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    Lettre

    ECR 2.0, vraiment?

    4 janvier 2017 | Angèle Dufresne Montréal, le 3 janvier 2017 | Éducation

    Le plaidoyer des enseignants Beaudoin et Dubreuil en faveur du maintien du programme ECR (Idées, 28 décembre 2016) ressemble en tout point à un manifeste syndical pour la préservation d’emplois en péril. La superficialité de ses arguments de fond ne convaincra certainement pas ceux auxquels il s’adresse, les auteurs de La face cachée du cours ECR (Leméac), dont je ne suis pas. J’ai complètement décroché quand j’ai lu «[…] on se retrouverait avec la situation absurde où des enseignant(e)s formés adéquatement pour enseigner la religion ne le feraient plus dans leur champ disciplinaire, alors que des enseignant(e)s peu ou non formés sur la religion auraient à l’intégrer artificiellement à leur discipline ». Combien d’enseignants formés en français ou en géographie enseignent les maths et l’anglais en raison de l’application de l’ancienneté pure et dure ? Et le chat est sorti du sac subrepticement : ces profs surspécialisés, nous dit-on, « enseignent la religion » et non la « compréhension du phénomène religieux » (qui est quoi au juste ?).

     

    On voit bien qu’après presque dix ans d’application de ce programme mal défini, mal compris et mal intégré, on est incapable de le qualifier dans sa juste perspective. Comment peut-on user d’esprit critique à propos de « comportements promus par les religions qui vont à l’encontre des valeurs québécoises… » sans juger et dévaloriser la plupart des croyances religieuses où les notions d’égalité des personnes et des droits ne sont absolument pas promues ? Et ce n’est pas parce que 84 % de la population mondiale « se dit croyante » que croire en un ou plusieurs dieux représente la valeur identitaire ou rassembleuse suprême — c’est plutôt le contraire !

     

    Enseigner aux jeunes la beauté du monde (l’art sous toutes ses formes), la responsabilité, le civisme, le partage, la solidarité me semble infiniment plus important. Quelle est la finalité de l’éducation publique ? Perpétuer l’idée que la destinée humaine (fatum) relève d’une puissance supérieure, que la causalité ultime est d’essence divine, que la spiritualité et le dépassement ne peuvent s’inscrire que dans une religion ou une secte ? On revient au Moyen Âge, ou quoi ?

     

    Je veux bien croire que l’on nous dit être arrivé à l’ère de la « postvérité » — c’est-à-dire du mensonge généralisé —, mais il faudrait quand même que l’école publique se garde une petite gêne !













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