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    Développement économique

    Créer une culture de complémentarité

    15 octobre 2016 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboration spéciale | Éducation
    La contribution de l’ensemble du milieu universitaire à l’augmentation du PIB de la grande région de Montréal est évaluée à 22,7 milliards de dollars pour 2014-2015.
    Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La contribution de l’ensemble du milieu universitaire à l’augmentation du PIB de la grande région de Montréal est évaluée à 22,7 milliards de dollars pour 2014-2015.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial. 
     

    L’université doit-elle rester un laboratoire isolé de connaissances et de recherche universitaire ou faut-il aujourd’hui qu’elle s’insère dans la société pour devenir l’un des piliers du développement économique ? Il n’y a pas de contradiction à embrasser ces deux missions, répondent Monique Cormier et Jean-Louis Roy, qui participeront tous deux à une table ronde sur le sujet.


    « La première — et peut-être la seule — question qu’il faut se poser, avance l’universitaire, journaliste et diplomate Jean-Louis Roy, c’est comment le numérique impacte le monde universitaire. Est-ce une institution complètement à part ou est-ce qu’elle est directement mise en cause par le déploiement universel de l’ère numérique ? »

     

    Et sa réponse à lui est claire : elle n’est pas à part. Elle entre directement en concurrence avec l’entreprise privée, parce que, notamment, il y a de plus en plus de recherche qui se fait en dehors de ses laboratoires et que nombre de ses professeurs quittent le milieu pour rejoindre les laboratoires privés. Si elle veut rester pertinente, elle se doit donc de devenir un moteur économique.

     

    « Elle l’est déjà, souligne pour sa part Monique Cormier, vice-rectrice associée à la langue française et la Francophonie au vice-rectorat aux affaires internationales et à la Francophonie de l’Université de Montréal. En réalisant sa mission, en formant des dizaines de milliers d’étudiants chaque année, en employant des centaines de personnes, en formant des spécialistes dans tous les domaines du savoir, en faisant avancer les arts, les sciences, les techniques, y compris le numérique, elle est déjà partie prenante de l’économie sur son territoire, à savoir Montréal, si je prends l’exemple que je connais le mieux, l’Université de Montréal. »

     

    Étude

     

    Un point de vue que vient confirmer une étude menée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) rendue publique la semaine dernière et intitulée La contribution des universités de la région de Montréal à l’économie du Québec. On y apprend que la contribution de l’ensemble du milieu universitaire à l’augmentation du PIB de la grande région de Montréal est évaluée à 22,7 milliards de dollars pour 2014-2015. Le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc, souligne d’ailleurs que les universités de la métropole jouent un rôle crucial dans l’avenir de la société.

     

    « Elles forment une main-d’oeuvre qualifiée, essentielle pour assurer la compétitivité de nos entreprises, indique-t-il. La recherche universitaire augmente directement la capacité de nos industries à innover, dans un contexte où nous faisons face à des enjeux de productivité et de vieillissement de la population. »

     

    Jean-Louis Roy croit quant à lui que l’institution universitaire doit aller encore plus loin, mais que, pour y parvenir, elle devra se transformer.

     

    « Comment ? En abandonnant ses vieux rouages bien trop lourds pour lui permettre de s’adapter, répond-il. Il faut qu’il y ait une autonomie beaucoup plus importante de ses composantes. Qu’un campus, ce soit une fédération de facultés et de grandes écoles qui ont des marges considérables d’indépendance. Il faut que la productivité soit mesurée également et qu’il y ait une culture de la complémentarité. »

     

    Selon lui, l’université n’est pas fermée. Elle a des liens, elle rencontre des gens, elle reçoit des dons, elle fait des campagnes de promotion avec à la clé des sommes considérables que lui donnent les banques, les grandes sociétés, etc.

     

    « Mais une culture de la complémentarité, ça va plus loin que ça, ajoute-t-il. C’est une conception où l’université fonctionnerait organiquement, en lien avec les grands secteurs de la production des biens et des services du secteur privé tout en restant l’université. »

     

    Jean-Louis Roy plaide pour une université créatrice d’emplois sur son territoire. Une université qui abriterait des incubateurs d’entreprises, plus que cela se fait déjà. Une université qui permettrait à ses chercheurs un ou deux jours par semaine d’être aussi des entrepreneurs et de créer leur propre entreprise. Afin que le territoire de la francophonie reste attractif.

     

    « Je prends juste le cas de l’Afrique, explique-t-il. Dans les prochaines années, 10 millions de jeunes vont entrer sur le marché de l’emploi chaque année. D’ici vingt ans, ils seront 200 millions. Pourquoi resteraient-ils dans la francophonie s’ils n’ont pas la certitude de trouver un emploi à la hauteur de leurs ambitions à la sortie ? Il y en a beaucoup qui la quittent pour les universités anglophones, lusophones, hispanophones, de plus en plus chinoises, voire, plus récemment, coréennes. Si on veut les garder, il va falloir leur offrir des occasions. Nous ne pourrons pas le faire si l’université n’est pas elle-même un moteur économique. Déjà que le visa est difficile à obtenir pour venir étudier dans les pays francophones. Bien plus difficile qu’ailleurs… »

     

    Monique Cormier estime quant à elle que le contexte se prête à ce qu’au sein de la francophonie, les universités collaborent afin de devenir un véritable moteur économique. Parce que la nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, Michaëlle Jean, plaide en faveur de ce qu’elle appelle un changement de paradigme.

     

    « Elle souhaite que la coopération ne passe plus uniquement par les instances gouvernementales, mais par l’intermédiaire d’autres institutions, indique la vice-rectrice. Les universités francophones peuvent répondre à cette demande en devenant des partenaires au service du développement économique. »

     

    Sans pour autant qu’elles deviennent plus que des institutions au service du monde industriel et de la marchandisation, précise-t-elle. Car elles doivent continuer à former des libres penseurs.

     

    « Il doit y avoir une façon de rendre convergentes les missions de l’université et du secteur privé, complète Jean-Louis Roy. La mission de l’université, c’est le bien commun ; celle du secteur privé, ce sont les intérêts de ses actionnaires. Ce n’est pas la même chose. Mais il y a quelque part, entre ces deux mondes, des espaces qui peuvent se rejoindre. »













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