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    Étude sur la radicalisation dans les cégeps

    La pratique religieuse n’est pas un déclencheur

    26 octobre 2016 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    La logique de détection, en lieu et place de la prévention, ne fonctionne pas.
    Photo: iStock La logique de détection, en lieu et place de la prévention, ne fonctionne pas.

    La pratique religieuse n’est pas un élément déclencheur de la radicalisation violente. Ce sont au contraire les « Québécois d’origine » sans religion et les migrants de deuxième génération qui sont les plus susceptibles de soutenir une telle logique, révèle une étude menée dans huit cégeps des régions de Montréal et Québec.

     

    Ainsi, combattre la radicalisation en profilant certains groupes extrémistes radicaux, comme le font les policiers et les forces de l’ordre, risque d’empirer le problème plutôt que de le résoudre, croit Cécile Rousseau, pédopsychiatre et directrice scientifique du groupe Sherpa qui a contribué à la réalisation de l’étude.

     

    En France et en Angleterre, où les méthodes favorisent l’intervention et le profilage, on a davantage « jeté de l’huile sur le feu ». « Au Québec, avant de s’engager dans une aventure semblable, va falloir qu’on respire par le nez et qu’on y réfléchisse, sans quoi on peut faire beaucoup de tort », a indiqué mardi Mme Rousseau lors d’une conférence de presse au collège de Rosemont.

     

    La logique de détection, en lieu et place de la prévention, ne fonctionne pas. « Elle est contre-productive. On n’a pas les bons outils pour nous permettre de faire de la détection, a-t-elle dit. Si je passe des tests de détection de cancer du sein à plusieurs femmes et que j’apprends à deux d’entre elles qu’elles en sont atteintes et que [ce faisant] je dis à cent femmes qu’elles ont le cancer alors que c’est faux… C’est la même chose ici. […] Il faut aller vers la prévention. »

     

    Au Canada, le nombre d’incidents et de crimes haineux commis par des organisations d’extrême droite et ceux commis par des extrémistes se réclamant d’une religion sont comparables, souligne-t-elle. Les crimes commis par des néonazis d’extrême droite ont tendance « à ne pas être documentés comme des crimes de radicalisation violente et répertoriés avec des accusations. »

     

    Facteurs de radicalisation

     

    L’étude menée auprès de 1900 étudiants conclut que les hommes, plus que les femmes, et les jeunes de moins de 25 ans sont les plus susceptibles de tenir des propos discriminatoires pouvant mener à une certaine exclusion, qui, elle, conduit à la radicalisation. Bouleversant les idées reçues, elle démontre aussi que ceux qui disent n’avoir aucune religion « soutiennent plus la radicalisation violente que ceux qui se réclament du christianisme ou de l’islam », note Mme Rousseau.

     

    C’est ce que constate, sur le terrain, le directeur du collège de Rosemont, Stéphane Godbout. Son cégep est l’un des établissements qui louaient un local à Adil Charkaoui, dont les cours étaient suivis par des jeunes qui se sont radicalisés en janvier 2015. « Lorsqu’il y a eu [l’incident impliquant] cette personne qui louait des locaux, on sentait une dérive, comme si le musulman est fautif dès le départ », raconte-t-il. Or, « la majorité de nos étudiants musulmans sont d’un pacifisme exemplaire. Leur but est d’obtenir leur diplôme, de trouver du travail et de faire un stage en entreprise. »

     

    Y a-t-il des « mosquées ou des prêcheurs problématiques » ? « La question est ouverte. Mais la question de la pratique religieuse n’est pas un élément déclencheur de la radicalisation », insiste M. Godbout.

     

    Même qu’elle protège, rapporte l’étude. « Le fait d’avoir une pratique religieuse et que ce soit important pour la personne peut devenir un facteur de protection important. Les personnes qui ont une foi religieuse, qui vivent des événements comme la discrimination ou la violence, se sentent protégées et soutiennent moins des solutions de violence », a constaté Cécile Rousseau, directrice de l’équipe de recherche et d’intervention transculturelles.

     

    Autre facteur de risque : le fait d’être vulnérable psychologiquement ou encore d’avoir vécu de la violence. « Ça ne veut pas dire que tous [les gens qui se radicalisent] sont déprimés et doivent se faire soigner en clinique, mais il faut reconnaître que la vie de nos jeunes n’est pas facile et que plusieurs se sentent exclus », dit-elle.

     

    Plus de spiritualité

     

    Cécile Rousseau suggère de mieux former les intervenants dans les cégeps afin de déconstruire certains préjugés et renforcer les activités interculturelles et l’offre de services psychosociaux. Elle laisse également entendre que les cégeps auraient intérêt à faire une place à la spiritualité. « Il faut qu’on soit capable d’en parler sans que [les cégeps] deviennent des institutions religieuses », dit-elle.

     

    Est-ce à dire qu’il faut aménager des espaces de culte, comme des locaux de prière ? Cécile Rousseau ne ferme pas la porte à cette éventualité. « Si on installe un local de prière, ça peut être une bonne solution d’un côté, mais ça peut aussi jeter de l’huile sur le feu » et encourager la division. « Nous invitons au dialogue et à la réflexion. Il n’y a pas de réponse oui ou non. »

     

    Le président-directeur général de la Fédération des cégeps, aussi partenaire de l’étude, se dit d’accord avec les propositions. « Mais on a vécu des compressions qui ont fait mal », a rappelé Bernard Tremblay. Pour l’heure, les collèges font le maximum avec les ressources qu’ils ont. Il insiste toutefois sur l’une des premières conclusions de l’étude qui dit que dans l’ensemble, « le soutien à la radicalisation violente extrême demeure très faible et la majorité des collégiens considèrent que le vivre-ensemble se porte bien. »













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