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    Lab-école, un projet qui fait des vagues

    4 avril 2017 | Gérald Boutin - Professeur associé, UQAM | Éducation
    «La vraie question qu’il importe de se poser, que l’on soit enseignant, parent, ou simple citoyen, est la suivante: quelle école voulons-nous?», questionne l'auteur. 
    Photo: iStock «La vraie question qu’il importe de se poser, que l’on soit enseignant, parent, ou simple citoyen, est la suivante: quelle école voulons-nous?», questionne l'auteur. 

    La décision d’accorder un budget de 1,5 million de dollars par année — sur cinq ans — pour un projet au titre accrocheur de « Lab-école » n’a pas fini de faire des vagues — à preuve, les nombreuses réactions qu’il suscite ! Les enseignants montent au créneau, se disant, à juste titre, « mis à l’écart d’une démarche qui les concerne au premier chef ». Le ministre de l’Éducation insiste et refuse de remettre en question sa décision de soutenir les trois promoteurs bien connus des médias, mais sans expertise reconnue dans le champ de l’éducation, du moins à ce l’on sache. Voilà où l’on en est ! Alors que les commissions scolaires « grattent le fond de leurs tiroirs » pour trouver l’argent nécessaire à leur fonctionnement, que les enfants en difficulté sont privés de ressources nécessaires pour se développer, le gouvernement québécois trouve le moyen de consacrer une somme considérable à une opération qui a tout du marketing.

     

    Les heureux gagnants, trois personnalités publiques, se voient chargés par le ministère de l’Éducation de « développer les concepts des écoles québécoises du futur, de concevoir un milieu de vie sain qui donne aux enfants le goût d’apprendre ». L’école deviendra, selon le désir du ministre de l’Éducation, « un lieu de partage et de création ». C’est là une bonne intention que tout le monde partage. Faut-il rappeler cependant que cette « nouvelle école », si l’on peut dire, ne saurait s’édifier uniquement sur la base de la socialisation des jeunes et de leur bien-être matériel ? Il faut aussi leur donner l’occasion de développer leur intelligence, une vraie soif d’apprendre, un goût de l’effort. La préparation des jeunes à l’avenir qui les attend doit passer par là.

     

    « Quelle école voulons-nous » ?

     

    Ces éléments capitaux de la formation sont laissés pour compte par les responsables du projet chargés d’une mission plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. L’édification de l’école de l’avenir devrait commencer par une analyse approfondie de l’école actuelle. Elle requiert une mise en commun des visées des agents de l’éducation, enseignants, chercheurs du champ scolaire, des gestionnaires et, bien sûr, des parents. Le projet dont il est question ne nous permettra pas de faire l’économie d’une réflexion de fond sur ce que nous attendons de l’école d’aujourd’hui après toutes les dérives d’une réforme dont les bases laissent toujours à désirer.

    Avant de réinventer l’école, il faudrait lui permettre d’accomplir sa mission

    La vraie question qu’il importe de se poser, que l’on soit enseignant, parent, ou simple citoyen, est la suivante : quelle école voulons-nous ? La dernière réforme québécoise faisait déjà le procès de l’école, dite traditionnelle, qui mettait trop l’accent sur la transmission des savoirs et proposait une autre école qui, elle, se réclamait de la centration sur l’élève avec les résultats que l’on connaît : retard scolaire, augmentation du nombre des élèves en difficulté d’apprentissage et d’adaptation, etc. Depuis des années, une pensée unique s’inscrit dans le cerveau des décideurs scolaires, celle de l’approche par compétences (APC). Plusieurs analyses démontrent les limites de cette approche, notamment en ce qui concerne les élèves en difficulté. Et pourtant, elle n’a été que vaguement revue et corrigée ! Mais que fait-on pour rectifier le tir ? Ce serait, il faut en convenir, la meilleure façon de s’assurer de la réussite des élèves, tous niveaux scolaires confondus.

     

    Revenir aux fondements, réviser les théories à la base des programmes d’enseignement, prendre en considération les conditions de la fonction enseignante, la formation des futurs enseignants, etc. Les moyens pour y arriver sont bien connus, mais encore faut-il se donner la peine d’y recourir à bon escient. Viser la réussite scolaire est un objectif très noble, mais encore faut-il s’appuyer sur une réflexion en profondeur. Avant de vouloir « réinventer l’école », il faudrait se donner la peine de la connaître telle qu’est actuellement, et lui permettre d’accomplir sa mission ! L’idée de se projeter dans l’avenir peut colmater pour un temps les difficultés du présent, mais ce n’est qu’un leurre ! L’OCDE et bien d’autres organismes ont proposé différents scénarios de l’école du futur tout en avouant que ces projections laissaient place à beaucoup d’imprévus. Comme l’écrivait Hannah Arendt, cette célèbre philosophe qui avait beaucoup réfléchi sur l’éducation, étant elle-même enseignante, « personne ne peut se porter garant de l’avenir ».













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