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    Des enseignants dénoncent le «tripotage» de notes au primaire et au secondaire

    Des bulletins sont modifiés à l’insu des enseignants, dit la Fédération autonome de l’enseignement

    Il arrive que les directions d’école demandent à des enseignants d’augmenter la note d’un ou de plusieurs élèves.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Il arrive que les directions d’école demandent à des enseignants d’augmenter la note d’un ou de plusieurs élèves.

    Près de la moitié des enseignants du primaire et du secondaire ayant répondu à un questionnaire syndical affirment que des résultats inscrits aux bulletins de leurs élèves ont été modifiés sans leur accord.

     

    Quelque 47 % des répondants à un sondage interne de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) indiquent que des notes attribuées à leurs élèves ont été changées à leur insu depuis la rentrée scolaire de septembre 2015. Ce résultat « troublant » fait dire à la FAE que les gestionnaires de l’éducation « tripotent » les résultats d’examen pour gonfler artificiellement le taux de réussite des élèves.

     

    « L’évaluation des élèves au Québec, c’est un grand mensonge », dit au Devoir Sylvain Mallette, président de la FAE, qui représente 34 000 enseignants dans 10 commissions scolaires (Montréal, Laval, Outaouais, Granby, Haute-Yamaska, Basses-Laurentides et Montérégie).

     

    « Le ministère de l’Éducation, les commissions scolaires et les directions d’école fixent des cibles de réussite. Si les élèves ont des résultats en deçà des cibles fixées, les enseignants sont rencontrés pour augmenter les notes. On le dit depuis longtemps et ça se confirme », ajoute Sylvain Mallette.

     

    Le questionnaire a été diffusé entre le 6 et le 26 février 2017 auprès des membres de la FAE ; 632 enseignants (66 % du primaire et 34 % du secondaire) ont répondu à la consultation menée en ligne. Seuls les enseignants qui ont administré une épreuve ministérielle en juin 2016 pouvaient répondre.

     

    Un enseignant sur cinq (20 %) affirme s’être fait demander de modifier des résultats (à une épreuve ou au bulletin) d’un ou de plusieurs de ses élèves. Selon ce que rapportent les enseignants, les motifs invoqués pour justifier ces demandes sont les suivants :

    • pour donner une chance aux élèves (48 %) ;
    • pour améliorer le taux de réussite ou atteindre les cibles de réussite fixées (28 %) ;
    • pour arrondir les résultats (23 %).
     

    Pour la FAE, ces faits confirment les effets pervers de la gestion du système scolaire par résultats. Le ministère, les commissions scolaires et les directions d’école cherchent à gonfler les résultats des examens ministériels pour démontrer que les élèves « réussissent » bien.

     

    Le ministre préoccupé

     

    Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a évoqué cette consultation de la FAE, jeudi en commission parlementaire à Québec. Il a reconnu être préoccupé par les échos qu’il a eus du questionnaire. « Je souhaite que des vérifications soient faites très rapidement » au ministère au sujet de l’évaluation des élèves, a-t-il dit.

     

    Des éléments bien connus de la Loi sur l’instruction publique peuvent expliquer les modifications apportées aux notes des élèves, estime le ministre. Il a rappelé que le ministère fait la « conversion » et la « modération » des notes aux épreuves ministérielles pour s’assurer que les résultats sont équitables d’une école à l’autre ou d’une classe à l’autre.

     

    « Les notes finales obtenues pour les matières associées à des épreuves uniques tiennent compte, en général, du résultat inscrit au bulletin scolaire et de celui obtenu aux épreuves uniques. Un traitement statistique de ces notes est effectué par le ministère. Il s’agit plus précisément de la conversion des notes obtenues aux épreuves uniques et de la modération des notes fournies par les écoles », indique le guide de sanction des études, cité par le ministre.

     

    « Ces deux pratiques ont comme seul objectif de rendre l’évaluation équitable pour tous les élèves. Depuis 2004, la note finale d’un élève ne peut être inférieure à la note obtenue à l’épreuve unique, compte tenu des principes mis en avant dans la Politique d’évaluation des apprentissages. Il s’agit d’éviter qu’un quelconque préjudice soit causé aux élèves ayant démontré une maîtrise suffisante de leurs apprentissages à la suite d’une épreuve unique. »

     

    Le ministre Proulx a aussi rappelé que les notes de 58 % ou de 59 % sont portées à 60 % — la note de passage — en vertu des règles du ministère.

     

    À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), on indique que les cibles de réussite sont fixées par les écoles elles-mêmes. « En aucun cas on n’oblige les directions d’école à atteindre des cibles. C’est à chaque école à atteindre sa cible », dit Marc Prescott, responsable de l’organisation scolaire à la CSDM.













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