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    Consultations sur la réussite scolaire

    La dérive tranquille de la classe ordinaire

    Avec l’exode des plus doués vers le privé et l’insertion des élèves en difficulté, la classe normale est en train de devenir une «classe poubelle», selon certains

    13 octobre 2016 | Isabelle Porter à Québec | Éducation
    Entre 1970 et 2012, la proportion d’élèves du secondaire au privé est passée de 5,2 % à 20,8 % de la population.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Entre 1970 et 2012, la proportion d’élèves du secondaire au privé est passée de 5,2 % à 20,8 % de la population.

    De l’avis même du ministre de l’Éducation, la classe ordinaire telle qu’on la connaissait auparavant au secondaire n’existe plus. Avec la désertion des plus doués vers le privé et les programmes particuliers et l’insertion des élèves en difficulté, la classe ordinaire serait même devenue « une classe poubelle », selon certains.

     

    La question a été soulevée mardi lors de l’ouverture des consultations sur la réussite scolaire. « La classe ordinaire est de moins en moins ordinaire », a remarqué Brigitte Bilodeau du Syndicat de l’enseignement de la Chaudière.

     

    Un constat que n’a pas contesté le ministre Sébastien Proulx en entrevue. « J’ai souvent participé à des discussions là-dessus avec des groupes. La classe régulière aujourd’hui, ce n’est pas celle que moi j’ai connue entre 1980 et 1986 », a-t-il dit.

     

    À l’heure actuelle, environ la moitié des élèves du secondaire ont quitté la classe ordinaire publique pour l’école privée ou un programme particulier de l’école publique, selon une note de recherche produite récemment par la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE).

     

    « La classe ordinaire devient un concentré d’élèves ayant des besoins particuliers moins soutenus dans leur famille », avance l’auteur, le conseiller syndical Alex Larose.

     

    Entre 1970 et 2012, la proportion d’élèves du secondaire au privé est passée de 5,2 % à 20,8 % de la population. Les projets particuliers comme sport-études, arts-études ou encore le programme d’éducation internationale (PEI) sont passés de 400 à 948 entre 1998 et 2010 et sont désormais présents dans le quart des écoles publiques.

     

    Quant aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA), ils comptent aujourd’hui pour le cinquième des élèves contre 12 % il y a 15 ans.

     

    Un cercle vicieux

     

    « Après des années de dégradation, cet effet cumulé mène à un cercle vicieux : dans l’intérêt de leur enfant, les familles qui le peuvent évitent la classe ordinaire », écrit-il.

     

    Cette classe devient dès lors une sorte de « classe résiduelle » voire une « classe poubelle » pour reprendre l’expression de la sociologue française Nathalie Mons citée dans l’étude.

    La classe régulière aujourd’hui, ce n’est pas celle que moi j’ai connue entre 1980 et 1986
    Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation
     

    La note analyse le sujet sous l’angle de la concurrence dans le réseau scolaire, en particulier entre réseau public et réseau privé. Comme le remarque l’auteur, l’école publique a trouvé dans les projets particuliers une manière efficace de concurrencer le privé.

     

    Or, cela lui nuit aussi. « Ce n’est pas parce qu’elle réussit à tirer son épingle du jeu dans cette compétition que le cercle vicieux s’achève. En fin de compte, plus la classe ordinaire elle-même se détériore, plus l’image de l’école publique prise dans son ensemble se détériore elle aussi à long terme. »

     

    Selon Alex Larose, le déclin de la classe ordinaire nuit aux chances de réussite des élèves plus faibles qui ne bénéficient pas de l’émulation découlant de la présence des plus doués. « Et le cycle recommence en boucle, puisqu’inévitablement le départ d’élèves plus favorisés affaiblit encore la composition de la classe, ce qui engendre à son tour des départs. »


    Un dilemme
     

    Les parents qui croient en la mixité et l’école publique vivent dès lors tout un dilemme. « Ce qui se trouve actuellement réduit à un choix parental individuel, imposant à chaque famille l’odieux d’alimenter ou non le problème, devrait d’abord et avant tout se poser comme un choix collectif ».

     

    Pour remédier à la situation, on propose dans la note de recherche que les projets particuliers des écoles publiques ne soient pas associés aux notes, mais aux intérêts des élèves. Il faudrait aussi éliminer les coûts supplémentaires qui y sont associés.

     

    Par ailleurs, le problème varie beaucoup d’un milieu à l’autre et l’auteur constate que les programmes particuliers sont plus rares en l’absence d’école privée dans les environs.

     

    Comme l’a fait remarquer le ministre mardi, cet enjeu est beaucoup plus prononcé en milieu urbain qu’en région, où les écoles privées sont moins nombreuses. La tournée de consultation sur la réussite éducative s’arrête d’ailleurs en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine et au Bas-Saint-Laurent ces jours-ci.

     

    En guise de solution au déclin de la classe ordinaire, Sébastien Proulx mise sur les enseignants. « Il faut plus investir dans la formation initiale des maîtres. Comment ils peuvent mieux s’adapter ».













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