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    Étude

    Une école à trois vitesses

    1 octobre 2016 | Caroline Rodgers - Collaboration spéciale | Éducation
    Près de la moitié des élèves du Québec fréquentent soit une école privée soit une école publique à « projets particuliers ».
    Photo: Istock Près de la moitié des élèves du Québec fréquentent soit une école privée soit une école publique à « projets particuliers ».
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial. 
     

    Alors que le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, lance cet automne une vaste consultation publique sur la modernisation de l’école, la Fédération des syndicats de l’enseignement soutient que le contexte actuel de concurrence entre les écoles au Québec a déjà dépassé un seuil alarmant et met en péril la réussite du plus grand nombre.

     

    Au Québec, la proportion d’élèves fréquentant l’école privée francophone a quadruplé depuis 1970, atteignant 21,5 %. Ce taux est de loin supérieur à la moyenne canadienne actuelle de 5,2 %. La proportion atteint 35 % en Estrie, 39 % à Montréal et 42 % à Québec. Si l’on considère, en plus, ceux qui fréquentent les écoles publiques à projets particuliers, ce sont près de la moitié des élèves du Québec qui ont déserté la salle de classe ordinaire.

     

    Par « projets particuliers », on désigne les programmes de type arts-études ou sports-études, très populaires dans le réseau public et prisés des parents. La FSE-CSQ a dévoilé au Devoir une note d’étude d’une centaine de pages qui fait la somme des recherches et des données les plus récentes et dresse un état des lieux inquiétant sur les impacts de ces projets particuliers sur l’école publique, dans le contexte actuel de concurrence scolaire.

     

    Selon les experts cités, l’effet de la compétition devient négatif pour la réussite scolaire à l’école publique lorsque la proportion d’élèves fréquentant le privé atteint 7,6 %. L’écrémage de trop nombreux élèves forts laisse le réseau public avec une disproportion d’élèves défavorisés, selon ces chercheurs. Mais cet écrémage et cette concurrence, en 2016, sont aussi le fait des écoles publiques à projets particuliers.

     

    « Autrefois, la concurrence se faisait entre le privé et le public, dit Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ). On a dépassé cette époque. Aujourd’hui, la classe ordinaire est délaissée par les élèves les plus performants au profit des écoles publiques offrant des projets particuliers sélectifs. On pourrait penser que cette concurrence est saine, mais elle fait en sorte que des élèves sont mis de côté par le processus de sélection ou parce que les parents n’ont pas les moyens d’acheter le matériel nécessaire. Cela survient dans un contexte où l’on a aussi décidé d’intégrer les élèves en difficulté dans nos classes ordinaires et où l’on a coupé dans les services et dans le financement en éducation. La composition des classes ordinaires n’est plus du tout ce qu’elle était. Ce n’est plus une école équitable pour tous nos enfants au Québec. »

     

    La classe ordinaire ne permet plus l’égalité des chances, croit la présidente de la FSE.

     

    « Nous pensons que l’égalité des chances est possible quand on renforce l’école publique, ajoute-t-elle. Nous croyons qu’il faut mettre en place les moyens nécessaires pour rééquilibrer la composition des classes, afin qu’elles redeviennent hétérogènes, et abolir progressivement le financement des écoles privées pour réintégrer petit à petit les élèves et le personnel du privé au réseau public. De plus, nous pensons qu’il faut encadrer la mise en oeuvre des projets particuliers dans le réseau public pour garantir une plus grande mixité sociale et scolaire. »

     

    Mixité scolaire et réussite

     

    Cette mixité sociale et scolaire serait garante d’un plus grand taux de réussite pour l’ensemble de la population, selon différentes études mentionnées dans la note de la FSE. En se basant sur la littérature scientifique la plus récente, la composition d’une classe dite « normale » devrait être au coeur des solutions recherchées quand on parle de réussite éducative.

     

    « Dans la consultation prévue par le ministre, il n’y a aucune proposition par rapport à ces enjeux, alors que c’est central quand on parle de réussite », mentionne Alec Larose, conseiller à la vie professionnelle et pédagogique de la FSE et auteur de la note d’étude.

     

    Selon une étude d’envergure réalisée par Statistique Canada en 2015, les écarts entre le public et le privé sont systématiquement imputables au fait que les élèves qui fréquentent des écoles secondaires privées sont plus susceptibles d’avoir des caractéristiques socioéconomiques positivement associées au succès scolaire et d’avoir des pairs dont les parents ont fait des études universitaires.

     

    « Ce que l’on sait, c’est que les élèves qui vont au privé viennent d’un milieu où les parents ont plus de moyens, qu’ils ont la capacité d’accompagner leur enfant à travers leurs études et de les appuyer. C’est un choix qu’ils font de donner priorité à l’éducation. Ces élèves, regroupés ensemble, peuvent avoir de meilleurs résultats. Si on prend un élève issu de ce même milieu et qu’on l’amène au public, il aura aussi de bons résultats. »

     

    À l’inverse, une fois délaissée au profit du privé ou des projets particuliers, la classe ordinaire, « se rapprochant de l’adaptation scolaire, devient un concentré d’élèves ayant des besoins particuliers, généralement moins soutenus dans leur famille », mentionne le document.

     

    « On y observe une influence négative des pairs, la démotivation des élèves, la baisse de l’estime de soi. Cette formule ne favorise pas le développement d’un sentiment d’appartenance. D’ailleurs, à l’école, ces groupes reçoivent généralement moins d’attention, font moins d’activités et demeurent les laissés-pour-compte du réseau », ajoute-t-on.

     

    Les projets particuliers ne sont pas nécessairement à proscrire, croit Josée Scalabrini. Ils apportent des avantages aux élèves, notamment sur le plan de la motivation.

     

    « Ce qu’on demande, c’est qu’ils soient mieux balisés pour que tout le monde ait les mêmes chances et que ces projets ne soient pas réservés à une élite, mais à l’ensemble des élèves. »













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