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    Démission d’Andrew Potter

    Où est le scandale?

    Brian Myles
    28 mars 2017 |Brian Myles | Éducation | Éditoriaux

    Il est tout de même curieux d’entendre ceux qui défendent le professeur Andrew Potter — qui a démissionné dans la disgrâce de son poste de directeur de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill, en raison d’un texte plutôt grossier sur le soi-disant manque de solidarité et l’aliénation sociale des Québécois mis en relief par la tempête du 14 mars dernier.

     

    Le magazine Maclean’s publie à l’occasion des histoires mal ficelées sur les tares du Québec, qualifié en 2010 de province la plus corrompue du Canada. Jusqu’ici, rien pour fouetter un chat. La liberté d’expression englobe aussi la liberté de critiquer, de caricaturer, de grossir le trait jusqu’à l’exagération et même de verser dans les stéréotypes les plus désolants. Des commentateurs un peu bouffons le font tous les jours, au Québec ou ailleurs. Sauf que le professeur Potter ne s’exprimait pas à titre personnel, mais bien comme directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill. Ce faisant, il engageait la réputation de l’Institut avec son propos délirant.

     

    Il s’en trouve malgré tout pour pleurer sur le sort du pauvre professeur Potter, alors que celui-ci a concédé indirectement, en démissionnant, qu’il avait gaspillé trop de «capital de sympathie» dans cette controverse pour continuer à présider aux destinées de l’Institut. Il restera rattaché à McGill comme professeur, pour un contrat de trois ans.

     

    Désolé de crever la bulle des professeurs et des commentateurs qui crient à la censure, au crime de lèse-liberté académique et même au réflexe tribal d’un Québec encore trop tissé serré, mais leurs arguments ne font pas très sérieux. Parmi les objectifs fixés par l’Institut figurent la promotion d’une meilleure compréhension de l’avenir social, politique et économique du Canada, de même que l’exploration des bienfaits d’une société pluraliste.

     

    Les critiques ont vite évacué la question centrale dans cette affaire, à savoir : Andrew Potter avait-il encore le jugement, la crédibilité et le recul nécessaires pour diriger un institut voué à une meilleure compréhension du Canada ? Bien sûr que non, à moins de considérer que les généralisations grossières sur le Québec aident à la connaissance du Canada moderne. La rectrice de McGill, Suzanne Fortier, s’est faite bien rare dans les médias francophones. Dans le Globe and Mail, elle a rappelé à juste titre que le rôle de l’Institut n’est pas de provoquer mais de faire la promotion de bonnes conversations.

     

    Andrew Potter a payé cher pour son erreur de jugement, mais il y a des limites à la condamnation de son propos. Il a droit à une deuxième chance dans son rôle de professeur à McGill avec le plein respect de sa liberté académique. Si ce rôle lui paraît trop étroit, il y aura toujours une tribune pour lui dans les médias en manque de polémistes.













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