Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Lettres

    Une note de 2 % qui représente… la vie

    16 mai 2017 | Frankie Bernèche, Ph. D., professeur de psychologie Montréal, le 9 mai 2017 | Éducation

    Quel malheur de constater que certains enseignants et directions d’écoles secondaires permettent à certains étudiants de réussir leur année scolaire en revoyant à la hausse leurs notes finales de quelques points ! Imaginez, faire passer un étudiant à 60 % alors qu’il a obtenu en réalité 58 % ? La fraude du siècle, loin devant celle des abris fiscaux ou des malversations dans le milieu politique. Concentrons donc nos efforts à ce problème endémique en créant une nouvelle commission d’étude chapeautée par le gouvernement libéral.

     

    Dans les faits, vous savez ce que représentent ces 2 % ? La vie. Celle de ces jeunes adolescents qui, malgré des difficultés majeures sur le plan de l’apprentissage, persévèrent tant bien que mal, insistent pour ne pas décrocher, faute de soutiens appropriés en matière de mesure d’appui. Une vie qui, sans diplôme d’études secondaires, est vouée à de bien plus grandes difficultés ; un emploi précaire sous-rémunéré, une estime de soi de plus en plus faible liée au sentiment profond de ne pas pouvoir mener à terme ses plus grands rêves, ceux entretenus depuis l’enfance. Voilà ce que représentent ces 2 %, un diplôme assurant un certain seuil décent dans la société.

     

    Soyons donc justes et empathiques envers ces étudiants qui en « arrachent » déjà assez pour ne pas leur signifier en plus que nous sommes insensibles à leur situation. Ces jeunes qui obtiennent 58 % ont souvent des problèmes neuro-développementaux (troubles d’apprentissage, TDAH, DI légère, etc.) qui expliquent leur sous-rendement. Au lieu de les punir en les faisant échouer pour 2 %, nous devrions les valoriser et les remercier d’être toujours là, aux études, dans la douleur d’apprendre. Vous en connaissez beaucoup de personnes qui restent affairées à une tâche douloureuse, année après année ? Félicitons-les et cessons d’adopter une règle comptable, froide et austère.

     

    Ces 2 % doivent être abordés de façon qualitative, et non quantitative. Ne « scions pas les jambes » à ces enfants courageux et persévérants avec nos principes rationnels d’adulte qui incitent à la performance. Ces comités de parents performants qui se plaignent de cette immonde injustice. Ceux qui inculquent à leur enfant non pas l’importance du dépassement de soi, mais l’importance du dépassement des autres.













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.