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    Une réflexion sur l’employabilité des doctorants

    6 mai 2017 | Réginald Harvey - Collaboration spéciale | Éducation
    Les enquêtes disponibles au Québec indiquent qu’il y a rarement plus de 30 % des diplômés qui dénichent un emploi à l’université.
    Photo: iStock Les enquêtes disponibles au Québec indiquent qu’il y a rarement plus de 30 % des diplômés qui dénichent un emploi à l’université.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    Il se trouve de plus en plus d’étudiants qui choisissent d’accéder à des études supérieures. Pendant ce temps, le marché du travail demeure relativement peu ouvert à leur embauche en fonction de leurs compétences, autant dans les pays du Nord que du Sud. L’Université de Sherbrooke et l’Université Saint-Joseph de Beyrouth au Liban ont conduit une recherche sur l’employabilité des doctorants, sur laquelle se penchera un des colloques du congrès 2017 de l’Association francophone pour le savoir (Acfas).


    Le problème se pose de cette façon : quand ils se présentent pour trouver un emploi dans divers domaines, particulièrement dans le secteur privé, les détenteurs de doctorat se heurtent plutôt à des portes entrouvertes que grandes ouvertes. « Il en va de même depuis fort longtemps, effectivement », rapporte Jean-Claude Coallier, professeur à la Faculté de l’éducation et responsable du doctorat en éducation de l’Université de Sherbrooke.

     

    L’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) ont donc convenu de prêter leur concours à une recherche menée conjointement par l'Université de Sherbrooke et l'Université Saint-Joseph (Beyrouth, Liban) et portant sur la hausse marquée du taux de chômage chez ces diplômés.

    Jean-Claude Coallier

    Tout comme de nombreux pays, les universités libanaises démontrent énormément d’ouverture pour les programmes de doctorat, mais la plupart de leurs finissants se heurtent à une impossibilité de trouver du travail. Quant au Québec, les chercheurs d’ici disposent de données révélatrices sur la situation des doctorants. Ainsi, le travail de recherche s’est effectué sur une base de référence comparative entre les deux hémisphères. « On a essayé de voir si ce qui se passe là-bas est semblable ou différent », note M. Coallier.

     

    Au départ, la question qui s’est posée est la suivante, note le chercheur : « On voulait voir, autant du côté des étudiants que des institutions et des entreprises, s’ils ont une sensibilité au fait que les finissants peuvent oeuvrer ailleurs que dans les universités. » Les enquêtes présentement disponibles au Québec indiquent qu’il y a rarement plus de 30 % des diplômés qui dénichent un emploi à l’université. « Qu’en est-il de tous les autres ? » demande le professeur.

     

    Une sorte d’indifférence

     

    Il s’avère, selon des travaux réalisés durant la recherche et pendant une évaluation des programmes de la Faculté, que les étudiants se préoccupent plus ou moins d’employabilité. De façon générale, ils ne sont pas soucieux du fait qu’ils auront à travailler ailleurs que dans un milieu universitaire, ce qui nécessite le développement et la mise en valeur d’autres compétences. « Cette préoccupation est présente chez eux, mais il se produit encore une forme de déni de la réalité du marché du travail », rapporte Jean-Claude Coallier.

     

    Du autre côté, certains étudiants sont inscrits dans un parcours doctoral dans le but de travailler ailleurs qu’à l’université, mais sans savoir exactement où. Ils souhaitent ainsi éviter les contraintes telles que les demandes de subventions, les évaluations sur une base régulière et la pression de donner des charges de cours.

     

    Quant à la position des entreprises par rapport à l’embauche de doctorants, le professeur précise que des données en ce sens seront dévoilées lors du colloque de l’Acfas. Tout indique pour l’instant que les chercheurs risquent de présenter un portrait qui soit assez semblable à celui des étudiants.

     

    Le rapprochement envisagé

     

    Le secteur privé est-il véritablement conscientisé à la présence de ces gens hautement formés et à la valeur ajoutée qu’ils pourraient apporter dans les entreprises ? « Il y a tout un travail à effectuer de ce côté-là », lance le professeur. Ainsi, un autre des volets de la recherche portait sur les stratégies à développer pour faciliter aux doctorants l’accès à des emplois correspondant à leurs qualifications.

     

    En premier lieu, les étudiants sont invités à se livrer à une sensibilisation et à une prise de conscience relative à l’emploi. « Ils doivent apprendre à mieux se vendre et à faire valoir la plus-value de leur formation doctorale, note le professeur. Malgré les initiatives qui sont prises à droite et à gauche, on reste dans un contexte assez traditionnel de ce côté-là. »

     

    Deuxièmement, certaines avancées ont cours sur le plan des programmes et des institutions. Par exemple, Polytechnique offre des programmes complémentaires ou parallèles pour les doctorants qui sont soutenus par une équipe en gestion de carrière.

     

    Jean-Claude Coallier émet tout de même un bémol de ce côté. À titre de vice-doyen de la Faculté, il avait travaillé sur l’implantation d’un doctorat professionnel et il avait alors rencontré de la résistance le moment venu d’apporter des changements aux programmes, ces derniers étant coordonnés et dirigés par les professeurs. « Tous ces gens-là proviennent d’un profil de formation plus traditionnel ; ils trouvent souvent menaçant qu’on arrive avec des formations différentes parce qu’on s’interroge sur le fait de travailler ailleurs que dans les milieux universitaires », indique M. Coallier.

     

    La percée du secteur privé

     

    Il n’existe pas de données qui jettent un éclairage sur les sphères d’activités dans le secteur privé où il serait possible d’avoir recours à des compétences de haut savoir. Quels sont les besoins de main-d’oeuvre hautement spécialisée dans les entreprises ? « À ma connaissance, les réponses à cette question demeurent assez hypothétiques », note Jean-Claude Coallier.

     

    Dans un tel contexte, les statistiques de 2014-2015 révèlent que le portrait du marché du travail demeure passablement le même en comparaison avec celui de 2000-2005, au Québec : le taux de chômage des diplômés oscille entre 8,5 et 11 %, selon les disciplines.

     

    « Il est difficile de présumer de la suite des choses s’il n’y a pas un travail qui s’effectue auprès des entreprises », estime le responsable du doctorat à l’Université de Sherbrooke. Entre-temps, estime-t-il, les étudiants universitaires peuvent se rassurer : « Il reste que ceux qui détiennent un bac, une maîtrise ou un doctorat sont toujours plus avantagés sur le plan de l’emploi. »













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