Une école alternative en émoi à cause d’un syndicat de profs

Les enseignants de l'école Rose-des-Vents se sentent abandonnés par leur syndicat, qui refuse de renouveler une entente permettant les classes formées d'élèves de trois niveaux, expliquent les enseignantes Nathalie Lussier et Claudia Aubry.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les enseignants de l'école Rose-des-Vents se sentent abandonnés par leur syndicat, qui refuse de renouveler une entente permettant les classes formées d'élèves de trois niveaux, expliquent les enseignantes Nathalie Lussier et Claudia Aubry.

L’opposition d’un syndicat d’enseignants met en péril un système en place depuis 30 ans dans une école alternative de Montréal. L’Alliance des professeures et professeurs de Montréal refuse de renouveler une dérogation qui permet de regrouper des élèves de trois niveaux dans une même classe à l’école Rose-des-Vents, dans le quartier Rosemont.

 

Depuis sa création en 1986, cette école alternative fonctionne avec des classes « multiâges » : cette année, cinq classes sont formées d’élèves de première, deuxième et troisième années, et trois classes regroupent des enfants de quatrième, cinquième et sixième années.

 

Ces classes comptent entre 20 et 24 élèves, comme le prévoient les ratios du ministère de l’Éducation.

 

Pour la première fois en 30 ans, à la rentrée de septembre prochain, ces classes uniques à la Commission scolaire de Montréal (CSDM) sont en péril : l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal a dit non. Le syndicat refuse d’expliquer pourquoi et se contente de dire qu’il est ouvert à la discussion.

 

Les enseignants de l’école Rose-des-Vents affirment que l’Alliance « adopte la ligne dure à la suite des dernières négociations difficiles » en vue d’adopter une convention collective nationale.

 

Ces enseignants sont fâchés contre leur syndicat. Ils ont même déposé une plainte au Tribunal administratif du travail. Ils ont l’impression que les 204 élèves de l’école Rose-des-Vents servent de monnaie d’échange dans une bataille qui se joue au-dessus de leurs têtes.

 

Les parents sont aussi révoltés : « Je ne peux accepter qu’un syndicat, organisation progressiste à l’origine, puisse se retrancher dans un autocratisme indigne qui fait fi de la volonté d’une portion de ses membres, les enseignantes de Rose-des-Vents », indique Diane Gendron, mère d’une élève de quatrième année.

 

Ce blocage sème l’émoi à l’école Rose-des-Vents, parce que les classes à trois niveaux sont à la base même du projet.

 

Ce type de classe favorise la réussite des petits et des grands, selon les enseignants et les parents. En fréquentant la même classe, les plus jeunes apprennent des plus vieux. Les enseignants gardent le même groupe durant trois années, ce qui crée des liens et établit la confiance.

 

Ententes

 

L’Alliance ne fait qu’appliquer à la lettre la convention collective : les classes multiâges se limitent aux élèves de deux niveaux, à moins d’une entente entre le syndicat et la commission scolaire. Les commissions scolaires voisines de la CSDM, Marguerite-Bourgeoys et de la Pointe-de-l’Île, ont pourtant des ententes qui ouvrent la porte à des classes à trois niveaux dans les écoles alternatives Nouvelle-Querbes, Jonathan et Albatros.

 

« Le 10 avril, l’Alliance nous a clairement dit non, mais on reste disponibles si le syndicat veut entériner quelque chose au niveau de la dérogation », dit Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM.

  • Geneviève Gauthier - Abonnée 17 mai 2017 21 h 41

    Saboter un modèle qui devrait plutôt servir d'exemple

    L'École-Rose-des-Vents fête cette année son 30e anniversaire ... 30 ans de succès pour une école du système publique... faible taux de roulement des professeurs, aucun "burn-out" et surtout des élèves qui se développent aux maximum de leur potentiel, qu'ils soient plutôt des élèves avec difficultés d'apprentissage ou des élèves plutôt doués.

    Il est aberrant qu'un syndicat se donne le rôle d'intervenir dans les projets éducatifs. Il devrait s'en tenir à défendre les intérêts des professeurs. Dans ce cas-ci, plutôt que de démolir un modèle qui fonctionne depuis 30 ans, le syndicat devrait étudier ce qui s'y fait et qui pourrait être reproduit ailleurs ... dans l'intérêt des professeurs et de leurs élèves.

    Plus d'information sur les écoles alternatives peuvent être lues ici:

    http://repaq.org/la-difference-alternative/portrai

  • Hugue Asselin - Abonné 18 mai 2017 07 h 09

    Cher mon syndicat,

    Tu es venu à l'école Rose-des-vents dans le but d'entendre ce que l'équipe-école avait à te dire en réponse à ton refus de reconduire l'entente spécifique concernant la formation des classes sur plus de deux niveaux d'étude.

    Tu crains le démantèlement de l'école publique. Je te comprends, moi aussi. Mais tu te trompes de cible en croyant que les ententes à la pièce avec les écoles que tu représentes - quand bien même il y en aurait une, deux, huit, douze - en sont la cause.

    Le refus de notre gouvernement de mettre l'éducation au coeur des décisions publiques, les changements de dirigeants à la tête du ministère de l'éducation, la nomination de taouins comme ministre de l'éducation, les changements de noms du ministère de l'éducation, le manque d'investissement en éducation, les ministres qui écoutent davantage l'industrie que les acteurs du milieu de l'éducation, la coopération et la démocratie qui s'étiolent au profit de la financiarisation, de la technocratie et de la compétition en milieu scolaire, l'imposition d'hommes d'affaire pour repenser l'éducation, l'inclusion au service des budgets plutôt qu'une vraie démarche idéologique d'inclusion transformatrice de notre société...

    ÇA, ce sont des causes à combattre.
    Et les bibites des milieux alternatifs seront toujours à tes côtés pour dénoncer les vrais acteurs du démantèlement de l'éducation publique.

    Or, tu considères que de respecter la spécificité des écoles particulières, que de signer une (ou deux ou trois ou dix) ententes de dérogation, que de respecter le choix de tes membres comme tu le fais depuis 30 ans, c'est un cheval de bataille important. Dans toutes les priorités qui découlent de ce contexte politique rigide, tu choisis de mobiliser tes énergies contre une communauté qui met de l'avant la solidarité, la coopération et le respect du rythme et des besoins de chacun.

    C'est là que tu me perds. Je suis profondément déçue de toi là, mon syndicat. Même plus que déçue, choquée. Sache que m

  • Gilles Théberge - Abonné 18 mai 2017 09 h 34

    Il y a des syndicalistes, pas tous entendons nous, mais il y en a certains qui méritent une couple de coups de pieds au cul!

    Un exemple de rigidité cadavérique, qui discrédite tout le milieux syndical...

    • Robert Dufresne - Inscrit 18 mai 2017 10 h 14

      Ah! La douce époque où les coup de pieds au cul réglaient toute les situations. Que de bon souvenirs, pas de discussions, de nuances ou d'argumentations possible. Un concepte violent utilisé par des personnes violentes ? Ben non !

      Heureusement que la majorité évolue dans une société ou la promesse d'un coup de pied ou d'une "claque derrière la tête" ne sert plus d'argumentaire. . Moi je ne connais rien des faits qui ont amenés les parties à adopter leur positions. Quand je ne sais pas, je ne commente pas.

  • Réal Bergeron - Abonné 18 mai 2017 09 h 52

    Ligne éditoriale

    Marco Fortier ne manque pas de suite et de cohérence dans sa ligne éditoriale. Il épingle une fois de plus les prétendus abus des méchants syndicats de l'enseignement.

  • Clermont Domingue - Abonné 18 mai 2017 10 h 14

    Causes d'échecs

    Pour comprendre le taux élevé d'échecs dans les écoles publiques,il faut aussi regarder du côté syndical. La convention collective convient bien à la bureaucratie syndicale, mais pas toujours aux écoliers, élèves et étudiants.
    Clermont Domingue, président des enseignants de l'Estrie (1970-1973)

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 mai 2017 15 h 17

      Les conventions sont signées aussi par les patrons.