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Libre opinion: Professeur: employé de l'État ou professionnel de l'éducation?

5 mars 2004  Éducation
Depuis quelques mois, différents intervenants de l'éducation, dont la Fédération des commissions scolaires, le Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec, des enseignants et des parents favorisent avec vigueur l'adhésion à un ordre professionnel pour les enseignants du Québec. D'autres, comme la Centrale des syndicats du Québec, s'opposent avec fougue à une telle adhésion.

Un sondage téléphonique FSE-CROP, réalisé en 2002, nous confirme que 48 % des professeurs se déclarent favorables à un ordre professionnel, et ce, malgré le peu d'information adéquate et objective qu'ils ont reçu. Les enseignants commencent à saisir qu'un ordre professionnel aura un impact tangible sur la confiance du public envers eux ainsi que sur la valorisation, la reconnaissance et la formation des éducateurs.

Avant d'aborder les effets positifs d'une adhésion à un ordre professionnel, regardons d'un peu plus près la mission d'un tel organisme. Le Québec compte 45 ordres professionnels qui regroupent 285 000 membres: médecins, ingénieurs, psychologues, travailleurs sociaux, infirmières, sages-femmes, ergothérapeutes, etc. La mission principale d'un ordre professionnel est d'assurer la protection du public. Pour ce faire, il veille à la compétence de ses membres en vérifiant la formation requise pour les débutants et les professionnels expérimentés et en organisant de façon continue des activités de perfectionnement. Un ordre professionnel s'assure également du maintien de cette compétence et de la qualité des services offerts et contrôle l'intégrité et la conduite de ses membres en imposant un code de déontologie.

Se référant à sa mission, l'ordre professionnel des enseignants ne désire pas mettre les profs au pas pour les contrôler, pour interroger continuellement leurs attitudes et leur comportement ou, pire, pour séparer les meilleurs, les bons, les moins bons et les méchants. Si tel était le cas, aucun individu, aucun groupe n'accepterait un tel contrôle de la part d'une corporation. À ma connaissance, sur les 45 ordres professionnels, aucun groupe n'a demandé à quitter son ordre professionnel.

J'ai toujours prétendu et affirmé haut et fort qu'un professeur n'est pas un spécialiste de l'éducation, un travailleur de l'enseignement ou un applicateur du projet éducatif de l'école. Issu du milieu universitaire, il est compétent, soucieux d'améliorer la qualité de vie des jeunes, et il est surtout un humaniste professionnel. Il n'a pas d'objectifs à atteindre, de mandat à livrer. Il a pour mission d'instruire et d'éduquer nos jeunes. Son oeuvre est noble et presque olympienne; elle stimule, chez nos enfants, l'émergence de connaissances, d'attitudes et de valeurs pacifiques en vue d'améliorer notre société de demain.

Compétence et intégrité

En adhérant à l'ordre, nous allons reconnaître officiellement le statut professionnel en éducation. Les professeurs ne seront plus uniquement des employés ou des syndiqués, ils seront membres d'une corporation professionnelle qui favorise leur compétence, leur intégrité et leur autonomie, celles-ci étant alimentées par un code de déontologie. Selon le Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec, qui regroupe

20 000 enseignants, un ordre professionnel ne vient pas entraver la mission nécessaire du syndicat, qui consiste essentiellement à améliorer les conditions de travail de ses syndiqués: c'est un complément indispensable pour reconnaître et améliorer la compétence et la crédibilité de ces professionnels.

L'ordre professionnel interviendra pour offrir la formation continue à ses membres. Évidemment, il serait faux de prétendre qu'il n'existe actuellement pas de formation pour les professeurs, mais plusieurs groupes s'en mêlent: l'école, la commission scolaire ainsi que quelques comités ministériels, dont le CAPFE, un comité consultatif auprès du ministère de l'Éducation, comité où les enseignants sont en minorité et qui décide de la formation des futurs professeurs. Il faut se rappeler que 20 % des jeunes professeurs quittent la profession après cinq ans. Il y a également le COFPE, un autre comité consultatif auprès du ministère de l'Éducation, qui gère la planification de la formation des professeurs actifs dans une commission scolaire.

Malheureusement, il faut le constater, les décisions d'un ministre sont intimement liées aux valeurs que prône son parti politique. Est-il nécessaire de rappeler que les ministres de l'Éducation se succèdent presque au rythme de la floraison des tulipes et que chacun établit ses propres priorités?

Évaluation

On le sait, toute amélioration de l'apprentissage pédagogique, du savoir et du savoir-faire des professeurs nécessite d'abord une évaluation du vécu, une analyse des points forts et des points faibles de la pédagogie employée et une connaissance sociologique des jeunes. Avec un ordre professionnel, l'évaluation sera effectuée par des enseignants de façon efficace et adéquate dans le cadre de l'inspection professionnelle. Cela ne fera que rehausser auprès du public la crédibilité de ces professionnels de l'éducation.

Selon le Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec, un organisme privé sans but lucratif qui regroupe 30 associations d'enseignants du Québec en mathématiques, en français, en sciences, en anglais, en arts plastiques, etc., l'ordre professionnel sera composé de 28 administrateurs, dont 24 élus par et parmi les enseignants et quatre nommés par l'Office des professions pour représenter les points de vue des premiers responsables de l'éducation de leurs enfants: les parents. De plus, affirme ce conseil, l'ordre professionnel des enseignants du Québec regrouperait plus de 70 000 membres qui détiennent une autorisation d'enseigner et qui sont en exercice. Il serait donc l'ordre professionnel le plus important en matière de membership au Québec. À cause de ce nombre, la cotisation annuelle s'élèverait à 90 $. Elle est de 93 $ en moyenne pour les professeurs de l'Ontario à l'heure actuelle.

Évidemment, l'ordre professionnel ne résoudra pas tous les problèmes mais il permettra une meilleure gestion des plaintes, gestion dirigée par des enseignants, le maintien de la compétence par une formation continue de ses membres et une reconnaissance professionnelle des enseignants sans entraver d'aucune façon le mandat du syndicat.

Souhaitons qu'un ordre professionnel pour les enseignants ne soit plus perçu, par certains syndicalistes radicaux, comme un antagonisme aux activités syndicales. Je suis convaincu que le syndicalisme québécois est ouvert à la différence, à la complémentarité et à la concertation et qu'il croit que la valeur de la liberté d'expression n'entrave pas la valeur de la solidarité. Espérons que le ministre de l'Éducation n'imposera pas un ordre professionnel aux enseignants. Ce geste doit se poser librement et de façon démocratique par chacun.






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