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    Universités

    L’État doit réinvestir, selon les professeurs

    8 octobre 2016 | Etienne Plamondon Emond - Collaboration spéciale | Éducation
    Entre 2012 et 2015, l’effectif professoral a diminué, chutant de 9961 à 9465 enseignants.
    Photo: IStock Entre 2012 et 2015, l’effectif professoral a diminué, chutant de 9961 à 9465 enseignants.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial. 
     

    La Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) estime que les compressions entre 2012 et 2016 auraient privé les établissements universitaires d’un milliard et demande à Québec de réinvestir 426 millions dans le fonds de fonctionnement des universités.

     

    Embauche de professeurs

     

    De ce montant, la fédération souhaite voir 258,5 millions consacrés à l’embauche de 2585 professeurs. « Le choix, selon nous, est d’investir dans la ressource première : les individus », explique Jean-Marie Lafortune, président de la FQPPU.

     

    Une telle mesure viendrait selon lui répondre à l’augmentation du nombre d’étudiants en équivalence au temps plein dans le réseau universitaire, qui est passé de 219 000 à 241 000 entre 2012 et 2015.

     

    Sur la même période, l’effectif professoral a plutôt diminué, chutant de 9961 à 9465 enseignants. L’embauche de nouveaux professeurs permettrait de réduire à 20 le nombre d’étudiants en équivalence au temps plein par professeur. Ce ratio s’élève actuellement à 25,5. Au tournant du millénaire, alors que celui-ci demeurait en dessous de 22, la FQPPU et la défunte CREPUQ en étaient arrivées au consensus qu’il fallait atteindre un ratio de 18,5. « Le ratio est rendu 40 % plus élevé que l’objectif qui était visé, ce qui est assez important », indique Martin Maltais, professeur de l’Université du Québec à Rimouski spécialisé en financement et politiques d’éducation.

     

    M. Maltais signale que cette hausse est en grande partie causée par la croissance fulgurante du nombre d’étudiants en équivalence au temps plein inscrits aux cycles supérieurs. Celui-ci est passé de 26 279 en 1998 à 43 936 en 2012, avant d’atteindre 47 285 en 2015. Les salaires des professeurs et l’encadrement de la recherche sont aussi payés par les fonds de fonctionnement aux cycles supérieurs, les fonds de recherche étant restreints à d’autres dépenses.

     

    Ressources académiques

     

    La FQPPU calcule que 194 millions devraient, quant à eux, être investis dans l’embauche d’autres ressources académiques. « Quand il faut faire de l’embauche de professeurs, simultanément, cela implique l’embauche d’autre personnel, comme du personnel de soutien, des chargés de cours ou des bibliothécaires », souligne M. Lafortune.

     

    À la Fédération du personnel professionnel des universités et de la recherche (FPPU), on note que les compressions et l’absence de réinvestissement au cours des cinq dernières années ont entraîné des effets directs sur les services aux étudiants, notamment en raison de postes abolis ou d’employés à la retraite qui n’ont pas été remplacés. « Il y a des conseillers en orientation qui, en début d’année, ont déjà leur agenda plein pour toute la session », donne en exemple Bernard Gaucher, président de la FPPU. Il remarque aussi que les démarches pour le placement dans les stages prennent plus de temps, puisque les effectifs n’ont pas suivi la croissance du nombre d’étudiants.

     

    M. Gaucher ajoute que, depuis quelques années, les universités accueillent désormais plus d’étudiants aux prises avec un handicap, un trouble d’apprentissage ou une maladie mentale, entre autres en raison des mesures et des ressources mises en place dans les écoles primaires et secondaires au cours des dernières décennies pour favoriser leur réussite. « Ce sont de nouvelles clientèles pour lesquelles les professionnels sont de plus en plus demandés », soulève-t-il.

     

    Des sommes aux bons endroits

     

    Pour alléger la somme à injecter dans le fonds de fonctionnement pour l’embauche de professeurs et de ressources académiques, la FQPPU propose au gouvernement d’aller chercher 26,5 millions en coupant 189 postes du personnel de la direction et de la gérance, afin de ramener leur nombre au niveau de 2012.

     

    Jean-Marie Lafortune plaide, dans la foulée, pour une « étanchéité » du fonds de fonctionnement relevant du ministère de l’Enseignement supérieur. Pour l’année universitaire 2015-2016, la subvention de fonctionnement totale est de 2,7 milliards, selon ce ministère. Actuellement, les sommes qui en proviennent peuvent aussi être utilisées par les universités dans leurs dépenses en immobilisation, même si, normalement, ces dernières devraient être pourvues par le ministère des Finances.

     

    « On dit que le ministère des Finances devrait fournir sa part d’efforts, mais comme notre homologue est le ministère de l’Enseignement supérieur, on demande à ce dernier d’engager les 426 millions en s’assurant qu’ils ne soient pas transférables,indique le président de la FQPPU. Sinon, peut-être qu’on ne réglera pas le problème auquel on se heurte. »

     

    Réinvestissement équitable

     

    M. Lafortune tient aussi à émettre une autre grande précision quant aux revendications de la FQPPU : « Il faut un réinvestissement pressant dans les universités, mais un réinvestissement qu’on dit équitable. » Ce dernier compare le financement actuel des universités à « une boîte noire ». « Pour éviter le gaspillage des deniers publics et consolider le développement du réseau dans son ensemble, ce refinancement doit s’effectuer sur la base de la transparence et de la reconnaissance des besoins de chaque établissement, plutôt que sur l’opacité et l’arbitraire qui règnent actuellement », insiste-t-il.

     

    La FQPPU demande de modifier la formule du financement des établissements, basé essentiellement sur le nombre d’étudiants en équivalence au temps plein qu’ils accueillent. L’approche actuelle sous-estime « les coûts réels que cela entraîne d’avoir une grande proportion d’étudiants à temps partiel », juge M. Lafortune. Mais surtout, cette façon de faire engendre, à son avis, une compétition entre les universités qui « n’amène pas nécessairement des dépenses des plus rationnelles et raisonnables », dit-il, en référence à l’argent déboursé en publicité ou utilisé dans la construction de campus satellites. « On promeut plutôt la coopération entre les établissements », précise-t-il. La FQPPU juge aussi qu’une aide additionnelle devrait être accordée aux établissements qui accueillent un grand nombre d’étudiants étant les premiers de leur famille à se lancer dans des études universitaires.

     

    Il s’agit de pistes, aux yeux de la FQPPU, pour rétablir certaines « inégalités » dans le financement des établissements. Le Journal de Montréal dévoilait, le 26 septembre dernier, les découvertes de Martin Maltais, selon lesquelles les facultés de médecine des universités de Montréal, de Sherbrooke, Laval et McGill ont vu leur financement augmenter de plus 30 % en dollars constants depuis dix ans, alors que d’autres disciplines, comme les mathématiques, ont vu le leur s’effondrer d’un pourcentage similaire. « Les universités avec des facultés de médecine sont nettement privilégiées par rapport aux autres, précise au Devoir M. Maltais. On est dans un contexte où le système actuel est en train de créer des classes d’universités, et c’est d’autant plus marquant dans un contexte de compressions et d’austérité », dit-il.













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