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    CSN

    Un réseau exemplaire devenu un système à deux vitesses

    11 février 2017 | Réginald Harvey - Collaboration spéciale | Éducation
    En milieu scolaire, les services de garde ont pour leur part souffert des mesures d’austérité.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En milieu scolaire, les services de garde ont pour leur part souffert des mesures d’austérité.

    En 1997, le Québec se dotait de services de garde qui allaient servir de modèle du genre à l’échelle du pays, voire au-delà de ses frontières. En l’espace d’une vingtaine d’années, les tenants d’une vision politique plus économique qu’humaniste ont fait subir à ce réseau dédié à la petite enfance une métamorphose en profondeur. La CSN milite plutôt en faveur d’« un réseau qui fait grandir ».


    La vice-présidente de cette centrale syndicale, Véronique De Sève, rappelle que ce réseau a été mis en place même si le gouvernement péquiste de l’époque poursuivait l’objectif d’atteindre le déficit zéro : « Il y avait une volonté politique et un choix de société de procurer l’égalité des chances aux enfants et de faire en sorte que les femmes ne se sentent pas coupables de retourner sur le marché du travail. »

     

    Le gouvernement libéral de Jean Charest allait plutôt commencer à se tourner vers ce que la CSN qualifie de « garderies commerciales » au début des années 2000 : « On a introduit la mesure du crédit d’impôt qui était temporaire ; on la dénonçait de notre côté à cette époque-là, mais on comprenait qu’elle répondait à un besoin. » Mais les gouvernements de même allégeance se sont succédé et la mesure est devenue permanente, avec le résultat que le nombre de places disponibles dans ces garderies a connu une augmentation de 16 % à 34 % au cours des dernières années.

     

    Il en découle « que l’on se retrouve actuellement, dans les faits, avec un système de services de garde à deux vitesses qui n’offrent pas la même qualité ; le modèle éducatif ayant cours au début des CPE est celui qu’on devrait encore favoriser ». Elle dénonce un comportement politique déplorable : « On a connu des scandales au ministère de la Famille pour favoriser les amis du parti ; on l’a fait sur le dos des enfants et, à mon sens, c’est carrément inacceptable. »

     

    La prise de parole et les revendications

     

    La CSN a donc lancé, il y a plus d’un an, une campagne (« Un réseau qui fait grandir ») pour remettre les pendules à l’heure ; elle a pour but de défendre le réseau des services de garde éducatifs en CPE et aussi les services en milieu familial et scolaire.

     

    Véronique De Sève, après avoir fait l’apologie d’un système à caractère véritablement éducatif, fait savoir pourquoi la centrale a choisi de se porter à sa défense : « On s’est dit qu’on était en train de mettre à mal et de détruire un réseau qui existe, qui fonctionne bien et qui a une réputation même internationale. » Et pourquoi agit-on de la sorte ? « On le fait pour des considérations idéologiques néolibérales selon lesquelles les services publics gouvernementaux coûtent toujours trop chers alors qu’ils ne rapportent pas suffisamment. »

     

    En se portant à la défense même de l’existence du réseau, la CSN faisait part simultanément d’un certain nombre de revendications, comme elle le laisse voir : « C’est clair pour nous que, en premier lieu, on veut assurer des services de garde de qualité à tous les enfants ; et cette accessibilité passe nécessairement par un tarif le plus bas possible. »

     

    Elle va plus loin : « On considère même que les familles à faible revenu doivent avoir accès à ces services de garde gratuitement, car ce sont souvent les enfants les plus vulnérables pour lesquels il importe de garder en tête l’idée de favoriser les chances pour tous. » Elle soulève un autre point : « On veut aussi qu’on poursuive le développement de places dans les CPE et du côté des responsables de garde en milieu familial régis. »

     

    En milieu scolaire, les services de garde ont pour leur part souffert des mesures d’austérité : « Il y a d’autres difficultés qui se sont présentées à ces endroits-là en raison des compressions, ce qui fait en sorte qu’on demande des correctifs. » Et il y a de plus les coupes budgétaires qui contraignent les CPE à la stagnation dans le maintien des lieux en bon état et dans leur développement ; là encore, la CSN réclame une volte-face gouvernementale : « Il faut investir les sommes nécessaires dans les CPE pour maintenir des services de qualité. »

     

    Une démarche inusitée

     

    La CSN a participé aux consultations de la Commission sur l’éducation à la petite enfance, dont le rapport verra le jour sous peu. Véronique De Sève démontre de quelle façon la Centrale a livré son message : « Cette commission s’est promenée partout en région ; et comme nous avons l’avantage de posséder des antennes régionales grâce à la présence de nos conseils centraux et d’avoir comme membres des syndicats régionaux de CPE et de services de garde en milieu familial, il leur a été possible de déposer de petits textes ou des mémoires qui dégageaient les réalités inhérentes à ces milieux de vie. »

     

    Quant au mémoire à caractère national, il a par la suite été remis en décembre dernier. Les revendications qu’il contient s’apparentent de près à celles qui émergent de la campagne « Un réseau qui fait grandir ». Elle relève un aspect plutôt non conventionnel dans sa présentation : « On a voulu donner la tribune à notre président, Jacques Létourneau, non pas comme dirigeant syndical, mais comme papa utilisateur de services de garde. »

     

    Il s’est passé ce qui suit : « Il a livré un témoignage sur l’expérience qu’il a vécue avec ses enfants qui ont fréquenté des CPE ou des services de garde en milieu scolaire : les éducatrices ont été en mesure de déceler et de régler chez ses deux jeunes garçons certaines problématiques, ce qui leur a servi à évoluer et à devenir plus tard de jeunes hommes dynamiques. »

     

    À la suite de quoi, elle martèle ce message : « Investir dans nos enfants, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement ; on investit dans nos adultes de demain et dans notre avenir. » Il lui apparaît « qu’on enregistre des surplus budgétaires, mais qu’on a tellement mis à mal nos services publics que, malheureusement, les investissements actuels dans ceux-ci ne se situent même pas à la hauteur des coupes qui ont été effectuées. »

     

    Elle pose le constat selon lequel il n’existe actuellement aucun réinvestissement dans les services éducatifs : « On a été capables d’abolir la taxe santé, et il faut en arriver là avec la taxe famille. On doit faire en sorte que ce ne soient pas les parents qui payent pour les compressions et pour maintenir en place le réseau que l’on tente de garder en vie à bout de bras. »













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