Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Des maternelles 4 ans pour lutter contre le décrochage

    11 février 2017 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboration spéciale | Éducation
    8000 enfants de quatre ans seraient admissibles chaque année, mais en 2015, ils n’étaient encore que 1000 à fréquenter l’école.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir 8000 enfants de quatre ans seraient admissibles chaque année, mais en 2015, ils n’étaient encore que 1000 à fréquenter l’école.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Dans le cadre de la lutte contre le décrochage scolaire, le ministère a mis en place des classes de maternelle 4 ans temps plein en milieu défavorisé (TPMD). L’objectif : dépister le plus tôt possible les difficultés des tout-petits alors que nombre d’entre eux n’ont jamais fréquenté un milieu de garde, et que certains ne parlent pas le français à la maison.


    Melany Cannavino est enseignante à l’école la Source à Gatineau. Titulaire d’un baccalauréat en enseignement primaire et préscolaire, elle navigue dans le milieu depuis 17 ans. Elle est à la barre d’une maternelle 4 ans TPMD depuis la rentrée 2012.

     

    « Depuis le projet pilote, en fait, précise-t-elle. Au départ, il était question d’ouvrir quelques classes et de suivre les élèves pendant le premier cycle du primaire afin d’analyser les atouts de les faire entrer à l’école un an plus tôt. Et puis, finalement, le gouvernement a décidé d’aller de l’avant plus vite que prévu en généralisant ces classes. Nos premiers élèves sont aujourd’hui en troisième année et je crois pouvoir dire que les objectifs sont atteints. »

     

    Premier d’entre eux, donner le goût d’apprendre et d’aller à l’école à ces enfants venus de milieux défavorisés et qui, pour 85 % d’entre eux, n’ont jamais fréquenté un service de garde. Pour y parvenir, les enseignantes cherchent à ce que les parents s’engagent.

     

    « Nous avons affaire à des parents qui souvent ont fréquenté cette même école et qui n’ont pas un très bon souvenir de leur passage, souligne Mme Cannavino. Or, plus les parents sont impliqués, mieux l’enfant réussit. C’est eux qui connaissent le mieux l’élève que nous avons en face de nous. Si l’enfant ressent que nous faisons équipe, alors, il n’y a plus deux mondes séparés. Il se sent en sécurité, et il est mieux disposé à apprendre. »

     

    « Certains parents ont eu une expérience négative à l’école, confirme Marie-France Habel, enseignante en maternelle 4 ans TPMD à l’école Jardin des Saints-Anges dans l’arrondissement montréalais de Lachine. En début d’année, on peut ressentir une certaine fermeture. Il faut briser ces barrières pour faire vivre à toute la famille une expérience positive. »

     

    Le programme de maternelle 4 ans TPMD a vu officiellement le jour à la rentrée 2013. Il vise à développer les habiletés de base nécessaires à une bonne scolarisation, telles la socialisation et l’intégration à la routine, et à développer la stimulation intellectuelle et physique. Il s’agit de prendre l’enfant et de le faire progresser dans toutes les sphères du développement, aussi bien moteur que socio-affectif ou scolaire.

     

    « Nous n’entrons pas en concurrence avec les centres de la petite enfance (CPE), tient à souligner Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Ce que nous souhaitons tous, c’est que les enfants démarrent l’école primaire avec le meilleur bagage possible. La maternelle 4 ans, c’est un outil de plus dans le coffre. En milieu défavorisé, certains enfants ne parlent pas du tout français et ce n’est pas la mission des CPE que de leur apprendre la langue, d’autant qu’un grand nombre d’entre eux n’y va pas. Or, en première année, ils vont devoir apprendre à lire, ce qui conditionne tous les autres apprentissages. On n’a pas trop de deux ans pour bien les y préparer. »

     

    8000 enfants de quatre ans seraient admissibles chaque année, mais à la rentrée 2015, ils n’étaient encore que 1000 à fréquenter l’école. Le programme est donc loin d’avoir atteint son rythme de croisière, admet Mme Morel, qui estime cependant que beaucoup de travail a déjà été mené par les enseignants et les directions d’école.

     

    « Il faut adapter les écoles, car un enfant de quatre ans, c’est plus petit et moins moteur qu’un enfant de cinq ans, explique-t-elle. Ça se fait petit à petit. Mais surtout, depuis la mise en place du projet pilote, les enseignantes ont beaucoup travaillé à la construction du programme pédagogique. Comme avec les cinq ans, tout part de l’enfant et les apprentissages passent par le jeu. Mais il ne s’agit pas de faire la même chose qu’en maternelle cinq ans. Et surtout, il y a tout un volet dépistage des difficultés très important avec le public ciblé. Il ne s’agit pas de les stigmatiser, mais force est de constater que ce sont dans les milieux défavorisés que se concentrent les décrocheurs. »

     

    Un programme qui a été mis en place par le ministère en très étroite collaboration avec les premières enseignantes ayant été titularisées dans ces classes. Tout le volet familial vient notamment d’elles, et elles en sont très satisfaites.

     

    « Nous avons été sollicitées pour travailler avec le ministère, explique Mme Habel. Celui-ci est parti de notre expérience, de notre vécu pour établir le programme. Aujourd’hui, je crois que celui-ci est bien bâti et que les enseignants qui vont arriver sur dans postes partiront avec une documentation très intéressante et susceptible de les aider. Pour le reste, nous sommes toutes des pédagogues. Nous avons toutes notre baccalauréat et puis notre expérience, notre expertise. Notre rôle est d’aider l’enfant à bâtir ses fondations. »

     

    Toutes trois soulignent ainsi l’importance de la formation initiale, qui, quatre ans durant, permet d’aborder les programmes à la fois du préscolaire et du primaire. Une formation générale qui permet aux enseignants de maternelle de connaître ce qui est visé dans les différents cycles du primaire.

     

    « J’ai une vision à long terme, note Marie-France Habel. Je ne suis pas juste une spécialiste de la petite enfance, je suis une experte en éducation. C’est important que je sache ce qui se passe en première ou en troisième année pour bien préparer l’enfant. »

     

    Melany Cannavino insiste quant à elle sur l’importance de donner confiance à ses élèves.

     

    « On les aide à trouver leurs propres stratégies, explique-t-elle. Pour qu’ils ne restent pas pris avec leurs difficultés. Un jour, un petit garçon est venu me voir pour me demander comment il pourrait faire pour savoir quand passe son autobus scolaire. Sa maman ne se levait pas avec lui le matin… ce sont des enfants qui sont aux prises avec ce type de difficultés. Et si à leur âge, avec notre aide, ils parviennent à trouver leurs propres réponses, je les vois vieillir avec une force qui va aller en se développant. C’est ainsi que pour ma part, je vois mon rôle. »













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Populaires|Aimés
    Articles les plus : Populaires|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.