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    Éducation

    Tendre la main aux enfants anxieux

    25 février 2017 | Réginald Harvey - Collaboration spéciale | Éducation
    C’est quand les enfants n’arrivent pas à gérer leur anxiété que la situation est problématique ou anormale.
    Photo: iStock C’est quand les enfants n’arrivent pas à gérer leur anxiété que la situation est problématique ou anormale.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    Ces enfants-là sont dotés d’un sens de l’anticipation hors du commun : ils pressentent des situations qui leur apparaissent problématiques et qui leur compliquent l’existence dans la vie et en milieu scolaire. Parents et enseignants les aident à composer avec leur anxiété.


    À peu près tout le monde est appelé à vivre avec cette émotion, et cela, pour différentes raisons ; elle présente un caractère plutôt universel : « À la base, cette anxiété est normale et elle va souvent nous amener à nous dépasser. C’est aussi un facteur de protection pour que l’on soit en mesure de bien juger des situations dangereuses ou compromettantes », explique Julie Beaulieu, professeure et directrice du programme en adaptation scolaire à l’Université du Québec à Rimouski, campus Lévis.

     

    Mais il arrive que des dérapages se produisent : « Là où ça devient anormal ou problématique, plutôt que pathologique, c’est quand les élèves éprouvent des difficultés à gérer cette anxiété. Il en découle qu’ils évitent de faire face à des situations jugées critiques, qu’ils ne veulent pas être placés dans certains contextes, qu’ils refusent de participer à des jeux, de socialiser avec d’autres enfants ou d’affronter diverses évaluations, notamment sous forme d’examens au primaire et au secondaire. »

     

    Dans de tels cas, les enfants manifestent différemment une sorte de mal de vivre qui se fonde sur l’anticipation : « Leurs comportements deviennent excessifs et démesurés par rapport aux situations qui leur sont présentées, ce qui est beaucoup lié à l’anxiété. »

     

    Les enfants anxieux vont anticiper les événements : « Qu’est-ce qui va m’arriver si ? Le “et si…” fait partie de leur vocabulaire : “Et s’il m’arrivait telle chose ou s’il se passait telle chose ?” C’est à ce moment-là qu’il faut les ramener dans l’aspect concret d’une situation où tout se passe bien. »

     

    Sur la piste de l’anxiété

     

    Il arrive aussi que des complications se présentent, comme l’explique Mme Beaulieu, docteure en psychopédagogie : « On entre dans “le plus anormal” lorsque ces comportements deviennent fréquents, qu’ils perdurent, lorsque cette forme d’émotions envahit leur quotidien, les empêche de jouir de la vie, de jouer avec les autres de façon normale, et lorsque leur quotidien est constamment perturbé. » Il apparaît alors que le développement de ces enfants anxieux est compromis sur les plans social et scolaire et qu’ils traversent une phase de profonde détresse.

     

    Est-il possible d’intervenir avant d’en arriver à ce stade ? « Dans certains cas, il y a au départ beaucoup de manifestations d’ordre physiologiques qui sont ressenties par l’enfant lui-même : palpitations, rougeurs, tremblement, bégaiement, pleurs et crises de colère. » Les jeunes enfants manifestent souvent leur détresse sous la forme de maux de cœur ou de ventre.

     

    La professeure énumère bon nombre d’autres signaux utiles pour évaluer correctement ce qui ne tourne pas rond : « Les enfants peuvent par exemple éprouver des difficultés à effectuer des raisonnements ou à demeurer attentifs parce que leurs pensées sont accaparées par tout ce qu’ils anticipent, et cela, même à long terme. » Elle fournit ce conseil aux parents et aux enseignants désireux de détecter un trouble d’anxiété : « Faites parler l’enfant pour savoir par rapport à quoi il est anxieux ; il arrive que la cause relève d’un problème très bénin, qui peut être réglé aisément. »

     

    Il existe des aspects plus difficilement palpables de ce problème, mais il est plus aisé de le mettre au jour en se tournant vers les conséquences qu’il peut provoquer sur la réussite ou le vécu scolaires en général : « Il faut se poser des questions à ce sujet ; les échecs ne se situent peut-être pas seulement sur le plan scolaire, mais peuvent aussi être causés par d’autres facteurs, dont l’anxiété fait partie. »

     

    Il est possible pour les parents et les enseignants d’apporter du soutien aux enfants anxieux : « C’est un travail qui s’inscrit dans une perspective davantage à moyen et à long terme, et les deux doivent intervenir en collaboration pour comprendre l’anxiété. Il leur appartient de questionner l’enfant pour savoir d’où elle émane réellement. »

     

    Dans leur questionnement, l’un et l’autre ont intérêt à « adopter une attitude calme, réconfortante et rassurante. De son côté, il faudra que l’enfant traverse ses épreuves avec l’aide de ces personnes-là et, pour y arriver, on parle d’un pas à la fois, donc, de la méthode des petits pas ».

     

    Pour sa part, l’enseignant dont la classe fonctionne dans un encadrement avec des règlements apportera un meilleur soutien à l’enfant anxieux : « Il est sécurisé par le fait de savoir comment les choses vont se passer. » Et chaque fois qu’il franchit un petit pas, elle recommande fortement aux gens autour de lui « de lui apporter du renforcement et du réconfort tout en le ramenant surtout dans la réalité des choses ».

     

    Elle donne un exemple à ce sujet : « Il faut calmer les “et si…” chez lui, en tenant ce genre de discours : si tu obtenais 0 % et si tu échouais, que se passerait-il ? Tu es capable de te reprendre, on va travailler ensemble et on va y arriver. »

     

    Un désarroi tridimensionnel

     

    Julie Beaulieu décortique la problématique en laissant voir qu’il existe trois composantes de l’anxiété et qu’il importe d’agir sur les trois aspects de ce triangle. Elle se penche sur la pensée qui est le premier : « On évite les “et si...” pour être dans le moment présent où il ne se passe rien et tout est sous contrôle dans l’environnement. On tente d’enlever les anticipations qui sont erronées. »

     

    Elle tient ces propos au sujet du deuxième, celui des comportements : « Sur ce plan, on utilise la méthode des petits pas en franchissant les différentes étapes pour progresser. » Quant au troisième aspect, celui des sentiments, « on doit considérer qu’il est normal de ressentir de l’anxiété, mais qu’il importe de tenter de la gérer ». La recette pour y arriver est d’en déterminer clairement les causes.

     

    Cette anxiété chez l’enfant a-t-elle tendance à se dissiper et à disparaître à un âge plus avancé, à l’adolescence par exemple ? « Pas nécessairement, et tout dépend des enfants et de la façon dont le problème a été traité. Plus le processus d’identification est complexe, plus on prend de temps pour intervenir, plus il en découle qu’il faudra utiliser divers moyens d’intervention durant plusieurs années avant qu’on arrive à gérer cette anxiété-là. » Et d’autres vivront toute leur vie avec elle.













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