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    Bilan mitigé pour le projet-pilote sur l'éducation sexuelle

    26 avril 2017 |Marco Fortier | Éducation
    Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a décidé la semaine dernière de retarder l’implantation du programme dans toutes les écoles.
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a décidé la semaine dernière de retarder l’implantation du programme dans toutes les écoles.

    Improvisation, retards, malaises au sujet du contenu pédagogique : une série de difficultés a marqué la première année du projet-pilote d’éducation à la sexualité dans 18 écoles primaires et secondaires du Québec, révèle un bilan obtenu par Le Devoir.

     

    Ce projet-pilote a été lancé à la rentrée scolaire de l’automne 2015, en pleine période de négociation (et de moyens de pression) entre les employés de l’État et le gouvernement, note le document de 88 pages classé « confidentiel ». La formation des enseignants et la livraison du matériel pédagogique ont été retardées. Cela a entraîné le report ou même l’annulation de certains apprentissages en classe, indique le bilan de l’an 1 du projet-pilote, préparé par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES).

     

    Questionnaire

     

    Pour dresser ce bilan (daté du 20 avril 2017), le ministère a envoyé un questionnaire à tous les enseignants, tous les professionnels, toutes les directions d’école et tous les responsables de commission scolaire qui prennent part au projet-pilote de deux ans. Le faible taux de réponse, notamment auprès des directions d’école — aucune école privée n’a répondu au questionnaire —, incite les analystes du MEES à recommander la « prudence » dans l’interprétation des résultats.

     

    Dix-huit écoles ont été choisies pour participer à ce programme amélioré d’éducation à la sexualité, qui s’étend sur toute la durée des études primaires et secondaires. Devant les difficultés qui s’accumulaient, une école s’est retirée du projet-pilote.

     

    Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a décidé la semaine dernière de retarder l’implantation du programme dans toutes les écoles, laquelle implantation était envisagée pour la rentrée de l’automne prochain. Des écoles s’ajouteront en septembre, mais cette nouvelle version de l’éducation à la sexualité ne deviendra pas obligatoire dans tout le réseau.

     

    Des contenus qui dérangent

     

    Des ajustements doivent prendre place pour la suite du programme, note le bilan de la première année du projet-pilote (2015-2016).

     

    « Globalement, les directions d’écoles primaires et, surtout, les directions d’écoles secondaires étaient peu à l’aise avec le contenu des apprentissages en éducation à la sexualité », indique le document.

     

    La formation sur les agressions sexuelles — en première, en troisième et en cinquième année du primaire — provoque un malaise chez la plupart des intervenants, y compris chez les enseignants. L’apprentissage intitulé Globalité de la sexualité (enseigné au primaire et au secondaire) suscite aussi un questionnement, tout comme des éléments du programme secondaire : vie affective et amoureuse, agir sexuel, violence sexuelle, infections transmissibles sexuellement et par le sang, ainsi que grossesse.

     

    Certaines écoles ont omis d’enseigner ces contenus aux élèves parce qu’elles manquaient de personnel compétent. Les enseignants sont mal préparés pour aborder ces enjeux délicats en classe. Les deux tiers des enseignants du primaire et la moitié de ceux du secondaire qui participent au projet-pilote n’ont aucune formation en sexologie (à part les sessions offertes par le MEES, les commissions scolaires ou les directions d’école), note le bilan.

     

    Apprentissages inégaux

     

    Ces « apprentissages » en éducation à la sexualité ne sont pas une matière en bonne et due forme. Il s’agit de « contenus » à transmettre au moment choisi par les enseignants ou par les directions d’école. Les participants au projet-pilote ont choisi d’intégrer ces notions dans les cours de français, de mathématiques, d’éthique et culture religieuse ou encore de sciences et technologie, révèle le rapport.

     

    Ces apprentissages en sexualité doivent atteindre 5 heures par année au primaire et 15 heures au secondaire, mais des variations importantes sont survenues entre les écoles participantes.

     

    Aussi, « des écoles ont développé du matériel pédagogique complémentaire parce que les canevas pédagogiques [fournis par le ministère pour le projet-pilote] ne répondaient pas entièrement à leurs besoins », indique le bilan.

     

    « Le souhait que le MEES produise des activités “clé en main” a été clairement exprimé, comme celui d’avoir accès à un matériel en langue anglaise. Comme la production de matériel didactique ne fait pas partie de la mission du MEES, ce résultat est surprenant », poursuit le document.

     

    Improvisation

     

    Des retards sont survenus dans la livraison du matériel pédagogique. Mais ces « canevas » pédagogiques répondaient généralement bien aux besoins des enseignants lorsqu’ils devenaient accessibles, note le bilan.

     

    L’identité de la personne qui livre l’éducation à la sexualité est laissée à la discrétion des directions d’école. La majorité de ces « animateurs » (des animatrices, en fait) sont des enseignantes, parfois appuyées par des psychoéducateurs, des travailleurs sociaux ou des psychologues.

     

    « Bien que, collectivement, toute l’équipe soit volontaire pour participer au projet-pilote, quand est venu le temps de s’impliquer individuellement, personne n’a voulu s’impliquer », dit un cadre scolaire dans le bilan.

     

    La majorité des « animatrices » au primaire ont été désignées par les directions d’école, souligne le rapport. Au secondaire, elles avaient plutôt manifesté de l’intérêt pour cette tâche délicate. La tâche pouvait même devenir ingrate : les enseignantes ont dû « improviser, en quelque sorte », à cause des retards dans la planification des apprentissages et dans la livraison de certains canevas, note le bilan.

     

    Les écoles ont « manqué de temps et de ressources financières pour la planification des apprentissages et l’appropriation du contenu ». Il faut libérer les enseignants pour les former. Le MEES a prévu des budgets pour embaucher des suppléants pendant la formation, mais l’existence de ces fonds était méconnue, indique le document.













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