaillant en ligne Amazon, 32 sont des versions de ce petit objet circulaire, de la taille de la paume d’une main.

     

    « C’est une mode de cour d’école aussi fulgurante qu’éphémère. On peut penser que cette mode va s’éteindre à la fin de l’année scolaire », dit Julia Druliolles, commissaire à la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

     

    Elle représente le comité de parents ayant des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA). Comme bien des parents, elle a acheté ce gadget pour faire plaisir à ses deux enfants. Mais leur école, sur le Plateau Mont-Royal, a banni ces jouets jugés trop bruyants et distrayants en classe. Des écoles du Québec, d’Europe et des États-Unis ont aussi interdit ces jeux controversés.

    Les enfants se les disputent et les comparent sans arrêt. Ça génère beaucoup de conflits et ça détourne l'attention.
    Une enseignante
     

    Le principe de cet appareil est simple : les enfants font tourner les trois hélices à l’aide de leur pouce ou de leur index. Ce geste répétitif peut avoir un effet apaisant sur les élèves ayant un déficit d’attention ou une forme d’autisme, selon les concepteurs de ce gadget.

     

    « À première vue, ça me semble farfelu, dit Hélène Poissant, professeure au Département d’éducation et pédagogie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Ça peut marcher, je veux bien y croire, mais ça me prend des faits prouvés scientifiquement. Or je ne vois pas d’études sérieuses sur ce sujet. »

     

    Apprendre en bougeant

     

    Ce qui est bien démontré, c’est que les enfants hyperactifs ont envie de bouger. « On peut presque dire qu’ils apprennent en bougeant », précise Hélène Poissant.

     

    Il est vrai que des appareils similaires à la toupie antistress sont utilisés en classe. Ballons utilisés comme sièges, balles de stress à manipuler, recours à une minuterie : les enseignants ont développé des trucs pour s’adapter aux élèves hyperactifs ou ayant une difficulté à se concentrer. Certains pupitres d’écolier intègrent même un vélo stationnaire !

     

    Le problème avec la toupie antistress, c’est qu’elle nécessite tellement de concentration (on peut la faire tourner sur le bout d’un doigt) que les élèves n’ont plus d’attention à consacrer à ce qui se passe en classe, explique Katherine Isbister, professeure de communication à l’Université de Californie à Santa Cruz. Elle estime cependant que d’autres objets similaires peuvent donner des résultats.

     

    Elle et son équipe ont étudié l’interaction entre des humains et 132 petits objets conçus pour être manipulés dans une classe ou au bureau. Ils ont noté un état de « calme, d’attention et de créativité » chez les participants.

     

    Ce type de jeu est là pour de bon, selon elle. Un projet de « cube antistress » lancé par deux entrepreneurs a ainsi amassé 6,5 millions de dollars auprès de 154 926 contributeurs sur la plateforme de sociofinancement Kickstarter.

     

    Méditer

     

    La toupie antistress, elle, est devenue un objet de collection. Il existe une variété infinie de modèles, de couleurs et de qualité. « Dès la première année, les enfants se les disputent et les comparent sans arrêt. Ça génère beaucoup de conflits et ça détourne l’attention », dit une enseignante dans une école montréalaise.

     

    La professeure Hélène Poissant et ses collaborateurs explorent une voie jugée plus prometteuse pour aider les élèves distraits ou hyperactifs : la méditation pleine conscience. Cette technique ressemble à du yoga. « On a recensé plusieurs études et ça semble donner d’assez bons résultats, tant chez les enfants et chez les adolescents que chez les adultes. Mais c’est plus compliqué qu’un petit jeu de toupie », dit-elle.













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