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    De la musique classique à la maternelle

    Kent Nagano lance un programme d’initiation à la musique classique en milieu défavorisé

    29 janvier 2017 16h29 |Jessica Nadeau | Éducation
    Les enfants apprendront le chant rythmique, le violon et le piano, en plus d’être jumelés à un musicien de l’OSM qui sera leur mentor.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les enfants apprendront le chant rythmique, le violon et le piano, en plus d’être jumelés à un musicien de l’OSM qui sera leur mentor.

    « Presque tous les leaders que j’ai rencontrés avaient eu un contact important avec la musique classique quand ils étaient très jeunes, raconte le chef d’orchestre Kent Nagano en entrevue au Devoir. Alors j’ai eu l’idée de faire, sous le parapluie de l’OSM, une maternelle pour les enfants de 4 et 5 ans qui met le focus sur l’apprentissage du piano et du violon. Ma présomption, c’est que ces jeunes vont avoir une chance concrète de réaliser leur plein potentiel et leurs habiletés naturelles. C’est du moins mon espoir, car c’est ce que j’ai vu dans ma vie avec les différents leaders que j’ai connus. »

     

    Le projet La musique aux enfants, lancé officiellement mercredi à l’école Saint-Rémi à Montréal-Nord, permet aux enfants de la prématernelle et de la maternelle de s’initier à la musique dès le plus jeune âge. Pour le groupe Musique Plus, une classe de prématernelle de 16 enfants de 4 ans, cela se traduit par des cours de musique à raison de trois heures par jour, cinq jours par semaine.

     

     

    Ils apprendront le chant rythmique, le violon et le piano, en plus d’être jumelés à un musicien de l’Orchestre symphonique de Montréal qui sera leur mentor. « Les enfants vont être nos invités régulièrement, on veut que la Maison symphonique devienne la leur aussi, raconte le maestro. Ils vont être assis parmi les musiciens de l’OSM, on va communiquer avec eux régulièrement, on va jouer de la musique de chambre avec eux et pour eux. On veut établir une vraie relation avec les enfants pour leur donner la même chance que mes collègues et moi avons eue. »

     

    Impacts sur les apprentissages

     

    En parallèle, les enfants seront suivis par des chercheurs de l’Université de Montréal qui vont étudier, sur trois ans, les impacts de cet apprentissage sur les aptitudes des enfants sur le plan scolaire, en français et en mathématique par exemple, mais également sur les habiletés motrices, fines et grossières, de même que sur leur développement global, sur leur motivation et les relations entre la famille et l’école. Ce volet était d’une importance capitale pour le chef d’orchestre.

     

    « Il y a quelques années, j’ai entendu un politicien américain dire que la musique classique, ce n’était pas important parce que c’était réservé à l’élite de la société. Ça a provoqué en moi une très grande inquiétude. J’ai regardé autour de moi et mon inquiétude a été décuplée. C’est vrai que, depuis la fin des années 1970, aux États-Unis, beaucoup d’écoles ont supprimé les cours de musique et d’art, les orchestres et les groupes de musique. J’ai étudié plusieurs situations en Europe aussi et j’ai découvert que ce qui manque, ce sont des données empiriques pour montrer que si l’on étudie la musique très jeune, ça a un impact positif sur l’évolution des enfants. »

     

    Montréal-Nord

     

    C’est tout naturellement que Kent Nagano a décidé d’offrir ce programme dans une école de Montréal-Nord, un quartier défavorisé qui lui est cher. « Depuis mon arrivée à Montréal en 2006, j’ai passé pas mal de temps à Montréal-Nord. L’OSM a donné un concert en plein air, on ne savait pas combien de gens allaient venir et on a eu plus de 10 000 personnes dans la rue. Ça a été un énorme contact et depuis, j’ai développé une sensibilité pour cette région. »

     

    L’école Saint-Rémi a été choisie parce qu'elle répondait à un certain nombre de critères bien précis établis par Kent Nagano. Elle disposait notamment de l’espace nécessaire pour aménager la salle de classe, la salle de spectacle et les cubicules insonorisés. « C’est l’OSM qui s’est occupé de trouver des donateurs privés pour financer tout cela, ça n’affecte pas notre budget école », se réjouit la directrice de l’école, Karina Mongrain. Pour la formation du groupe de musique intensive, l’école a offert la possibilité à tous les parents qui inscrivaient leur enfant l’été dernier de se joindre au groupe. Par la suite, les noms des intéressés ont été répartis selon le sexe de l’enfant et c’est par tirage au sort qu’ont été choisis les huit garçons et huit filles qui composent ce groupe.

     

    Le prochain grand soliste ?

     

    Après les deux années de musique intensive, les enfants poursuivront leur apprentissage comme tous les autres, dans des classes ordinaires de l’école Saint-Rémi, où ils pourront suivre le cours de musique déjà en place. Mais la directrice travaille fort pour établir « des liens avec la communauté » pour permettre aux jeunes qui le souhaitent de poursuivre leur apprentissage en musique indépendamment des moyens financiers de la famille.

     

    « Le but n’est pas de former des virtuoses, mais de leur transmettre la passion de la musique, rappelle la directrice. Après, si certains souhaitent aller plus loin, on va essayer de les aider. »

     

    Kent Nagano est tout à fait d’accord avec cette vision, mais il ne peut s’empêcher de rêver un peu en rappelant une anecdote de son enfance.

     

    « Ma mère était très stricte avec moi, elle était pianiste et c’est elle qui m’a forcé à jouer du piano, même si je n’en avais pas envie. Mais le jour où je lui ai annoncé que j’allais devenir musicien, elle était horrifiée. Elle a toujours pensé que la musique était là justement pour libérer le potentiel de l’enfant, lui donner accès au côté cultivé qui ouvre l’esprit, l’aider à développer des habiletés à résoudre des problèmes abstraits et avoir une éducation sociale. Quand on joue dans un orchestre, on apprend la coopération, l’autorité, la discipline, la concentration. Ce sont toutes ces valeurs-là que j’espère que les enfants de la maternelle pourront développer. Ce n’est pas pour nécessairement développer le prochain grand soliste de l’OSM, mais bien sûr, s’il y a une exception et qu’un grand soliste sort du lot, on va être très heureux. »


     












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