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    L’école du XXIe siècle

    Place aux écoles sur mesure

    Au privé, des établissements s’adaptent physiquement aux besoins de leurs élèves

    13 mai 2017 |Jessica Nadeau | Éducation
    La classe de Mme Marjolaine, au centre pédagogique Lucien-Guilbault, est lumineuse, colorée et confortable pour permettre aux élèves de se concentrer davantage dans la position de leur choix.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La classe de Mme Marjolaine, au centre pédagogique Lucien-Guilbault, est lumineuse, colorée et confortable pour permettre aux élèves de se concentrer davantage dans la position de leur choix.

    Le ministre Sébastien Proulx a lancé cet hiver le projet « Lab-école » pour doter le Québec des « plus belles écoles du monde ». Design, pédagogie, alimentation, sports, les enjeux sont nombreux. Dans le cadre d’une série sur l’aménagement des écoles, «Le Devoir» est allé à la rencontre d’établissements scolaires qui offrent un milieu d’apprentissage digne du XXIe siècle. Deuxième d’une série de reportages qui s’étirera jusqu’à la fin des classes : des écoles privées qui s’adaptent physiquement aux besoins de leurs élèves.


    En 2010, moins de 45 % des élèves des écoles privées du Québec étaient motivés par leurs études. Ce chiffre, résultat d’une vaste enquête menée par la Fédération des établissements d’enseignement privé du Québec, « a été comme un électrochoc », raconte Normand Brodeur, directeur de l’innovation à la Fédération.

     

    C’était d’autant plus surprenant que le taux de motivation se situait à 77 % dix ans plus tôt à peine. Pour comprendre cette dévalorisation chez des élèves pourtant performants, la Fédération a mené une réflexion sur l’école du XXIe siècle et repensé l’environnement physique pour le rendre plus attrayant et dynamique.

     

    « Les jeunes savent qu’ils doivent aller à l’école, mais ils s’y embêtent. Se faire dire : assis-toi sur une chaise et reste comme ça pour les 15 prochaines années, c’est inimaginable pour un jeune aujourd’hui. La société va vite, les jeunes sont constamment branchés et tout à coup, ils arrivent à l’école et le rythme est cassé, comme si la modernité n’avait pas suivi. Un jeune nous a même dit : quand j’embarque dans l’autobus jaune le matin, j’ai l’impression d’embarquer dans une machine à voyager dans le temps qui me ramène dans une école du passé. »

     

    Repenser l’espace

     

    Les jeunes veulent des espaces décloisonnés, des liens avec le monde extérieur, de la lumière, de la couleur et de la flexibilité, explique M. Brodeur.

     

    Dans certaines écoles, les jeunes ont évoqué le manque d’espaces zen. D’autres ont repensé les bibliothèques, qui étaient désertées, pour en faire des endroits branchés où les élèves viennent désormais travailler sur des projets d’équipes ou lire, confortablement assis — ou même couchés — dans des chaises suspendues ou d’immenses coussins.

     

    Une école est aux prises avec des problèmes d’intimidation ? On va revoir l’aménagement des couloirs et des casiers, qui sont souvent trop étouffants. « Il faut utiliser l’espace pour créer une expérience sociale intéressante et permettre aux jeunes d’explorer leurs sens », résume Nicola Tardif Bourdages, designer chez Tactikk Design.

     

    L’élève au centre

     

    L’idée, c’est d’offrir de la variété pour garder le jeune stimulé tout au long de la journée : des « fab-labs » pour encourager la création, des zones d’agriculture urbaine, des salles dédiées pour faire des arts, un lounge confortable pour aller « chiller », ou même une salle « super connectée pour regarder des vidéos de chats en gang sur écran géant », explique le designer.

     

    « On entend souvent les gens dire qu’il faut remettre l’élève au centre de l’éducation et, souvent, on a l’impression que ce ne sont que des mots, affirme Normand Brodeur. Mais dans nos écoles, l’élève est littéralement au centre, et c’est l’environnement qui s’adapte autour de lui. Il n’y a pas de recette miracle, c’est unique pour chaque école, en fonction de ses élèves. »

     

    Milieux de vie

     

    Dans le nord de Montréal, le centre pédagogique Lucien Guilbault, spécialisé pour les jeunes qui présentent des troubles d’apprentissage graves, est un parfait exemple d’une école faite sur mesure. L’école privée, qui vient tout juste d’emménager dans ses nouveaux locaux, est belle et spacieuse. Rien d’extravagant, mais chaque pied carré est pensé et réfléchi.

     

    « Quand on a commencé les plans avec l’architecte, on est parti de façon classique : on a besoin de tant de classes, une cafétéria, une bibliothèque, etc. Mais ça ne répondait pas aux besoins de nos élèves. On est retourné faire nos devoirs, on a changé les plans de nombreuses fois et on est arrivé avec l’idée du milieu de vie », explique la directrice, Brigitte Raymond.

     

    Ainsi, plutôt que d’avoir des classes qui se suivent le long d’un corridor, les classes sont aménagées autour d’espaces communs. Chaque groupe d’âge a son espace, un « petit village » qui sert à la fois de vestiaire, de cafétéria, de bibliothèque et d’espace d’apprentissage. Tout le mobilier est sur roulettes, ce qui permet une très grande flexibilité. L’organisation autour du milieu de vie rassure les jeunes et leur donne un sentiment d’appartenance, souligne la directrice, en plus d’amener les professeurs à modifier leurs pratiques. « Tout de suite, on a vu la différence : les professeurs ont commencé à travailler beaucoup plus en équipe. »

     

    Des classes sur mesure

     

    Cette flexibilité se transpose également dans les classes, qui sont aménagées par chaque professeur en fonction des besoins de ses élèves.

     

    Dans la classe de Mme Claudiane, on pourrait croire que c’est la récréation. Il y a des jeunes assis partout et dans toutes sortes de positions : sous les bureaux, sur des tables basses, sur des tabourets, des tapis, des vélos stationnaires, des chaises berçantes, des poufs remplis de billes, des ballons, etc. Et pourtant, ils travaillent.

     

    « Ils savent où s’asseoir pour mieux se concentrer, explique la professeure. Si je les oblige à rester assis sur une chaise, c’est beaucoup plus difficile pour tout le monde. La gestion de ma classe a réellement diminué depuis que j’ai adopté la technique du flexible sitting. »

     

    Brigitte Raymond est consciente du « privilège » qu’elle a d’avoir pu construire sa propre école. Elle n’a pas pris la tâche à la légère. Elle a visité plein d’écoles pour s’inspirer. « J’ai vu des écoles incroyables sur le plan architectural, avec des halls d’entrée somptueux, des trucs tout en verre, mais je me demandais : ça répond au besoin de qui, tout ça ? L’idée, ce n’est pas de faire un trip d’architecture pour de l’architecture, mais pour répondre aux besoins des élèves. C’est ça qui doit être au centre de toute la réflexion. »

      

    Intéresser les garçons

     

    À l’Académie Sainte-Anne, une école primaire privée qui a ouvert ses portes il y a tout juste deux ans, on a également mis l’espace au service de l’approche pédagogique. « On a pensé l’école pour répondre spécialement aux garçons, qui, on le sait, ont plus de difficulté à trouver leur intérêt à l’école, explique le p.-d.g., Ugo Cavenaghi, en passant devant la salle de Lego. Ici, il faut que ça bouge ! »

     

    Il n’est donc pas étonnant d’entendre le designer de Tactikk, Nicola Tardif Bourdages, raconter qu’il s’est inspiré d’un camp de vacances pour la conception de cette école.

     

    Plutôt que de construire une nouvelle école, la direction de l’Académie a choisi d’acquérir un imposant bâtiment historique qui a abrité le premier club de golf en Amérique du Nord et une ancienne école privée religieuse. On a modernisé, ajouté du bois et abattu des cloisons pour laisser passer la lumière naturelle. L’effet est saisissant et l’école a remporté de prestigieux prix de design.

     

    « On a souvent tendance à s’inspirer de ce qui se fait à l’étranger, mais ici aussi, on fait des choses pas pires ! » affirme fièrement M. Cavenaghi.

     

    C’est également la vision de la Fédération des établissements d’enseignement privés, qui reçoit de plus en plus de visiteurs venus s’inspirer des écoles québécoises.

     

    La Fédération offre même des formations dans ses locaux, qu’elle a aménagés en laboratoires de réflexion pour l’école du XXIe siècle. Dans la salle de réunion, il y a une balançoire, des canapés atypiques, des bancs qui se transforment en table de travail. On peut écrire sur pratiquement tous les murs et le contenu est transféré directement sur les portables.

     

    Au fond de la salle de conférence, on a aménagé un espace convivial pour prendre un jus ou un verre de vin qui n’a rien à envier aux petits cafés les plus branchés. Ce type d’espace est de plus en plus recréé dans la salle des profs pour leur permettre de décrocher entre les cours, explique le designer Nicola Tardif Bourdages. « Ici, c’est un laboratoire, on est en recherche et développement constant, et il va falloir le rester tant qu’il y aura des écoles », conclut le directeur de l’innovation de la Fédération, Normand Brodeur, qui a très hâte de voir si tous ces changements vont se traduire positivement dans la prochaine enquête sur la motivation des jeunes, prévue pour 2019.

    La classe de Mme Marjolaine, au centre pédagogique Lucien-Guilbault, est lumineuse, colorée et confortable pour permettre aux élèves de se concentrer davantage dans la position de leur choix. Bien que la classe ne soit pas terminée, Yinong et Jessi, qui ont terminé leurs travaux, jouent aux échecs dans le corridor de l’académie Sainte-Anne.












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