Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Éducation des adultes

    De plus en plus d’adultes en difficulté, des enseignants démunis

    18 mars 2017 | Martine Letarte - Collaboration spéciale | Éducation
    «Pourquoi tous ces jeunes quittent-ils l’école avant d’obtenir leur diplôme pour poursuivre leur parcours à l’éducation des adultes? Leur place ne serait-elle pas plutôt à l’école secondaire? Est-ce que l’école secondaire fait bien son travail?» s’interroge Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la FAE.
    Photo: Annik MH De Carufel Le devoir «Pourquoi tous ces jeunes quittent-ils l’école avant d’obtenir leur diplôme pour poursuivre leur parcours à l’éducation des adultes? Leur place ne serait-elle pas plutôt à l’école secondaire? Est-ce que l’école secondaire fait bien son travail?» s’interroge Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la FAE.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Alors que de plus en plus de personnes de 16 à 20 ans fréquentent des centres d’éducation des adultes, les cas de difficultés d’apprentissage et de troubles d’adaptation sont plus fréquents dans les classes. Or, les professionnels qui pourraient aider cette clientèle sont généralement peu présents dans les centres d’éducation des adultes. Une situation qui n’est pas sans complexifier la tâche des enseignants et inquiéter la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

     

    « Dans certains de nos milieux de travail, notamment à Vaudreuil-Soulanges, c’est presque 50 % des classes à l’éducation des adultes qui sont composées de gens de 16 à 20 ans », constate Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la FAE.

     

    Dans la province, la moyenne pour cette tranche d’âge dans les centres se situe plutôt autour du tiers de la clientèle.

     

    « Les enseignants se retrouvent ainsi avec beaucoup de jeunes dans leur classe qui quittent l’école secondaire avant d’obtenir leur diplôme pour se retrouver rapidement à l’éducation des adultes avec toutes sortes de préjugés, par exemple, que ce sera plus facile et qu’ils pourront faire ce qu’ils veulent », raconte Nathalie Morel.

     

    D’abord, ce changement de clientèle suscite des questions à ses yeux.

     

    « Pourquoi tous ces jeunes quittent-ils l’école avant d’obtenir leur diplôme pour poursuivre leur parcours à l’éducation des adultes ? Leur place ne serait-elle pas plutôt à l’école secondaire ? Est-ce que l’école secondaire fait bien son travail ? »

     

    En outre, plusieurs de ces jeunes ont des problèmes d’adaptation et des difficultés d’apprentissage.

     

    « On voit beaucoup de dyslexie, des problèmes psychosociaux, comme de la toxicomanie et de l’anxiété, énumère Mme Morel. Ce sont les mêmes enjeux qu’on retrouve dans le secteur des jeunes finalement. »

     

    Des réalités bien différentes de la clientèle plus traditionnelle de ces centres composée de personnes qui ont arrêté l’école il y a plusieurs années.

     

    « Ces gens prennent leur courage à deux mains pour retourner sur les bancs d’école, explique Mme Morel. Parce qu’ils se sentent limités et veulent parfaire leur formation, ou arriver à aider leurs enfants dans leurs devoirs. Leurs besoins sont bien différents de ceux des jeunes de 16 à 20 ans. »

     

    Manque de ressources

     

    En plus de cette dichotomie vécue dans les classes, les centres d’éducation des adultes n’ont pas les ressources des écoles secondaires pour répondre aux besoins particuliers de cette clientèle.

     

    « Ils n’ont généralement pas d’orthopédagogues, d’orthophonistes, ni de psychologues, affirme Nathalie Morel. Et, les enseignants ne sont pas formés en adaptation scolaire, alors ils sont démunis devant ces problématiques complexes. »

     

    De plus, le plan d’intervention des élèves avec des difficultés d’apprentissage et différents troubles utilisés dans les écoles secondaires ne les suit pas automatiquement lorsqu’ils traversent du côté de l’éducation des adultes. Le consentement du jeune est obligatoire.

     

    « Mais plusieurs n’ont pas envie que tout ce qui est inscrit là-dedans les suive, affirme Mme Morel. C’est un obstacle de plus pour les enseignants. »

     

    Des adultes en zone grise

     

    Les centres d’éducation des adultes sont aussi aux prises avec une réalité fort différente des écoles secondaires par rapport aux élèves avec des besoins particuliers. L’article 1 de la Loi sur l’instruction publique garantit le droit aux services d’enseignement jusqu’à 18 ans, ou 21 ans dans le cas d’une personne handicapée.

     

    « Alors, est-ce que les montants alloués aux adultes en difficulté sont réservés uniquement aux adultes jusqu’à 18 et 21 ans ? questionne Mme Morel. Qu’arrive-t-il après ? Nous sommes dans une zone grise parce que la scolarisation n’est plus obligatoire. »

     

    On conseille d’ailleurs aux enseignants de l’éducation des adultes, face à des difficultés persistantes chez un étudiant, de lui recommander de consulter un organisme en santé et services sociaux.

     

    « C’est dans leur contrat de travail, affirme Mme Morel. Or, ces organismes, ce sont des groupes communautaires et des CLSC qui, eux aussi, manquent de ressources. Et, on ne peut pas dire à la clientèle des centres d’éducation des adultes, généralement démunie, de consulter des professionnels dans le privé. Alors, les enseignants ne savent pas quoi faire. Il faut s’occuper de ces gens. »

     

    Quelques progrès

     

    Des mesures budgétaires ont tout de même été mises en place ces dernières années pour aider les adultes en difficultés.

     

    Les commissions scolaires reçoivent depuis près de 10 ans une somme annuelle pour fournir de l’aide pour les gens en formation professionnelle et à l’éducation des adultes.

     

    « Par contre, il y a un grand flou sur la façon dont peuvent être dépensées ces sommes, considérant qu’il y a très peu de professionnels dans ces centres, affirme Mme Morel. De plus, la somme reçue accordée à l’éducation des adultes varie d’une commission scolaire à l’autre. Or, on a tendance à voir davantage de gens en très grande difficulté dans les centres d’éducation des adultes que dans les centres de formation professionnelle où plusieurs programmes ont des cours préalables. Il faudrait une somme dédiée aux centres d’éducation des adultes. »

     

    Depuis peu, une aide supplémentaire pour chaque élève à besoin particulier a aussi été mise en place.

     

    « On fait référence à des conseillers pour les guider dans leur parcours. Mais, est-ce que ce sont les services dont les jeunes ont vraiment besoin ? », se demande Mme Morel.

     

    Les enjeux sont grands, mais des améliorations sont en cours, d’après la FAE.

     

    « Le ministère de l’Éducation est maintenant bien conscient de ce changement de clientèle et des conséquences, affirme Mme Morel. On étudie les enjeux, mais on ne va pas assez rapidement encore vers un meilleur accès aux ressources pour répondre aux besoins. »

     

    La FAE regroupe huit syndicats qui représentent 34 000 enseignants, soit le tiers du personnel enseignant au Québec. Elle est présente dans 10 commissions scolaires à travers la province.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.