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    Petite enfance

    Miser sur les CPE

    Brian Myles
    9 janvier 2017 |Brian Myles | Éducation | Éditoriaux

    Quelle est la place des CPE dans le développement des enfants ? Cette question importante est trop peu abordée dans le débat sur la réussite scolaire.


    Le chercheur Camil Bouchard a repris son bâton de pèlerin pour les 25 ans de la publication de son rapport Un Québec fou de ses enfants. Depuis quelques mois, les interventions de l’ancien député péquiste viennent nous rappeler qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire pour améliorer les chances de réussite des tout-petits.

     

    M. Bouchard publiait, au début de l’année, trois lettres fort instructives dans La Presse +. Le psychologue s’est intéressé durablement au sort de la richesse première du Québec — ses enfants — tout au long de sa carrière. Il se réjouit du chemin parcouru en matière de réduction de la pauvreté infantile. Entre 1997 et 2013, le taux de jeunes enfants vivant dans une famille pauvre a diminué de 30 %. Il s’agit de résultats « spectaculaires », qu’il attribue à de multiples facteurs, parmi lesquels figure la création du réseau des services de garde éducatifs à faible tarif.

     

    À ce chapitre, le Québec a considérablement régressé. Lors du 20e anniversaire de la création du réseau de centres de la petite enfance (CPE), l’automne dernier, la marraine de ce projet révolutionnaire, l’ancienne première ministre Pauline Marois, se désolait du développement accéléré des places au privé, alors que stagne le réseau des CPE. Cette tendance lourde a commencé sous le gouvernement de Jean Charest, soucieux de freiner l’explosion des dépenses de fonctionnement des CPE.

     

    Le gouvernement libéral a tort de voir les CPE comme une dépense, alors qu’il s’agit d’un investissement pour l’avenir du Québec. Les CPE ne sont pas parfaits, loin de là, mais il s’agit du milieu le moins imparfait de tous lorsqu’il s’agit de prendre en charge des enfants d’âge préscolaire. Selon les données de l’enquête Grandir en qualité, réalisée en 2014, 45 % des CPE ont obtenu une cote de bonne à excellente, comparativement à 20 % pour les services de garde en milieu familial, et 12 % pour les garderies privées non subventionnées. Le roulement de personnel et la formation inadéquate des éducateurs dans les garderies familiales et commerciales expliqueraient ces écarts avec le CPE.

     

    Le réseau des CPE compte maintenant près de 93 000 places, un peu plus que les garderies en milieu familial subventionnées (91 600 places). Les garderies privées subventionnées (46 500 places) et non subventionnées (plus de 58 300 places) complètent ce tableau. Ces garderies commerciales ont connu une croissance exponentielle de plus de 1000 % depuis 2009. L’économiste Pierre Fortin a déploré la logique purement fiscale de l’État. La subvention est de 55 $ par enfant en CPE, et de 45 $ en garderie privée subventionnée. Dans une garderie commerciale non subventionnée, le coût pour Québec est de 21 $ par enfant en moyenne (en crédit d’impôt aux parents couvrant en partie le tarif). Il est sans doute trop tard pour faire marche arrière maintenant que des dizaines de milliers de parents et leurs enfants ont pris leurs habitudes en dehors du réseau des CPE. Si le gouvernement tient véritablement à assurer l’égalité des chances, il doit réinvestir en priorité dans les CPE dans les prochaines années, en veillant à bien encadrer la rémunération et la formation des éducateurs et éducatrices. Ce ne sont pas de simples « gardiens d’enfants ». Ils sont aux premières loges pour aider à leur développement.

     

    Il en va de l’équité entre les hommes et les femmes, puisque le réseau de garde public a grandement contribué à rendre le marché du travail plus accessible aux femmes. C’est aussi un pari sur l’avenir.

     

    À l’heure actuelle, le quart des enfants québécois présentent une vulnérabilité dans au moins un domaine de développement au moment de faire leur entrée à l’école. Or, le niveau de développement à la maternelle permet de prédire les difficultés scolaires ultérieures. Il y a un intérêt direct pour l’État et la société québécoise à offrir des services de garde accessibles et de qualité.

     

    Le retour en force des CPE ne réglerait pas tous les problèmes. Les enfants des milieux défavorisés sont ceux qui les fréquentent le moins, alors que de nombreuses études démontrent que ces enfants en profiteraient le plus pour leur développement. C’est pourquoi le projet de maternelle à quatre ans en milieu défavorisé, défendu notamment par la CSDM et le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, est intéressant. La maternelle à quatre ans est une avenue complémentaire aux CPE, dans une perspective de développement des enfants d’âge préscolaire. Ceux-ci ne devraient pas être abandonnés aux lois du commerce.













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