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    Devenir policier autochtone coûte cher

    Les jeunes Amérindiens anglophones doivent débourser plusieurs milliers de dollars pour s’inscrire aux programmes de techniques policières

    18 mai 2017 |Jessica Nadeau | Éducation
    À défaut de pouvoir embaucher des policiers de leur communauté, les corps autochtones doivent engager des diplômés non autochtones qui ne connaissent pas la réalité des réserves amérindiennes.
    Photo: Olivier Zuida Le Devoir À défaut de pouvoir embaucher des policiers de leur communauté, les corps autochtones doivent engager des diplômés non autochtones qui ne connaissent pas la réalité des réserves amérindiennes.

    Bien que Québec ait annoncé qu’il avait mis fin à une discrimination pour les jeunes autochtones qui devaient débourser plus de 40 000 $ pour la formation en techniques policières, des coûts importants sont toujours réclamés aux autochtones à l’École nationale de police, de même qu’au collège Ellis, qui offre la formation en anglais.

     

    « Rien n’a changé, affirme Daniel Guillemette, coordonnateur du programme de techniques policières au collège Ellis. La ministre [de l’Enseignement supérieur, Hélène David] a annoncé qu’elle allait régler la situation, mais j’ai appelé tant au ministère de l’Enseignement supérieur qu’à la Sécurité publique, on dirait qu’ils se lancent la balle, personne n’est capable de nous répondre. On ne sait rien, on n’a pas de nouvelles. On ne sait même pas à qui s’adresser. »

     

    Au bout du fil, l’homme soupire de lassitude. « Ma cohorte finit le 26 mai, soit dans deux semaines, et je ne sais même pas si je vais pouvoir démarrer une nouvelle cohorte. Les communautés n’ont pas d’argent pour payer ça, tout le monde est en attente. »

     

    Pourtant, la demande est là. Les besoins sont même criants dans plusieurs communautés, qui doivent se tourner vers des policiers non autochtones afin de pourvoir aux postes vacants, explique M. Guillemette. « J’ai plusieurs jeunes autochtones qui aimeraient venir, mais ils n’ont pas les moyens de payer 20 000 $ pour la formation, alors les postes de police engagent des non autochtones qui sont déjà formés, mais qui ne sont pas au fait de leur réalité. C’est un cercle vicieux qui tourne encore. »

    La communauté essaie de s’organiser pour trouver l’argent, mais ce n’est pas évident, surtout quand on sait que la formation de deux jeunes équivaut au prix d'une voiture de police
    Daniel Guillemette, coordonnateur au collège Ellis
     

    À certaines occasions, les postes de police défraient les coûts de formation pour les jeunes autochtones, mais ce n’est pas toujours le cas.

     

    « En Gaspésie, ça fait deux ans que les Micmacs veulent envoyer deux jeunes de la communauté, mais ils n’ont pas une cenne. Les jeunes essaient d’emprunter, mais ils n’ont pas accès à des prêts. La communauté essaie de s’organiser pour trouver l’argent, mais ce n’est pas évident, surtout quand on sait que la formation de deux jeunes, ça équivaut au prix d’une voiture de police. »

     

    Alma

     

    Le collège Ellis, un établissement d’enseignement privé anglophone situé à Drummondville, offre le DEC régulier en techniques policières, mais a créé un programme en accéléré spécifique pour les autochtones qui ont une promesse d’embauche dans un poste de police.

     

    Cette formation spécifique, mieux connue dans le jargon comme une AEC (accréditation d’études collégiales) est offerte également au collège d’Alma, pour les autochtones francophones.

     

    Mise au fait que les étudiants autochtones devaient débourser 17 500 $ pour suivre cette formation à Alma, la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, a annoncé en novembre dernier qu’elle mettrait fin à cette discrimination. En entrevue au Devoir, elle confirme qu’une somme de 250 000 $ a été débloquée pour venir en aide aux étudiants déjà inscrits, mais que rien de spécifique n’est prévu pour les années subséquentes.

     

    « Pour l’instant, c’était pour cette cohorte-là. Mais on va voir à partir de la demande. On va suivre le dossier de très près pour démêler les choses entre les conseils de bande, le ministère de la Sécurité publique et, possiblement, du côté fédéral aussi. S’il y a d’autres demandes, on va être au rendez-vous. »

     

    Au collège d’Alma, on avait plutôt l’impression que le dossier était réglé. « Nous, on recrute en fonction du fait que le cours est payé », soutient Maxime Goulet, du collège d’Alma. Le nombre de demandes a augmenté en conséquence. « On attend environ 25 candidats pour la journée de sélection, ce qui est deux ou trois fois plus élevé que dans les dernières années. »

     

    Pourquoi financer le programme francophone et non l’anglophone ? La ministre avoue qu’elle n’était pas au courant qu’un problème de financement prévalait également au collège Ellis. « On va leur parler très rapidement et je vais regarder avec mon ministère si c’est la meilleure avenue et si les règles budgétaires permettent de les financer directement, vu leur statut de collège privé. »

     

    École nationale de police

     

    Le problème de financement pour les futurs policiers autochtones est d’autant plus important que les étudiants doivent débourser un autre 27 000 $ incluant l’hébergement pour la formation pratique de 15 semaines à l’école nationale de police du Québec, située à Nicolet. Pour les jeunes non autochtones, le montant est de 8000 $.

     

    Cet écart s’explique par le fait que les policiers du Québec fournissent 1 % de leur salaire pour la formation, ce qui permet de financer une partie des études de leurs jeunes compatriotes à Nicolet. Or, les corps policiers autochtones ne sont pas assujettis à cette loi et ne contribuent pas à l’effort collectif. L’école leur facture donc le plein prix.

     

    « Ce n’est pas normal que ce soit l’aspirant policier qui doit payer pour ça, ça devrait être le corps policier, concède le directeur des communications de l’École, Pierre Saint-Antoine. L’école a demandé un soutien financier pour aider ces jeunes. Nous sommes en attente. »

     

    La ministre David rappelle que l’École nationale de police est sous la responsabilité du ministère de la Sécurité publique et non de l’Enseignement supérieur. « On travaille ensemble sur ces questions-là. J’aimerais bien qu’on ait tout le continuum de la formation avec la promesse d’embauche au bout du compte. »

     

    Le député péquiste, Alexandre Cloutier, qui a talonné la ministre à maintes reprises sur cette question, dénonce vivement la situation. « Qu’on soit autochtone ou non, on devrait payer le même tarif pour la formation au Québec. Ça m’apparaît discriminatoire et archaïque d’avoir une tarification différente pour les autochtones. »













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