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    Des élèves autochtones privés de diplôme d'études secondaires

    29 avril 2017 |Jessica Nadeau | Éducation
    Le village de Salluit, dans le nord du Québec
    Photo: Louis Carrier CC Le village de Salluit, dans le nord du Québec

    Depuis juin 2013, aucun des jeunes ayant terminé leur 5e secondaire dans une école de la Commission scolaire de Kativik, dans le nord du Québec, n’a pu obtenir de diplôme d’études secondaires. La commission scolaire confirme que des centaines d’élèves ont dû se rabattre sur une attestation d’équivalence en raison d’un manquement envers les exigences ministérielles.

     

    « C’est sûr que le diplôme d’études secondaires, c’est la vraie affaire : c’est un papier qui est reconnu à travers la province, c’est plus avantageux et c’est ce qu’on souhaiterait avoir pour nos finissants », soutient Jade Bernier, responsable des communications pour la Commission scolaire Kativik, en entrevue au Devoir vendredi.

     

    Le problème remonte au tournant des années 2000, explique Mme Bernier, alors que le ministère de l’Éducation modifiait le programme de mathématiques dans l’ensemble des écoles québécoises.

     

    De l’aveu même de la commission scolaire, celle-ci n’a pas modifié son programme et, en 2007, le ministère lui a donné un délai de cinq ans pour se conformer au nouveau programme.

     

    En 2013, ce n’était toujours pas fait. « On n’a pas été en mesure de respecter cette échéance, notamment en raison d’un gros taux de roulement dans le personnel », avoue la relationniste.

     

    Ainsi, depuis juin 2013, le ministère délivre des attestations d’équivalence de niveau de scolarité de 5e secondaire. Ce papier est généralement octroyé à des adultes qui, après avoir passé une série de tests, peuvent répondre aux attentes d’un employeur qui exige un DES ou l’équivalent. L’attestation n’est généralement pas reconnue par les établissements d’études postsecondaires, mais la commission scolaire a conclu des ententes avec deux d’entre eux, le collège Montmorency et le cégep John Abbot, qui accueillaient déjà la très grande majorité des étudiants de cette commission scolaire puisqu’ils disposent de services développés spécifiquement pour cette clientèle.

     

    Selon la commission scolaire, environ 300 étudiants auraient été ainsi privés d’un diplôme d’études secondaires. En effet, entre 60 et 75 élèves y sont diplômés annuellement. Il faut dire que le taux de décrochage se situe autour de 83 % dans cette région.

     

    Ce n’est qu’en septembre dernier que la commission scolaire a renvoyé son programme pour évaluation au ministère de l’Éducation, qui fait toujours l’objet de discussions.

     

    Aucune information aux parents

     

    Sur son site Web, la commission scolaire indique pourtant « que 56 élèves ont obtenu leur diplôme d’études secondaires » pour l’année 2015-2016. « Nous, quand on dit 56 finissants, ce sont des jeunes qui ont obtenu des attestations », nuance Mme Bernier au bout du fil.

     

    Elle concède que, depuis 2013, ni les jeunes ni leurs parents n’ont été officiellement mis au courant du fait qu’ils ne recevraient pas un DES, mais bien une attestation d’équivalence, à la fin de leurs études secondaires. « Nous n’avons pas fait de communications à ce sujet au moment du changement en 2013. »

     

    Elle précise par ailleurs que, jusqu’à tout récemment, aucun étudiant ou parent n’avait questionné la commission scolaire sur ce sujet. « À la fin de l’année scolaire, il y a une cérémonie de remise des diplômes à l’école pour les finissants et c’est juste dans le courant de l’été que les gens reçoivent par la poste le document officiel du ministère de l’Éducation. Sur ce document-là, ça dit “attestation”, donc, dans ce sens, ce n’est pas quelque chose qui était caché. »

     

    Des inquiétudes ont surgi tout récemment chez certains parents qui ont interrogé la commission scolaire sur le statut des diplômes. « On s’est rendu compte qu’il y avait un manque d’information et de clarté concernant ce sujet. Donc, pour s’assurer que les parents ne s’inquiètent pas pour rien, on vient d’envoyer une lettre pour leur expliquer la situation », affirme Jade Bernier.

     

    Le ministre préoccupé

     

    Le sujet a été abordé par le député péquiste Alexandre Cloutier à l’Assemblée nationale au cours de l’étude des crédits en éducation, jeudi et vendredi. Le ministre, qui n’était pas au courant du dossier, a tenté de rapporter les informations que son équipe lui fournissait au compte-gouttes. Il a confirmé que le cours de mathématiques des écoles de la Commission scolaire Kativik ne correspondait pas au régime pédagogique et que, dans cette situation, les élèves ne pouvaient pas obtenir un diplôme. « Ça n’a pas lieu d’être », a reconnu le ministre, qui parlait, lui, de 26 élèves qui auraient eu accès à un diplôme d’études secondaires et de 54 qui ont dû se contenter d’une attestation l’an dernier. « Ça vient d’être porté à mon attention. On me dit qu’il y a déjà du travail qui est fait avec la commission scolaire pour rendre le programme de mathématiques local conforme à nos exigences. Alors, oui, vous pouvez être assurés de ma collaboration pour que l’ensemble des élèves qui réussissent à Kativik puisse obtenir un diplôme d’études secondaires. »

     

    En entrevue au Devoir, Alexandre Cloutier parlait d’un « problème grave » pour des jeunes qui doivent déjà faire face à de nombreux défis en matière d’éducation. « Pendant que les fonctionnaires ne trouvent pas de solution, ce sont des jeunes qui n’obtiennent pas leur diplôme. On va donner le temps au ministre de se virer de bord, mais ça devrait être une priorité. Ce n’est pas normal qu’un dossier traîne depuis si longtemps. »













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