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    Estime de soi

    Être soi plutôt que parfait

    25 février 2017 | Alice Mariette - Collaboration spéciale | Éducation
    L’écart entre le soi réel et le soi idéal permet de mesurer l’estime de soi. Plus la différence est grande, plus l’estime de soi est petite, et inversement.
    Photo: iStock L’écart entre le soi réel et le soi idéal permet de mesurer l’estime de soi. Plus la différence est grande, plus l’estime de soi est petite, et inversement.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    Développer l’estime de soi est une étape importante du cheminement vers l’âge adulte. Si l’entourage a un rôle à jouer, la psychoéducatrice Stéphanie Deslauriers pense que l’enfant doit cependant rester l’acteur principal.


    « Un enfant doit se rendre compte qu’être imparfait, c’est loin d’être la fin du monde, lance Stéphanie Deslauriers, psychoéducatrice et auteure du livre Attention : estime de soi en construction. Il doit réaliser que ce qu’on lui demande n’est pas d’être parfait, mais d’être lui-même et de s’apprécier dans son imperfection. » Celle qui donnera la conférence intitulée « La discipline positive : en route vers une bonne estime de soi » lors du 42e congrès de l’Institut des troubles d’apprentissage insiste sur l’importance de l’estime personnelle.

     

    « L’estime de soi est l’évaluation que l’on va faire de soi-même, explique-t-elle. Donc c’est très subjectif. » C’est l’écart entre le soi réel (la façon dont la personne se voit actuellement) et le soi idéal (comment elle aimerait être) qui permet de la mesurer. Plus la différence est grande, plus l’estime de soi va être petite, et inversement.

     

    Bien se connaître

     

    Pour savoir si l’enfant a une bonne estime de lui-même, la psychoéducatrice analyse son comportement selon trois pôles : sa réussite scolaire, sa popularité, ainsi que son apparence et ses capacités physiques. Toutefois, dans certains cas, une personne extérieure peut penser qu’un enfant est performant selon ces critères, alors que, pour lui, cela ne sera pas suffisant. « Cela va dépendre des attentes qu’il y a à la maison ou dans son milieu, ou encore de la moyenne, car les jeunes se comparent beaucoup », note Mme Deslauriers.

     

    Elle mentionne quelques indices permettant de déterminer quelle estime l’enfant a de lui-même. Est-il capable de nommer des qualités, de reconnaître ses limites sans les voir comme des faiblesses ? Accepte-t-il les compliments, mais aussi les commentaires négatifs ? De plus, elle va observer s’il aime essayer de nouvelles choses, s’il est capable d’aller demander de l’aide, s’il voit les défis comme quelque chose de stimulant ou si, en cas de moment difficile, il pense être capable de dépasser cela, soit par lui-même, soit en allant chercher du soutien. « Quand recevoir des compliments, des plaintes, donner son opinion, s’exprimer ou encore s’affirmer est difficile, cela peut vouloir dire que l’estime personnelle est faible », précise-t-elle.

     

    Le rôle de l’entourage

     

    Pour construire son estime de soi, l’enfant va beaucoup se fier à celle qu’ont les autres à son égard. Chez les plus petits, la qualité de l’estime de soi trouve notamment ses racines dans la relation entre parent et enfant, à travers l’harmonie qui s’y est développée. Elle varie selon certains aspects : l’enfant se sent aimé et aimable, l’image qui lui est renvoyée est positive et il semble répondre adéquatement aux attentes de ses parents. Cela peut aussi être élargi aux frères et soeurs, aux éducatrices en milieu de garde, aux enseignants, et aux amis, qui vont de plus en plus prendre de place durant la période scolaire, pour arriver à leur apogée à l’adolescence. « Donc, l’image de moi qui m’est renvoyée par les gens que j’estime va venir moduler l’estime personnelle, tant positivement que négativement, selon le regard que l’on porte sur nous », commente Mme Deslauriers.

     

    Pour un enfant en bas âge, se surestimer fait aussi partie du développement. « Ce qui peut inquiéter, c’est si cette surestimation demeure, si elle est excessive », avertit Mme Deslauriers. Vers l’âge de 10 ans, il devrait être capable de nuancer et de s’autoévaluer plus justement. Pour trouver un équilibre, la psychoéducatrice aime retourner la question lorsqu’un jeune demande l’approbation des autres. « Pour ne pas dépendre du regard des autres constamment, il est intéressant de demander de quoi l’enfant est fier, de quoi il est content, ce qu’il a réalisé », ajoute-t-elle.

     

    Les parents et l’entourage de l’enfant jouent aussi un rôle de modèle. « Je dis toujours aux gens de ne pas se mettre trop de pression sur les épaules et qu’ils sont des modèles d’imperfection », glisse Mme Deslauriers. Selon elle, admettre ses erreurs est aussi un beau modèle d’humilité. De plus, avoir des attentes réalistes est déterminant. « Parfois, on va leur demander des choses que nous n’arrivons peut-être même pas à maîtriser nous-mêmes et s’attendre à ce qu’ils réussissent à tout coup, développe-t-elle. Alors, ils vont vivre des échecs de manière répétée, et cela peut venir miner l’estime personnelle. »

     

    Pour Mme Deslauriers, la responsabilisation est un autre élément majeur du développement de l’estime de soi. Elle parle de l’empowerment (autonomisation), qui permet de montrer aux enfants qu’ils ont une liberté de choisir et que cela a des conséquences. « Leur affirmer qu’ils sont responsables les aide à se forger, à apprendre à ne pas toujours pointer l’adulte, explique-t-elle. Il faut dire au jeune qu’il est le maître de sa vie. » Dans son rôle de psychoéducatrice, elle estime que son intervention est un levier, mais que « c’est toujours le jeune qui porte le flambeau ».

     

    Aller au-delà des tabous

     

    Par ailleurs, Mme Deslauriers insiste sur le lien entre trouble de l’apprentissage (TA) et estime personnelle. Les jeunes avec un TA vont souvent être face à des échecs et avoir un sentiment d’injustice. Il n’est pas rare qu’ils considèrent faire beaucoup plus d’efforts qu’un de leurs camarades, alors que celui-ci obtient de meilleurs résultats. « Malheureusement, les enfants avec un TA ont plus de risques d’être socialement plus rejetés, moins inclus, plus isolés, ce qui va jouer sur leur popularité, qui est un pôle majeur de l’estime personnelle », explique-t-elle.

     

    « Je ne suis pas une distributrice de trucs et astuces, nuance toutefois Mme Deslauriers. Je crois simplement que ce que l’on appelle la discipline positive s’imbrique dans le quotidien, dans nos manières de faire. » Elle estime par ailleurs que, s’il est aujourd’hui plus facile de faire certains diagnostics, parler de mal-être reste toujours tabou dans notre société.













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