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    La Réplique › Éducation

    La tablette numérique et notre conception de l’école

    29 septembre 2016 | David Santarossa - Étudiant à la maîtrise en philosophie à l’Université de Montréal | Éducation
    Les chiffres montrent que les tablettes numériques réduisent le taux d’absentéisme en classe et améliorent la motivation.
    Photo: Lexie Flickinger CC Les chiffres montrent que les tablettes numériques réduisent le taux d’absentéisme en classe et améliorent la motivation.

    Le déclencheur

     

    « Thierry Karsenti, professeur à la Faculté de l’éducation de l’Université de Montréal […], se désole des discours polarisés qui collent aux débats sur la place du numérique à l’école, notamment des écrans tactiles. “Je pense que les deux clans ont tort. Certains accordent une importance démesurée au numérique, un rôle presque magique dans l’éducation. Et ceux qui sont contre jouent à l’autruche, puisque le cellulaire est déjà présent dans toutes les classes de toute façon”, souligne le professeur. »

    — « Une éducation plus branchée. Pas d’effets miracles, mais un atout de plus pour la pédagogie », Le Devoir, 24 septembre 2016
     

    Comme en témoignent les pages du Devoir du 24 septembre sur la question, le débat sur les tablettes numériques en classe porte en grande partie sur une guerre de notes. Pour l’essentiel du débat, la question dirigeant le débat est la suivante : les élèves auront-ils de meilleurs résultats avec ou sans la tablette numérique en classe ? Bien que la question de la réussite scolaire soit primordiale et qu’elle demeure la préoccupation principale des parents, elle ne devrait pas être la seule. L’entrée de la technologie dans les classes devrait faire émerger un questionnement beaucoup plus fondamental, soit celui sur notre conception de l’école.

     

    Un argument fréquent appuyant la tablette numérique en classe consiste à présenter comme une évidence son entrée en classe parce que les enfants utilisent déjà ce genre d’appareil à la maison. Empêcher la technologie d’entrer dans les classes équivaudrait à ne pas voir la réalité du troisième millénaire. L’argument, s’il en est un, du « parce qu’on est en 2016 », est de plus en plus fréquent depuis qu’il a été utilisé par Justin Trudeau. Pragmatique, l’argument en dit beaucoup sur la conception de l’école par les technophiles. L’école serait l’endroit où les enfants sont servis selon leur mode de vie, presque à la manière d’un client. L’élève devrait faire ce qui l’intéresse à l’école, car l’école est au service de l’élève et non le contraire. Or, une autre conception de l’école est possible. L’école doit-elle être le prolongement du quotidien de l’élève ou un endroit où l’élève sort de sa zone de confort ? L’école au service de l’élève ne doit pas être synonyme de la tyrannie des intérêts de l’élève à l’école.

     

    Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information, ajoute dans les pages du Devoir que le cellulaire est déjà présent dans toutes les classes de toute façon. N’est-ce pas là un argument en défaveur de la tablette en classe ? Les élèves connaissent déjà les fonctionnalités de ces appareils bien avant leur entrée à l’école. Ils sont peut-être même mieux outillés que l’enseignant dans ce domaine. Mieux vaut développer des compétences, pour parler le vocabulaire pédagogique, absentes chez les élèves. En revenant à une école papier, les élèves apprendraient les dispositions de l’attention et de la patience, dispositions fondamentales tant sur le marché du travail que dans le quotidien des élèves.

     

    Les chiffres montrent que les tablettes numériques réduisent le taux d’absentéisme en classe et améliorent la motivation. Atouts forts avantageux pour la tablette, mais ils soulèvent tout de même une question à laquelle nous n’avons pas de réponse. Viendra-t-il un jour où les tablettes numériques deviendront banales pour ces élèves et la motivation et le taux d’absentéisme reviendront à ce qu’ils étaient avant l’arrivée des tablettes à l’école ? L’entrée en classe de la tablette numérique pourrait créer un cycle de surenchère infinie pour la recherche de nouvelles technologies et de nouveaux moyens pour garder les élèves en classe.

     

    D’un autre côté, on doit bien reconnaître que les technologies sont présentes dans nos vies. Bien entendu, le numérique n’est pas à bannir de l’école, des cours d’informatique peuvent être pertinents et des cours de sensibilisation sur l’utilisation des nouveaux médias semblent absolument nécessaires.

     

    Aujourd’hui, les élèves sont submergés par les nouvelles technologies. Ces mêmes élèves n’auraient-ils pas le droit d’avoir un espace dénué de toute technologie même s’ils ne le demandent pas ? À une époque où les élèves, comme la population en général, se perdent dans le multitâche, l’école devrait être un rempart contre les distractions du quotidien et enseigner la dure réalité des dispositions d’un autre siècle pour attaquer un texte papier, entre autres celle de se concentrer sur une chose à la fois. Dispositions minées par les nouvelles technologies à l’école.













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