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    Les garderies privées veulent s’approprier la maternelle à 4 ans

    28 novembre 2016 |Jessica Nadeau | Éducation
    L’Association des garderies non subventionnées en installation réclame plus d’argent, notamment pour bonifier la formation des éducatrices.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’Association des garderies non subventionnées en installation réclame plus d’argent, notamment pour bonifier la formation des éducatrices.

    Inquiètes de perdre une partie importante de leur clientèle et de leur chiffre d’affaires, les garderies privées font des démarches à Québec pour que le programme de maternelle 4 ans soit offert dans leurs installations plutôt que dans le réseau public.

     

    Pour l’instant, ce programme est offert uniquement dans certains milieux défavorisés, mais le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, compte accélérer son déploiement, et l’Association des garderies non subventionnées en installation — qui n’incluent pas les garderies privées en milieu familial — envisage le pire pour le jour où il s’étendra à l’ensemble du Québec.

     

    « Si les enfants de quatre ans partaient pour la grande école, cela aurait des impacts désastreux pour les membres de l’Association des garderies non subventionnées en installation, car les enfants de 4 ans représentent 30 % de leur clientèle. Une telle décision viendrait déstabiliser et mettre en péril tous les secteurs des services de garde », plaidait récemment la porte-parole de l’association, Suzanne Gagnon, lors des consultations sur la réussite éducative de Montréal. Elle évoque notamment des pertes d’emploi à prévoir chez les éducatrices, une restructuration et le refinancement des garderies du réseau.

     

    « Ce serait une condamnation pour les garderies non subventionnées en installation », ajoutait-elle dans sa présentation.

     

    Lien d’attachement

     

    Pendant une quinzaine de minutes, les représentants de l’association ont tenté de convaincre le ministre que les enfants et leurs parents seraient mieux servis dans leurs garderies plutôt qu’à l’école. « D’une part, nos installations sont équipées pour leurs groupes d’âge, elles sont plus petites et plus adéquates pour eux, à l’intérieur comme dans les cours aménagées à l’extérieur », soutient l’association.

     

    Elle clame que « le lien d’attachement est plus fort » dans une garderie puisque les enfants y évoluent souvent depuis la pouponnière. « Les retirer dès l’âge de 4 ans serait nuire à leur sécurité affective et à leur plein développement. »

     

    Elle prétend également que d’envoyer les enfants à l’école à l’âge de 4 ans est « un drame » pour plusieurs parents. « Dans nos installations, ils y viennent deux fois par jour, discutent régulièrement de leur enfant, se sentent impliqués dans l’éducation de ce dernier et peuvent entrer à n’importe quel moment de la journée pour le voir, ce qu’ils perdent dès l’entrée à l’école. »

     

    L’association assure que le programme « Accueillir la petite enfance », offert dans les garderies non subventionnées, est « intimement lié » avec le programme de maternelle 4 ans. « On a pris le temps de décortiquer chacune des compétences des deux programmes, on est très proches, même pour la numératie et la littératie […] En bonifiant ces activités, on peut donner le programme de maternelle 4 ans avec tout ce qui vient avec dans nos installations et préparer les enfants pour la maternelle 5 ans pour la meilleure réussite scolaire. »

     

    L’association réclame plus d’argent, notamment pour bonifier la formation des éducatrices. « Pour offrir la qualité du programme éducatif, acheter le matériel éducatif et offrir les salaires qui se doivent, il est impératif que le gouvernement augmente les remboursements anticipés aux parents, le faisant passer de 9100 $ à 13 000 $ à compter du 1er janvier 2017. »

     

    Même avec ces nouveaux investissements, cette proposition ferait faire des économies au gouvernement, plaide l’association. « Financièrement, le gouvernement sauvera beaucoup d’investissement financier, puisqu’il n’aura pas à réinvestir dans les écoles pour l’ajout de classe maternelles 4 ans puisque nos structures sont déjà en place. »

     

    Piètre performance des garderies privées

     

    En décembre 2015, l’Institut de la Statistique du Québec publiait les résultats d’une vaste enquête sur les services offerts dans les services de garde. Le rapport Grandir en santé concluait que le tiers des enfants de 18 mois à 5 ans ne recevaient pas des services satisfaisants dans les garderies privées non subventionnées. On faisait notamment mention de lieux mal adaptés, de matériel inadéquat et de faille dans l’hygiène. Questionné sur ces lacunes par Le Devoir, le vice-président de l’association, David Haddaoui parle de « désinformation » et remet en doute les conclusions de l’enquête.

     

    « Les garderies privées non subventionnées n’ont pas été visitées adéquatement, on n’était pas bien représentés, répond-il en marge des consultations. On participe avec le gouvernement à une table qualité dans les garderies non subventionnées. Et je peux vous dire que, si les parents choisissent les garderies non subventionnées, c’est qu’il y a un service qui est donné et une qualité. »

     

    Réflexion du ministre

     

    En entrevue au Devoir, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, rappelle que, selon la loi adoptée par l’Assemblée nationale, le programme des maternelles 4 ans est « un modèle éducatif qui se fait à l’intérieur du système d’éducation ».

     

    Il soutient que d’autres groupes ont fait les mêmes revendications, dont certains CPE, mais que l’on ne s’entend pas sur le sujet au sein de « groupes qui ont le même intérêt » puisque certains services de garde précisent que leur rôle n’est pas de faire de la scolarisation.

     

    Ainsi, le ministre affirme qu’il n’a pas encore pris de décision sur les nombreuses propositions qui lui ont été présentées dans le cadre des consultations, mais il semble vouloir fermer la porte à cette nouvelle demande de l’Association des garderies non subventionnées en installation. « On aura la chance d’en rediscuter, mais pour moi, ce qui est très clair, c’est que les maternelles 4 ans sont à l’école. Et c’est dans cet esprit-là que se fait le déploiement », conclut le ministre.













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