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    Un nombre inhabituel de programmes suspendus dans les cégeps

    Le déficit d’inscriptions plombe particulièrement les sciences humaines

    24 avril 2017 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Pour une cinquième année, le cégep de Saint-Félicien n’offrira pas son programme en transformation des produits forestiers par manque d’inscriptions.
    Photo: iStock Pour une cinquième année, le cégep de Saint-Félicien n’offrira pas son programme en transformation des produits forestiers par manque d’inscriptions.

    Faute d’inscriptions, un nombre anormalement élevé de programmes seront suspendus dans plusieurs cégeps du Québec dès l’automne prochain. Alors que les techniques et les programmes préuniversitaires en sciences ont le vent dans les voiles, ce sont les programmes en arts, lettres et sciences humaines qui, pour l’heure, semblent écoper.

     

    En tout, une dizaine de programmes ne seront pas enseignés en 2017-2018, faute d’étudiants. « C’est rare que ça arrive. Mais cette année, c’est un peu plus que d’habitude », souligne Geneviève Lapointe, du Service régional d’admission du Montréal métropolitain (SRAM). Au-delà de la baisse démographique, les experts du réseau collégial expliquent ce phénomène par l’attractivité variable des programmes, la difficulté d’en faire la promotion et la forte concurrence.

     

    Parmi les 35 cégeps du SRAM, sept programmes seront suspendus, dont quelques techniques en transport, tourisme et hôtellerie et communication graphique. Mais conformément à la tendance, les programmes préuniversitaires qui ne sont pas en sciences pures ou de la santé ont moins la cote, selon les données au premier tour. C’est d’ailleurs en sciences humaines, tous profils confondus, qu’on note la plus grande baisse de demandes d’admission (3,6 %), y compris dans les cégeps anglophones.

    -3,6%
    La baisse des demandes d’admission dans les programmes de sciences humaines en 2017-2018, tous profils confondus
     

    Deux suspensions à Rosemont

     

    Après que le Collège Bois-de-Boulogne a suspendu Arts, lettres et communications, au tour du Collège Rosemont de fermer deux de ses programmes, soit Histoire et civilisation et Sciences humaines profil Enjeux et défis. « Ça nous arrive très rarement, mais maintenant, c’est clair qu’on comprend qu’il y a une baisse de demandes d’admission dans les programmes préuniversitaires en sciences humaines », explique Stéphane Godbout, directeur général du Collège. Cette nouvelle désaffection pour les sciences humaines sera suivie de près, affirme-t-il.

     

    Histoire et civilisation est un petit programme de niche qui n’attire jamais un très grand nombre d’étudiants et est plus que jamais en perte de vitesse. Les 11 cégeps du SRAM qui l’offrent ont reçu 374 demandes l’an dernier, contrairement à 310 cette année. Quant au profil Enjeux et défis du programme de sciences humaines, il n’a jamais été très populaire à Rosemont. « Nos demandes d’admission se sont déplacées dans les nouveaux profils créés l’an dernier quand on a revu notre programme », précise M. Godbout. Le profil « à la carte » offre une flexibilité très prisée par les étudiants.

     

    Les raisons de la baisse

     

    Au-delà de la décroissance démographique, la multiplication des profils et des programmes — moins coûteux à mettre sur pied que les techniques — entraîne une forte concurrence dans le secteur préuniversitaire et parfois même à l’interne, analyse Sébastien Despelteau, enseignant au Collège Marie-Victorin et président du Réseau des sciences humaines des collèges du Québec. Et lorsqu’une baisse d’inscriptions survient, ces programmes sont les premiers à en subir les conséquences.

     

    Pour M. Despelteau, dire qu’il y a dévalorisation des sciences humaines est un peu fort, mais il admet qu’elles doivent lutter contre un discours dominant qui privilégie les formations pratiques donnant un accès rapide au marché du travail et à des emplois payants. « Je le vois dans les portes ouvertes, la pression est toujours là, surtout des parents, pour les formations avec des maths et des sciences. »

     

    Selon lui, la décision du gouvernement de retrancher la moitié des heures du cours Monde contemporain à l’école secondaire pour y introduire de l’éducation financière envoie un curieux message à propos des sciences humaines. « On peut bien parler d’endettement et d’épargne, mais il faut le faire dans une perspective de sciences politiques, de sociologie, etc., et ce n’est pas ce qu’est en train de faire le gouvernement à mon avis. »

     

    Et les régions ?

     

    Dans l’est du Québec, au moins trois programmes sont suspendus. À Thetford Mines, la Technique d’électronique industrielle n’ouvrira pas cet automne tandis qu’aux cégeps de Saint-Félicien et de Gaspésie-les-Îles-de-la-Madeleine, c’est respectivement la Technique de transformation des produits forestiers et la Technique d’éducation à l’enfance qui vont fermer, faute d’étudiants. « C’est rare, ça fait dix ans que je suis en poste ici et c’est arrivé peut-être une fois », souligne Marc Viens, directeur général du Service régional d’admission de Québec.

     

    Selon lui, cela s’explique par le déficit démographique en région et le manque d’attractivité de certains programmes. « En foresterie, il y a eu une campagne de peur il y a quelques années disant qu’il n’y aurait plus de jobs dans ce domaine. On a vu les admissions baisser », dit M. Viens.

     

    Gilles Lapointe, le directeur du cégep de Saint-Félicien, en sait quelque chose. Cela fait cinq ans qu’il n’arrive pas à offrir son programme en transformation des produits forestiers. « Les gens pensent qu’ils vont travailler dans un milieu poussiéreux et bruyant. Mais ils méconnaissent l’évolution technologique dans ce domaine. »

     

    Et les sciences humaines dans tout ça ? « Le programme Sciences, lettres et arts, on l’a suspendu trois fois au cours des sept dernières années. Il y a une perte d’intérêt. Il faut dire que c’est un programme très exigeant, soutient-il. Nos petits volumes d’étudiants nous conditionnent à être toujours alertes et innovants. »













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