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    Éducation

    Poursuivre ses études au collégial, c’est possible

    25 février 2017 | Stéphane Gagné - Collaboration spéciale | Éducation
    «Le rôle des services adaptés est de trouver le ou les bons accommodements qui vont permettre à l’étudiant d’atteindre la compétence exigée», affirme Hélène Savard, coordonnatrice du Centre collégial de soutien à l’intégration.
    Photo: Institut TA «Le rôle des services adaptés est de trouver le ou les bons accommodements qui vont permettre à l’étudiant d’atteindre la compétence exigée», affirme Hélène Savard, coordonnatrice du Centre collégial de soutien à l’intégration.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    Les étudiants aux prises avec des troubles d’apprentissage, aussi appelés étudiants en situation de handicap (ESH), sont en hausse croissante au collégial. Selon les chiffres du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, on en dénombrait 6700 en 2009-2010 et en 2014-2015, ils étaient plus de 24 400 ! Malgré cette présence croissante, plusieurs réussissent, bien soutenus par les services adaptés des cégeps. Une discussion avec Hélène Savard, coordonnatrice du Centre collégial de soutien à l’intégration, nous permet de comprendre pourquoi et comment.

     

    D’abord, chose importante à savoir, il y a quatre types de troubles d’apprentissage. Il y a la dyslexie (trouble de la lecture), la dysorthographie (un dysfonctionnement de l’écriture), la dyscalculie (troubles dans l’apprentissage des mathématiques) et les TDA/H (trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité). L’accroissement rapide du nombre des ESH au collégial est dû à plusieurs facteurs. Mme Savard nous en cite quelques-uns. « On fait un meilleur dépistage au primaire et au secondaire qu’avant, l’information est plus accessible, les ESH sont aujourd’hui mieux acceptés, il y a moins de préjugés et il existe plusieurs organismes qui leur viennent en aide », dit-elle.

     

    Des ESH non diagnostiqués

     

    Mme Savard soutient que les ESH seraient encore en plus grand nombre s’ils étaient tous diagnostiqués. « Nous accueillons les ESH, nous leur offrons du soutien en cours de scolarité, mais nous n’allons pas les chercher, dit-elle. Un étudiant aux prises avec des troubles d’apprentissage non diagnostiqués peut faire toute sa scolarité sans recevoir d’outils qui pourraient l’aider. N’importe quand toutefois, durant ses études, il peut demander à être diagnostiqué et ensuite bénéficier du soutien des services adaptés [le diagnostic est toutefois obligatoire pour bénéficier de ces services]. L’accès à ces services se fait sur une base volontaire. Dans une bonne majorité des établissements, il se fait de la détection et du dépistage pour aider rapidement les étudiants aux prises des troubles d’apprentissage », dit la coordonnatrice.

     

    Il peut y avoir plusieurs raisons expliquant pourquoi un ESH préfère faire sa scolarité en ne déclarant pas ses troubles. « L’étudiant peut ne pas vouloir se différencier de ses camarades ou il croit qu’au cégep, les études seront plus faciles, dit Mme Savard. Et puis, se déclarer avec un handicap n’est pas facile pour certains étudiants, et nous respectons leur choix. »

     

    Des services offerts au cas par cas

     

    Les ESH diagnostiqués ne bénéficient toutefois pas de privilèges au collégial. Ils ne sont pas non plus discriminés ni mis dans un groupe à part. L’approche inclusive est favorisée. Et surtout, pas question de rééduquer l’étudiant. « Au collégial, on ne rééduque pas, dit Mme Savard. On outille les étudiants pour les rendre plus autonomes en leur offrant des accommodements, et les besoins sont évalués au cas par cas. Ainsi, deux étudiants dyslexiques peuvent ne pas avoir les mêmes arrangements. »

    Photo: Institut TA

    Les exemples d’accommodements sont nombreux et variés. « Un étudiant dyslexique n’aura pas en général les cours de français et de philosophie dans la même session, dit Mme Savard. Sans être exempté des lectures obligatoires, il pourrait avoir accès à ces lectures sur support audio et bénéficier ensuite de l’aide d’un tuteur pour vérifier s’il a bien compris ce qu’il a entendu. »

     

    L’étudiant aura donc un plan d’intervention adapté à sa situation. « Le rôle des services adaptés est de trouver le ou les bons accommodements qui vont permettre à l’étudiant d’atteindre la compétence exigée, et cela, en levant les obstacles qui pourraient se présenter sur son chemin, affirme la spécialiste. Cela demande toutefois sa collaboration, car au cégep, l’étudiant est autonome et responsable de son sort. En cas de difficulté, il doit prendre lui-même l’initiative d’aller chercher de l’aide auprès des services adaptés. Or, il arrive parfois que les services ne trouvent pas les moyens qui favoriseront sa réussite. Le personnel des services adaptés doit alors suggérer à l’étudiant de changer de programme et l’assistera dans cette démarche. »

     

    Composer avec le manque de financement

     

    Bien que le gouvernement n’ait pas réduit les budgets alloués aux organismes qui viennent en aide aux ESH, le financement est inférieur à ce qu’il devrait être, reconnaît Mme Savard. « Nous avons toutefois réussi à améliorer les services en utilisant de façon plus optimale les ressources existantes et en innovant », dit-elle. En 2012, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse publiait un rapport contenant 36 recommandations pour améliorer les services offerts aux ESH. Trois ans plus tard, elle publiait un rapport de suivi sur l’application de ses recommandations. « Nous avons eu droit à des commentaires très positifs sur les moyens que nous avons mis en oeuvre pour appliquer ses recommandations », se félicite Mme Savard.

     

    L’approche inclusive en cause

     

    Une des stratégies importantes pour aider les ESH à réussir, selon Mme Savard, consiste à mettre en place l’approche inclusive, soit intégrer ces étudiants dans les classes ordinaires. Or, récemment, les professeurs de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) déploraient que leur employeur veuille inclure dans les classes ordinaires davantage de ESH sans accroître les ressources spécialisées (orthopédagogues, psychologues, etc.) à leur disposition. Mme Savard croit toutefois qu’un bon pédagogue peut avoir du succès avec l’approche inclusive. « Pour y parvenir, il doit adapter sa pédagogie, car les étudiants n’apprennent pas tous de la même façon, dit-elle. Une des façons de faire est d’y aller par petits pas, de prendre une chose à la fois. »

     

    Mme Savard donne un exemple de ce que peut être l’approche inclusive. « Au lieu de ne donner davantage de temps pour les examens qu’aux ESH, on propose que les professeurs fassent des examens plus courts en donnant davantage de temps à tous. Des études ont montré que les étudiants qui n’ont pas besoin de ce temps ne le prendront pas. » Bref, la formule est gagnante pour tout le monde !













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