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    Neurosciences

    Percer les mécanismes de l’apprentissage

    24 septembre 2016 | Claude Lafleur - Collaboration spéciale | Éducation
    L’équipe du NeuroLab vise à observer plusieurs fois par seconde le comportement de personnes en intéraction d’apprentissage.
    Photo: Nathalie Saint-Pierre UQAM L’équipe du NeuroLab vise à observer plusieurs fois par seconde le comportement de personnes en intéraction d’apprentissage.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.
     

    L’Université du Québec à Montréal s’est dotée d’un laboratoire unique au monde qui pourrait bien devenir le premier à percer les mécanismes de l’apprentissage. Ce faisant, le NeuroLab pourrait grandement aider ceux et celles qui vivent avec des troubles d’apprentissage.


    Comment apprend-on ? Qu’est-ce qui fait qu’on apprend aisément ou non une certaine matière ? Quelles sont les bonnes méthodes pour apprendre et que faut-il éviter de faire , particulièrement dans le cas de personnes qui éprouvent des difficultés d’apprentissage ?

     

    Voilà quelques-unes des questions qui passionnent Julien Mercier et son équipe de chercheurs en neurosciences éducationnelles. Professeur titulaire au département d’éducation et de formation spécialisées de l’UQAM, il a mis sur pied le NeuroLab, un laboratoire unique au monde et dont l’inauguration remonte à décembre dernier.

     

    « Certains de mes collègues me disent que nous sommes téméraires dans ce que nous aspirons à faire », déclare le chercheur. Son équipe vise en effet à observer plusieurs fois par seconde le comportement de personnes en interaction d’apprentissage — autrement dit  à comprendre comment fonctionne le cerveau de personnes travaillant en équipe.

     

    « Voilà qui nous demandera la prise d’un grand nombre de mesures, précise le chercheur, ce qui soulève d’importants défis technologiques. » Ces défis ont d’ailleurs occupé une bonne partie des activités du labo durant sa première année d’opération.

     

    « C’est si compliqué d’étudier des cerveaux en interaction qu’on commence de manière relativement simple, explique-t-il. Dans un premier temps, on observera deux personnes, puis, éventuellement, on espère pouvoir prendre des mesures sur quatre personnes à la fois. Mais déjà, nos collègues nous traitent de kamikazes lorsqu’on leur parle de ce qu’on songe à faire ! »

     

    Deux têtes valent-elles mieux qu’une ?

     

    Depuis une vingtaine d’années, relate le neuroscientifique, on met beaucoup l’accent sur l’apprentissage en équipe, ce que les spécialistes appellent l’apprentissage collaboratif ou coopératif. « Mais est-ce vraiment mieux ? se demande Julien Mercier. On dit souvent que deux têtes valent mieux qu’une, mais on ne l’a pas vérifié ! »

     

    Plus précisément, on n’a jamais vérifié si l’apprentissage collaboratif ou coopératif est préférable à d’autres formules ou, du moins, dans quels cas, dans quels contextes et pour quelles matières il est préférable d’apprendre seul ou en équipe. C’est ce qu’entend faire l’équipe du NeuroLab grâce à de l’équipement unique au monde. « Toutes les questions qui concernent l’interaction lors de l’apprentissage sont l’élément majeur, la raison d’être de notre laboratoire », insiste le neuroscientifique.

     

    Les tout premiers résultats du NeuroLab pourraient arriver dès l’an prochain. « Je songe à l’une de mes étudiantes au doctorat qui travaille sur les difficultés de lecture », explique M. Mercier.

     

    La jeune chercheuse tente de voir comment les enfants qui éprouvent de grandes difficultés de lecture parviennent tout de même à décoder des mots. « Comment, finalement, par toute sorte de stratégies, un tel enfant parvient à lire le mot, explique M. Mercier. C’est comme si cet apprenant en difficulté contournait ce qu’il n’est pas capable de faire pour finalement réussir. Mais comment pourra-t-il devenir un lecteur fonctionnel s’il est toujours en train d’utiliser des stratégies qui ne sont pas les bonnes ? s’inquiète-t-il. Et que devrions-nous faire pour l’aider ? »

     

    Le professeur Mercier insiste sur le fait que, très souvent, les enfants qui éprouvent des difficultés d’apprentissage sont très intelligents. « Ils sont suffisamment intelligents pour parvenir à faire ce qu’on leur demande, dit-il. Mais peut-on canaliser cette intelligence-là à bon escient ? C’est ce qu’on va tenter de voir… »

     

    Gare aux neurosciences !

     

    Julien Mercier a beau être un chercheur en neurosciences éducationnelles, il s’inquiète de ce qu’on attende beaucoup trop de celles-ci et, surtout, que les travaux en ce domaine ne mettent à mal certaines approches d’apprentissage qui ont pourtant fait leur preuve.

     

    « Ce qu’on entend parfois à propos des neurosciences n’a pas beaucoup de sens pour les professionnels qui sont sur le terrain, dit-il. Certaines observations viennent contredire des pratiques qui ont pourtant fait leur preuve… »

     

    Ce printemps, le neuroscientifique a organisé un symposium dans le cadre du congrès de l’Institut des troubles d’apprentissage (Institut TA) dans le but, justement, de mettre en garde le milieu de la pratique contre certaines dérives possibles des neurosciences.

     

    « Nous avons réuni une brochette d’invités exceptionnelle, dont quelques-uns des plus grands leaders du monde des neurosciences éducationnelles, dit-il fièrement. On ne pouvait espérer mieux ! Et notre symposium a été très couru, nous avons même fait plus que salle comble… »

     

    Il rapporte ainsi que les professionnels présents dans la salle ont été extrêmement réceptifs et même confortés d’entendre que certains résultats en neurosciences n’avaient pas beaucoup de sens, indique Julien Mercier.

     

    Le symposium a aussi été l’occasion de constater qu’un peu partout à travers le monde, les attentes envers les neurosciences sont trop élevées. En conséquence, le chercheur redoute que sa discipline ne soit « qu’une mode » qui pourrait bien perdre sa crédibilité par la suite.

     

    « C’est sûr que notre travail comme chercheur consiste à faire progresser les connaissances en éducation, dit-il, mais on ne peut pas se permettre de faire beaucoup d’erreurs ni d’être trop enthousiaste puisqu’à terme, cela viendra miner notre crédibilité. Tout le monde souhaite donc que les attentes soient réalistes. »

     

    Devant la satisfaction qu’a générée le symposium auprès de tous les participants, l’équipe du NeuroLab a bien l’intention de réitérer l’expérience — « sous une quelconque forme » — à l’occasion du prochain congrès de l’Institut des troubles de l’apprentissage.













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