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    Contre le prosélytisme religieux à l’Université Laval

    22 avril 2017 | Claude Simard - Professeur retraité de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval | Éducation

    La Faculté de théologie et des sciences religieuses de l’Université Laval vient de se doter d’une nouvelle chaire en « missiologie protestante évangélique ». Cette chaire a été rendue possible grâce à une allocation de 420 000 $ versée par des donateurs évangéliques du Canada et des États-Unis. Un poste de professeur a été créé relativement à cette nouvelle chaire. Au terme de cinq ans, l’Université financera complètement ce poste. La Faculté offrait déjà un cours de missiologie (THL-2301) depuis plusieurs années.

     

    Pour ce projet, les collecteurs de fonds se sont tournés vers la communauté évangélique, sans doute à cause du succès impressionnant de son activité missionnaire. En effet, le protestantisme évangélique est, avec l’islam, la confession qui croît le plus dans le monde d’aujourd’hui, particulièrement en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie.

     

    Mais qu’est-ce donc que la « missiologie » ? Ce néologisme aux allures savantes est censé désigner la partie de la théologie qui s’intéresse à l’activité missionnaire des églises. Il pourrait s’agir d’une discipline proprement universitaire si le phénomène des missions était étudié d’un point de vue non partisan et critique, sans finalité prosélytique, sous un angle strictement historique, sociologique, anthropologique, philosophique ou communicationnel, ce qui n’est manifestement pas le cas de cette chaire.

     

    Dans le document facultaire qui la présente, dans l’article du Fil du 30 mars 2017 qui en annonce la création tout comme dans l’offre d’emploi décrivant le poste de professeur, on met l’accent sur le caractère appliqué de la missiologie en soulignant sa contribution à l’amélioration des moyens de propagation de la foi. Si des sciences telles que l’histoire, la sociologie ou l’anthropologie sont convoquées, c’est dans le but avoué que les connaissances issues des apports de ces disciplines puissent faciliter « la rencontre entre foi et culture ». Comme le confesse lui-même le doyen de la Faculté : « Pour le Québec, société à modernité avancée, quelles sont les voies permettant d’annoncer l’Évangile ? La chaire permettra d’en faire l’exploration » ; en clair, la chaire servira à découvrir les meilleures stratégies pour rechristianiser le Québec. Le détenteur de la chaire devra maîtriser les « méthodes en théologie pratique », posséder une « expérience sur le terrain et dans le domaine de l’activité missionnaire en milieu évangélique », avoir une « bonne connaissance des milieux et terrains d’intervention et des réseaux des Églises évangéliques » ; en clair, il devra être un missionnaire aguerri. La chaire servira notamment à « former des missiologues, des praticiens et des communautés missionnaires aptes à faire face aux défis que comporte la proposition de l’Évangile dans le monde contemporain » ; en clair, la chaire formera pour les églises de bons agents de propagation de la foi.

     

    Pas sa place à l’université

     

    L’université a comme tâche essentielle de faire avancer le savoir sur les divers phénomènes naturels et humains selon les principes de la rationalité et de l’objectivité. Elle n’a absolument pas à soutenir l’entreprise d’endoctrinement qu’est l’activité missionnaire des églises. Équivalent d’une cellule d’enrôlement religieux vouée à la mise au point de techniques de conversion et à la formation de prêcheurs, cette chaire n’a absolument pas sa place à l’université. Si on tentait de mettre sur pied un programme d’enseignement et de recherche similaire pour un mouvement politique, une mer d’opposants se lèverait aussitôt pour l’empêcher au nom de l’indépendance de la pensée scientifique à la base de l’université. Il faut croire que la spiritualité dont se réclament les religions jouit d’un préjugé favorable assez puissant pour anesthésier le sens critique des universitaires eux-mêmes.

     

    Car ce qui est à la fois étonnant et consternant, c’est que cette chaire soit passée sans aucune contestation sur le campus. La communauté universitaire semble souffrir d’apathie. Recroquevillés dans leur petite bulle de spécialité, les étudiants comme les professeurs restent aujourd’hui indifférents et silencieux devant des sujets indéfendables tels que cette chaire de propagande religieuse installée officiellement au sein de leur propre université. Reposant sur le rationalisme et non sur la croyance, l’université n’était-elle pas une institution où la laïcité doit faire l’objet d’un soutien sans faille ? Malheureusement, même à l’occasion de la présente course au rectorat, cette question fondamentale n’est jamais soulevée comme si on craignait d’ouvrir une boîte de Pandore.

     

    Ce retour en force du religieux à l’université signifie qu’elle renonce à l’héritage des Lumières et retourne au Moyen Âge pour redevenir un lieu favorisant autant le croire que le savoir. À force de chercher à obtenir coûte que coûte des dons d’intérêts privés de toutes natures, elle n’hésite plus, par vénalité, à capituler avec sa conscience.

     

    Selon le beau principe du « dialogue interreligieux » clamé par la Faculté de théologie et des sciences religieuses, il conviendrait d’implanter une autre chaire en missiologie, en l’occurrence musulmane, afin de tenir compte de la deuxième religion du monde. Les donateurs ne manqueraient pas : l’Université Laval pourrait entre autres solliciter la générosité de la richissime théocratie islamique de l’Arabie saoudite, qui, experte en missiologie musulmane, a réussi à répandre, en l’espace d’à peine quarante ans, l’islam wahhabite à travers la planète. Il serait fort utile pour les catholiques en déclin de mieux connaître les stratégies de diffusion de cette autre religion abrahamique et de s’en inspirer pour leur grand dessein de réévangéliser le Québec. Le dialogue interreligieux connaîtrait ainsi un progrès décisif en faisant voler Allah au secours de Jésus-Christ.













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