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    Gouvernance

    La légalité de la réforme du recteur de l’Université de Montréal mise en doute

    23 janvier 2017 |Marco Fortier | Éducation
    Dans une lettre au «Devoir», les professeurs de la Faculté de droit — qui s’est prononcée à l’unanimité contre le projet du recteur — affirment que la liberté académique est en jeu.
    Photo: François Pesant Le Devoir Dans une lettre au «Devoir», les professeurs de la Faculté de droit — qui s’est prononcée à l’unanimité contre le projet du recteur — affirment que la liberté académique est en jeu.

    La grogne prend de l’ampleur contre la réforme de la gouvernance de l’Université de Montréal, proposée en catimini avant Noël, qui accorderait la majorité des sièges du comité exécutif à des administrateurs issus de l’extérieur de la communauté universitaire.

     

    Selon ce que Le Devoir a appris, la légalité du projet du recteur Guy Breton sera contestée ce lundi lors d’une réunion de l’assemblée universitaire, une instance qui regroupe des représentants de tous les secteurs de l’établissement. Le professeur Laurence McFalls, de la Faculté des arts et des sciences — la plus importante de l’université — a envoyé vendredi une mise en demeure à la direction de l’établissement pour faire déclarer illégale cette ambitieuse réforme. Le professeur, qui est membre de l’assemblée universitaire, compte soulever la question lors de la réunion de ce lundi.

     

    Au coeur de cette lutte de pouvoir : la gestion de l’université doit-elle relever des professeurs, étudiants et autres membres du personnel, ou doit-on accroître l’influence d’administrateurs externes issus de tous les horizons de la société, dont le milieu des affaires ?

     

    Le recteur affirme que l’université doit s’ouvrir sur le monde — et notamment sur ses 400 000 diplômés — pour mieux servir ses intérêts et ceux de la société. De leur côté, des professeurs et des étudiants craignent que cette réforme ouvre une brèche dans la liberté intellectuelle et transforme l’enseignement universitaire en simple marchandise soumise aux lois du marché.

     

    La direction n’est pas au bout de ses peines, puisque des syndicats et associations étudiantes de l’Université de Montréal doivent dénoncer d’une seule voix le projet de la direction, dans un communiqué qui sera diffusé ce lundi, a appris Le Devoir.

     

    Un grand ménage

     

    Cette révision de la charte de l’université — une première depuis un demi-siècle — a été adoptée le 12 décembre dernier par le conseil de l’université. La réforme met fin à des anachronismes comme le fait que l’archevêque de Montréal a le privilège de nommer deux administrateurs de l’université.

     

    Surtout, le projet fait davantage de place aux diplômés dans les instances de l’université, accorde davantage de pouvoirs au conseil de l’université et en enlève à l’assemblée universitaire (notamment le régime disciplinaire), confirme que les membres externes ont la majorité au comité exécutif et modifie le processus de nomination et de gestion des doyens de facultés.

     

    « Au cours de la consultation que nous avons menée en 2016, vous nous avez dit que la manière dont nous faisons les choses a parfois pour effet de freiner nos actions, de freiner notre développement. Que parfois, elle a pour conséquence d’ériger des murs entre l’université et la société qui l’entoure », a expliqué Guy Breton dans sa déclaration annuelle, le 14 décembre.

     

    La refonte proposée de l’université « est illégale, notamment parce qu’elle viole les droits et pouvoirs de l’assemblée universitaire », affirme la mise en demeure du professeur Laurence McFalls, envoyée vendredi à l’établissement.

     

    « De plus, nos clients se questionnent et s’inquiètent sur l’urgence alléguée ainsi que sur le manque de transparence de tout le processus. Pourquoi si peu de temps pour consulter, étudier, réfléchir et décider de modifications à la Charte le cas échéant ? Une telle façon d’agir ne respecte pas la tradition universitaire et ne peut que soulever des doutes sur la légitimité du processus », ajoute la mise en demeure, signée par l’avocat Denis Lavoie.

     

    Climat de méfiance

     

    Cette controverse met en lumière la méfiance entre la direction de l’Université de Montréal et la communauté universitaire, notamment le Syndicat général des professeurs et professeurs (SGPUM). Signe des relations de travail tendues, l’université a mis en lockout, à deux jours du réveillon de Noël, un groupe de 56 cliniciens de la Faculté de médecine vétérinaire qui cherche à négocier une première convention collective.

     

    Selon plusieurs sources, le recteur et des membres du conseil de l’université cherchent à réduire l’influence du syndicat des professeurs dans la gestion de l’établissement. Ce n’est pas pour rien que le recteur Guy Breton cherche à faire davantage de place aux diplômés dans les instances de l’université : les diplômés, qui proviennent de tous les horizons de la société, sont perçus comme un contrepoids au pouvoir des syndicats et d’autres groupes de pression sur le campus.

     

    « L’administration de l’UdeM semble éprouver des difficultés de communication et de collaboration avec le syndicat des professeurs. Il y a sans doute une responsabilité partagée dans cette situation. Mais on ne peut prendre prétexte d’une mésentente de cette nature pour priver la communauté universitaire de ses droits politiques et changer, à sa guise, la constitution de notre institution », confie au Devoir un membre influent de la communauté universitaire.

     

    Dans une lettre au Devoir, les professeurs de la Faculté de droit — qui s’est prononcée à l’unanimité contre le projet du recteur — affirment que la liberté académique est en jeu.

     

    « Pour ne donner qu’un exemple, si le projet est adopté, le doyen ne dirigera plus les études et l’administration de sa faculté, il veillera à son bon fonctionnement sous l’autorité du recteur ou d’une personne désignée », indiquent les 36 signataires.

     

    « Cette réforme, comme celles qu’elle inspirera certainement, se fonde sur la prémisse que des personnes "externes" à l’université sauront, mieux que la communauté universitaire, distinguer la pensée "utile" de celle qui ne l’est pas. […] Or, qui nous dira de quoi est faite une culture générale ? Surtout, qui décidera de l’utilité de disciplines comme la philosophie, l’histoire de l’art, la littérature comparée, pour ne nommer que celles-là ? Quel prix paiera-t-on, sur le plan humain, si l’on relègue ces champs disciplinaires aux oubliettes ? »













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