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    Taux de diplomation

    Un sérieux coup de barre à donner

    25 février 2017 | Marie-Hélène Alarie - Collaboration spéciale | Éducation
    «Chez les jeunes en difficulté, le taux réel de diplomation est de 28% alors qu’au Massachusetts, il est de 69% et aux États-Unis, globalement, il est de 60%. C’est un véritable scandale quand on pense qu’on dépense 2,3 milliards chaque année pour les élèves en difficulté. On tourne en rond», déplore Égide Royer, professeur associé au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage à l’Université Laval.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir «Chez les jeunes en difficulté, le taux réel de diplomation est de 28% alors qu’au Massachusetts, il est de 69% et aux États-Unis, globalement, il est de 60%. C’est un véritable scandale quand on pense qu’on dépense 2,3 milliards chaque année pour les élèves en difficulté. On tourne en rond», déplore Égide Royer, professeur associé au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage à l’Université Laval.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    Parce que l’éducation est un service public aussi important que les soins de santé, que des interventions précoces auprès de jeunes qui prennent du retard sont une nécessité, que l’excellence en enseignement devrait être valorisée par la société et qu’on attend des adultes qu’ils soient des modèles de persévérance, Égide Royer propose cinq idées importantes pour que le Québec fasse ses classes.


    « Le taux de jeunes qui quittent l’école sans diplôme est de 25 % chez les garçons et de 15 % chez les filles; il y a donc un très sérieux coup de barre à donner », lance Égide Royer, professeur associé au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage à l’Université Laval qui s’intéresse à la réussite scolaire depuis de nombreuses années. C’est en comparant la situation québécoise avec d’autres qu’on constate que la province pourrait vraiment faire mieux : « Chez les jeunes en difficulté, le taux réel de diplomation est de 28 % alors qu’au Massachusetts, il est de 69 % et aux États-Unis, globalement, il est de 60 %. C’est un véritable scandale quand on pense qu’on dépense 2,3 milliards chaque année pour les élèves en difficulté. On tourne en rond », déplore le professeur.

     

    Des idées pour aller de l’avant

     

    « La première chose à faire au Québec, et l’Ontario l’a fait, c’est d’offrir la maternelle dès quatre ans non pas seulement en milieu défavorisé, mais à toutes les familles », affirme Égide Royer. Il est vrai que la proportion de jeunes en difficulté et en retard dans les milieux défavorisés est importante, mais la majorité des jeunes en difficulté de quatre ans ne vivent pas dans ces milieux. « Les meilleurs systèmes éducatifs dans le monde interviennent très tôt », c’est ce qui fait leur succès, observe le professeur, qui ajoute « qu’un dollar investi en prévention permet d’économiser six dollars d’intervention et de rendre les jeunes heureux et de réussir à l’école. »

     

    « Le meilleur moyen de lutter contre la pauvreté demeure l’éducation », affirme tout simplement Égide Royer, qui va jusqu’à affirmer que l’éducation est « transgénérationnelle » : un enfant, même issu d’un milieu difficile, qui réussit à l’école et apprend à lire rapidement a de grandes chances de réussir son secondaire et de s’orienter vers des études collégiales, et « il voudra certainement la même chose pour ses propres enfants. » En d’autres termes, les interventions éducatives influencent plus d’une génération. Toutefois, il faut investir intelligemment en éducation, rappelle le professeur.

     

    « Objectivement, il y a 191 000 élèves en difficulté au Québec, dont 65 % sont des garçons. Si on veut bien comprendre la réussite scolaire, on doit faire une différence entre les garçons et les filles », déclare le psychologue. Mais pas seulement, puisqu’on remarque aussi des disparités importantes entre les anglophones et les francophones, entre le public et le privé et le Québec et l’Ontario. « La majorité des jeunes réussissent, mais un garçon sur trois et une fille sur cinq ne réussiront pas. C’est indécent. » Les écarts sont bien présents, mais ne sont pas nécessairement une fatalité et il est possible de les réduire.

     

    « On attrape les mythes comme on le fait pour le rhume au Québec », lance à la blague notre chercheur en ajoutant très sérieusement qu’« il est urgent de s’appuyer sur les pratiques exemplaires et les données probantes ». Il rappelle qu’il a été recommandé de créer un institut national en éducation indépendant du gouvernement, des partis politiques, des commissions scolaires et des syndicats.

     

    Finalement, le dossier de la santé mentale des enfants est très préoccupant. Et pour cause puisque, selon l’Ordre des psychologues du Québec, il y aurait une surutilisation de la médication et une surmédicalisation générale des conduites et des comportements à l’école. Normalement, on intervient d’abord en classe si un enfant a un problème de comportement, ensuite ce sera le psychoéducateur ou le psychologue et, si l’on a vraiment des signes que l’enfant ne répond pas, c’est par la suite qu’on le dirige vers un médecin. Pourtant, selon Égide Royer, « on se retrouve avec un modèle très médical de l’adaptation scolaire, où ça prend bien souvent un diagnostic pour être capable d’obtenir un financement. Et on se retrouve malheureusement avec des diagnostics qui entraînent une médication ».

     

    Des solutions innovantes

     

    Si des constats s’imposent, il ne faut toutefois pas baisser les bras puisque des solutions s’offrent au système d’éducation québécois. Et Égide Royer en propose quelques-unes. Tout d’abord en ce qui concerne l’intervention précoce. Cette dernière implique d’avoir accès à des services professionnels très tôt, dès la garderie, mais il faut aussi devenir « obsessif au niveau de l’apprentissage de la lecture en première, deuxième et troisième années. C’est fondamental et c’est un des meilleurs prédicteurs qui permettent d’intervenir très rapidement pour les problèmes d’adaptation scolaire et de comportement. » Depuis quelques années, le Québec a fait de grands progrès en lecture et, aujourd’hui, un enseignant dispose d’outils et est beaucoup moins démuni face à un élève en difficulté. Égide Royer souligne aussi l’importance de maintenir un plancher solide et garanti de services professionnels dans les écoles : ergothérapie, psychologie, psychoéducation, orthophonie, service social.

     

    « Présentement, il y a de l’optimisme dans le réseau parce qu’on a vraiment l’impression qu’on a un ministre qui s’occupe du dossier. » Est-il nécessaire de préciser que le coup de barre doit être donné par le gouvernement, car « c’est le reflet de l’importance qu’on accorde à l’éducation au Québec. »

     

    Égide Royer recommande des mesures directement dans les écoles et dans les classes même, mais d’autres actions relèvent de l’organisation et de la structure, et il juge primordiales la maternelle dès l’âge de quatre ans, mais aussi l’école obligatoire jusqu’à 18 ans : « Un ministre de l’Éducation qui aura le courage de le faire, ça serait déjà quelque chose. »

     

    Aimer les enfants, les soutenir et les aider va faire en sorte que 80 % d’entre eux vont réussir, mais les autres ne doivent pas être des laissés-pour-compte : ils doivent bénéficier de services particuliers, non pas dans un but égalitaire, mais dans un but de justice pour tous.













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